Filière
Une nouvelle dynamique de plantation de vergers oléicoles se dessine en dehors de l'aire traditionnelle. Mais la filière s'inquiète surtout d'un développement non maîtrisé dans les territoires qui pourraient être libérés par la vigne.
La filière oléicole française - qui veut protéger l'oléiculture traditionnelle par les AOP - doit aussi anticiper le développement de la haie fruitière.
© Crédit photo : ED
Dans le monde, d'après les chiffres du Conseil oléicole international (CIO), la filière oléicole est passée, en 40 ans, de 20 pays producteurs avec 7 millions d'hectares en production, à 65 pays producteurs pour plus de 11 Mha cultivés. Les surfaces irriguées ont aussi fortement augmenté. L'oléiculture mondiale est donc en train d'évoluer, notamment en lien avec le changement climatique.
De son bassin originel méditerranéen, l'oléiculture s'est développée sur des nouveaux territoires et d'autres continents. Notamment en Amérique. Les oliveraies les plus au nord se situeraient d'ailleurs au Canada et, pour les vergers les plus au sud de la planète, en Patagonie. Qu'en est-il du verger oléicole français sachant que, depuis trois ans, l'interprofession France Olive peut maintenant évaluer la surface potentielle oléicole plantée annuellement, grâce au partenariat établi avec les pépiniéristes oléicoles français à travers sa charte de qualité ?
Depuis quelques années, on assiste à un regain de plantations motivé par divers facteurs. Sur les 50 000 ha estimés en totalité sur le pourtour méditerranéen français, le recensement de 2022 établit la surface cultivée par les professionnels à 17 622 ha d'oliviers. "98 % de ces surfaces sont conduites en verger traditionnel, et nous avons référencé environ 1 000 hectares d'oliviers conduits en haie fruitière. La superficie oléicole française ne cesse d'évoluer avec l'émergence de nouveaux territoires oléicoles", explique Hélène Lasserre, directrice du pôle 'Conservation et recherche' de France Olive. Concernant les oliveraies traditionnelles, plus de 100 000 plants ont été vendus en 2022 par les pépiniéristes partenaires, et 86 000 en 2023. Cela représente près de 400 ha annuellement plantés, dont plus de 13 % en dehors de l'aire traditionnelle.
L'olivier séduit de nouveaux territoires, notamment le Sud-Ouest et dans la zone Aquitaine. En lien avec la crise viticole et le changement climatique, une néo-oléiculture occidentale semble en plein essor. Ses surfaces ont été estimées entre 135 et 140 ha en 2023. Un département semble aussi émerger, la Gironde, qui compte aujourd'hui près de 38 ha d'oliviers. "Pour ce qui est des territoires traditionnels, en Occitanie, la dynamique de plantations est beaucoup plus prononcée dans le Gard. En région Sud, c'est dans le Var qu'elle est la plus importante", souligne Hélène Lasserre.
Côté variété, l'aglandau est aussi la plus plantée et représente désormais un quart des 100 000 plants vendus en 2022. La picholine arrive en deuxième position. Dans les nouveaux territoires oléicoles, les variétés vigoureuses se développent davantage, comme cailletier ou la clermontaise. "Nous sommes d'ailleurs de plus en plus sollicités sur des conseils en matière de variétés à choisir et à implanter dans ces nouveaux territoires. Jusqu'alors, ce travail était effectué par les pépiniéristes", rapporte la directrice du pôle. En haie fruitière, les plantations sont essentiellement réalisées avec des variétés étrangères, mais quelques pépiniéristes français en commercialisent.
Mouche de l'olivier
Si la pression de la mouche de l'olivier est généralement gérable en Vaucluse, s'avérant même quasi-inexistante l'an passé, l'application de barrières minérales au cours de la saison reste une nécessité, d'autant que tous les départements ne peuvent se targuer d'être aussi chanceux. Piqûre de rappel par le Groupement des oléiculteurs.
Mardi 2 juillet, le groupement des oléiculteurs de Vaucluse organisait une formation sur la lutte contre la mouche de l'olivier, insistant notamment sur l'application de barrières minérales, à raison de trois fois par saison.
