Vaucluse 18/11/2016
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Le grenadier, une espèce sur laquelle lorgne l’industrie

Très prisé dans le bassin méditerranéen, le grenadier est une culture qui séduit ces dernières années les arboriculteurs en quête d’un atelier de diversification. Une fédération vient d’ailleurs de se constituer en Occitanie pour développer cette culture qui offre des débouchés à la fois en frais mais aussi pour l’industrie et la cosmétique.

Le CEHM a installé une collection variétale accueillant une trentaine de variétés conduites en bio, collection dupliquée à la Serfel (30) et à la Centrex (66).©Centrex

Le grenadier est originaire de l’Asie de l’Ouest. Cet arbre fleurit en général entre mars-avril et juillet-août, avec une floraison qui s’étale sur 10-12 semaines, en 3 ou 4 vagues distinctes selon la variété et la situation géographique. Le fruit peut être utilisé en frais – mais ce créneau est quasi inexistant malgré une bonne valorisation, essentiellement vers la restauration –, en jus (principal débouché à ce jour) ou en tant que matière première destinée à la cosmétique, pharmacologie ou la chimie. « En 2012, nous avons identifié la grenade comme une thématique porteuse en production de diversification », note Xavier Crété, en charge du programme au CEHM-Sud Expé, à Marsillargues (34). Des réunions avec de potentiels intéressés sont faites et les producteurs décident alors de commencer par se structurer. Fin 2014 nait la Fédération des producteurs de grenade du Sud (FPGS), présidée par Pierre Colin, comptant aujourd’hui une quarantaine de membres et animée par la Chambre régionale d’agriculture de la région Occitanie qui propose notamment des sessions de formation.
En parallèle, le CEHM installe une collection variétale accueillant une trentaine de variétés conduites en bio, collection dupliquée à la Serfel (30) et à la Centrex (66). « L’objectif est de voir le comportement de ces variétés dans différents contextes pédoclimatiques et de commencer à créer une base de données pour explorer d’autres débouchés, notamment industriel », poursuit Xavier Crété. « Ce qu’il faudrait faire, c’est monter un projet avec des industriels pour réaliser un screnning variétal et voir les variétés potentiellement intéressantes en fonction de molécules d’intérêt identifiées dans les grenades, en impliquant tous les partenaires potentiellement intéressés, notamment le pôle de compétitivité Qualimed. C’est un dossier sur lequel nous allons travailler en 2017 », poursuit-il.

Besoins en froid assez faible.

Les premiers fruits de cette collection en 3e feuille seront récoltés cette année, la récolte se faisant généralement à partir de la fin août (pour les variétés les plus précoces) et la mi-novembre, pour les plus tardives. En effet, le grenadier fructifie à partir de la 3e année, mais la production devient significative à partir de la 4e année, le rendement augmentant durant les 10 à 20 premières années de la culture. Les besoins en froid de l’espèce sont également assez faibles, de 300 à 450 heures selon les cultivars. Mais le grenadier a besoin de beaucoup de chaleur pour un produit qualitatif, les conséquences d’un été frais et humide étant des fruits de petit calibre, peu coloré et acide. « Selon le degré d’intensification, les rendements peuvent aller de 8 à 35-40 tonnes par hectare. La production augmente tant que le volume de l’arbre augmente. »
Au CEHM, la collection variétale est plantée à une densité de plantation de 3 m x 5 m. « Mais comme d’autres espèces fruitières, il existe plusieurs écoles : ainsi, en Israël, la voie de la culture intensive a été prise, avec des cultures à haute densité proche de 1200 pieds par hectare. » les densités les plus courantes sont en 5 m x 5 m pour un terrain aride et/ou pauvre (400 pieds/ha) jusqu’à 3 m x 5 (667 pieds/ha) pour une culture semi-intensive. Du fait de la forte tendance de cette espèce à drageonner, les vergers sont souvent conduits en multi-tronc, la conduite en mono-tronc étant plus contraignante en début de culture (sélection d’un axe, tuteurage…) ; mais ce choix facilite les travaux d’entretien par la suite. À noter que le grenadier est sensible au vent (limitation de la croissance, boisage des fruits) et aux coups de soleil (si le