© Crédit photo : ML
Principal fléau de l'olivier, Bactrocera oleae, la mouche de l'olive continue de se déployer dans les oliveraies de la région. Pourtant, nombre d'oléiculteurs, principalement amateurs, peinent à faire la différence avec d'autres drosophiles ou mouche domestique. Spécifique aux oliviers, cette mouche de quatre à cinq millimètres de long une fois adulte est reconnaissable grâce à ses deux points noirs sur les ailes, ainsi que ses stries sur l'abdomen. La femelle peut quant à elle être distinguée par la présence d'un dard destiné à la ponte.
En fin de récolte, entre novembre et décembre, les derniers individus à émerger voleront un peu, mais la majorité de ceux en mesure de passer l'hiver se trouve au sol, au stade de pupes, attendant patiemment le printemps pour pointer le bout de leurs ailes. "À ce stade, les pupes sont quasiment indestructibles, à moins d'avoir des poules qui passent par là. Les lâchers massifs fonctionnent relativement bien, mais cela implique de savoir gérer un poulailler", rappelle Edgar Raguenet, technicien-animateur du Groupement des oléiculteurs de Vaucluse, lors d'une formation le 2 juillet, à Gordes (84). Alors, nécessairement, il incite à protéger, car dès le printemps arrivera l'émergence, puis l'accouplement, les premiers vols et enfin la ponte, dès l'été, quand la taille de l'olive dépasse les huit à dix millimètres. "Généralement, la mouche ne pond qu'un œuf par olive. Mais on estime qu'une femelle peut pondre plus d'une centaine de fois en milieu naturel, 400 à 500 fois en condition contrôlée en laboratoire. Si, dans les 3 jours qui suivent, la température extérieure est assez élevée (au-dessus de 35°C, ndlr), la viabilité des œufs est compromise. Sinon, une petite chenille commencera son développement", retrace le technicien.
La larve se développe effectivement pendant 10-15 jours, puis la pupe une dizaine de jours avant l'éclosion. Mieux vaut donc rester vigilant, d'autant qu'une piqûre avec des œufs non viables engendre tout de même une blessure qui peut, à terme, provoquer le développement de la dalmaticose, maladie causée par le champignon Botryosphaeria dothidea.
Il assure par ailleurs aux quelques adhérents s'étant rendus disponibles pour la formation que les olives, même trouées, peuvent être apportées aux moulins, tant qu'elles sont fraîches. "Mais si vous stockez, alors l'indice de peroxyde et le taux d'acidité vont augmenter, en plus du développement d'un goût rance qui les rendra impropres à la consommation", ajoute Edgar Raguenet.
En Vaucluse, les oléiculteurs bénéficient d'un mistral salvateur qui permet bien souvent d'atténuer la pression sur les vergers. De manière générale, 2023 a été une année plutôt exceptionnelle, "avec presque pas de mouches, sauf dans les zones où la pression est forte, notamment dans les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône", se souvient l'animateur du groupement. Dans les territoires les plus touchés, trois à cinq générations peuvent ainsi se côtoyer sur la campagne, contre deux à trois en Vaucluse.
Alors que le calibre des olives augmente sensiblement - supérieur à huit millimètres de longueur -, et les rend attractives pour les mouches, France Olive met en garde : "Dans la grande majorité des secteurs, les olives sont attractives à la ponte, les calibres des olives étant assez gros pour un début de saison. [...] Les mouches sont très actives, les populations sont importantes et ont fortement augmenté en quelques jours, notamment dans les secteurs les plus précoces."
Le bulletin de santé végétal oléiculture note deux situations : "Dans une majorité des secteurs, les fruits sont attractifs pour la mouche. Dans ces cas-là, le risque est modéré à fort. Si des vols sont en cours, il peut être nécessaire de protéger les olives par des applications de barrières minérales. Dans les secteurs où les olives ne sont pas encore attractives et/ou les captures stagnent, le risque est faible." C'est donc actuellement qu'il est primordial de mettre en place correctement son itinéraire technique, et notamment le piégeage, de manière à surveiller l'évolution de la population dans les oliveraies.
"La première étape de la lutte contre la mouche, c'est déjà de surveiller les vols grâce au piégeage par phéromones ou alimentaire", explique Edgar Raguenet. Pour le premier, il s'agit d'un piège chromatique, une bande collante jaune, sur laquelle l'oléiculteur vient fixer une capsule de phéromones. "Ce sont principalement les mâles qui vont venir se coller dessus, ce qui va nous permettre de mesurer le taux de vol. En ce moment, dans notre département, nous sommes à environ deux mouches par semaine. Quand on commence à dépasser les 30 à 40, là, en revanche, cela devient inquiétant", poursuit-il. Le piège, un par hectare suffit, devra ensuite être renouvelé toutes les trois à quatre semaines. Les pièges alimentaires, moins sélectifs, sont quant à eux remplis d'une solution de phosphate diammonique (environ 40 grammes par litre d'eau) et placés à d'autres extrémités du verger. Il faudra ensuite comparer les résultats des deux types de pièges, afin d'échelonner l'application de barrières minérales. Le suivi des pièges peut ensuite être saisi dans l'outil d'aide à la décision de France Olive, qui permet aux oléiculteurs de consulter les résultats de chacun et d'évaluer sa situation.
Dans les vergers, les premiers traitements ne devraient pas tarder à intervenir. Pour l'animateur du groupement vauclusien, sauter un traitement n'est jamais une bonne idée : "Appliquer une barrière minérale ne coûte pas très cher, à peine un euro par arbre et par an. Le cycle de développement de la mouche de l'olive est très rapide, et l'on voit souvent des oléiculteurs qui se retrouvent coincés parce que cela se passe quand ils ont décidé de prendre quelques jours de vacances. Donc, on ne se fait pas avoir : on applique les recommandations".
Les premiers traitements devraient intervenir autour du 14 juillet, puis un deuxième fin août et un troisième en septembre. "Il y a trois choses que l'argile n'aime pas : la pluie, le vent et les augmentations de calibre. D'où la nécessité de répéter l'application à plusieurs reprises", précise Edgar Raguenet. De manière générale, il faut compter au minimum 100 g/arbre de kaolin. Si l'utilisation d'un pulvérisateur à dos à pompe pneumatique est possible, le groupement préconise une application par atomiseur, dont la pompe centrifuge permet la fragmentation du liquide, et consomme ainsi deux fois mois d'eau (la dilution du kaolin est ainsi de 10 % au lieu de 5 %). Il est aussi plus aisé à utiliser dès lors que le nombre d'arbres dépasse la cinquantaine. Différents produits sont disponibles avec ou sans homologation, leur utilisation étant détaillée sur le site de France Olive. À noter que l'application d'une barrière minérale n'est pas négligeable, même si des piégeages massifs ont été réalisés en début d'année.
Première étape : ne pas paniquer, tout n'est pas perdu, comme l'explique Edgar Raguenet : "Si vous avez loupé un de vos traitements, vous pouvez observer les piqûres sur 10 à 12 oli- ves. Vous les coupez au couteau pour vérifier leur état, et voir si elles datent d'avant ou après le dernier traitement."
Si le taux de piqûres augmente significativement en fin de saison, "cet exercice vous permet de voir combien de temps il vous reste avant le pic de dégâts, et éventuellement de vous permettre d'avancer la récolte", développe l'animateur. Si France Olive indique des rendements moindres en huile par olive et par hectare, ainsi qu'une impossibilité d'obtenir des fruités mûrs ou des olives de table noires, la récolte précoce permet toutefois de limiter les pertes.
Conduite
Le paysage oléicole évolue avec l'introduction de techniques intensives, voire super intensives, et de nouvelles variétés d'oliviers. L'initiative de Franck Nicolas et de son fils, face à la crise de la viticulture, symbolise cette transition vers une oléiculture plus productive et résiliente.
Franck Nicolas et son fils durant une visite de la pépinière 'Les champs modernes', à Agadir.
© Crédit photo : Oléaplant
L'olive semble avoir une position de choix dans un contexte de diversification. C'est en tout cas ce que pense Franck Nicolas, viticulteur dans une exploitation familiale à Cabrières, dans le Gard, qui, crise viticole oblige, va prochainement arracher plus de cinq hectares de vignes pour se réorienter vers la culture d'olives à haute densité. Disposant d'une partie garrigue réservée pour les variétés d'olives traditionnelles, comme la picholine, la partie plaine, quant à elle, qui dispose de l'irrigation via le Bas-Rhône, est destinée à la plantation d'olives à haute densité. "On y croit, c'est une production intéressante, et il y a une demande avec un vrai marché porteur", explique Franck Nicolas. En effet, le moulin oléicole de Cabrières se montre intéressé par la démarche et compte racheter l'ensemble de la production.
Avec un tel alignement des planètes, la famille va donc implanter cinq hectares d'oliviers intensifs pour se diversifier, mais également répondre à une réelle demande du marché. Cependant, avant de se lancer corps et âme dans cette nouvelle culture, le choix et la provenance des plants restent déterminants.
Faute de disponibilités auprès des pépinières en Espagne, notamment à Barcelone, la famille Nicolas se tourne vers le groupe Oléaplant. Avec plus de 20 ans d'expérience, l'entreprise, créée par un investisseur et agriculteur italien, a aujourd'hui une expertise dans la culture intensive, et propose des plants pour des vergers d'oliviers conduits en intensif. Leur pépinière, 'Les champs modernes', produit entre 18 et 20 millions de plants par an à destination du Maroc, de la Turquie, de la Tunisie, de la Libye, de la Roumanie, de l'Albanie, de l'Italie, ou encore de l'Espagne, ainsi que de plusieurs pays du Moyen-Orient. "Notre dernière visite nous a convaincus de la qualité des plants." D'autres viticulteurs se posent d'ores et déjà la question de la diversification en prévision de l'arrachage. L'oléiculture intensive est une possibilité, mais avec des besoins de 500 mm d'eau par an, Franck Nicolas temporise et prévient les plus idéalistes : "Je ne conseille pas de se lancer si l'eau n'est pas disponible."
Oléaplant propose de planter des oliviers à haut rendement intensif, en recommandant trois variétés spécifiques : l'arbéquine, l'arbosane et la koronéïki. Ces variétés se distinguent par leur excellente adaptation à une densité de plantation allant de 1,20 x 3,75 m à 4,35 m. Leur teneur en huile est élevée, entre 18 et 22 %, et elles produisent des huiles légères et parfumées, avec une acidité inférieure à 0,4 %.
L'arbéquine se caractérise par sa fluidité et son parfum singulier. Cette huile très fruitée, avec des notes d'herbes vertes et d'amande verte, est douce et fluide en bouche, et elle arrive à maturation en début de campagne. La densité de plantation recommandée est de 4 x 1,35 m et 3,75 x 1,20 m. Quant à l'arbosane, c'est un arbre à vigueur moyenne, apprécié pour la conserve en verre grâce à son noyau fin allongé. Comme l'arbéquine, sa teneur en huile se situe entre 18 et 22 %, et elle est adaptée aux mêmes densités de plantation. Enfin, la koronéïki, principale variété d'huile d'olive en Grèce, se distingue par sa floraison précoce et sa maturation rapide. Elle est reconnue pour sa productivité élevée et constante, et son huile est appréciée pour sa teneur élevée en acide oléique et sa stabilité.
Reste que la question de la disponibilité se pose. "Le manque de plants est bien réel, notamment en ce qui concerne l'arbosane qui ne sera pas disponible avant mai 2025."
Variété adaptée, densité élevée, le verger oléicole intensif se caractérise par des haies fruitières qui facilitent la récolte mécanique, et permettent un pré-taillage mécanique, réduisant considérablement les coûts liés à la taille manuelle.
Mais leur réussite est surtout conditionnée par une réflexion en amont du projet : sur le choix des parcelles, la bonne orientation des rangs pour optimiser éclairage et photosynthèse, l'accès à l'eau... Sachant que la fertilisation ne sera pas non plus à négliger. Plus qu'un autre système, l'équilibre technico-économique doit être soigneusement évalué, pour optimiser quantité et qualité de la récolte, tout en maîtrisant bien évidemment ses coûts.
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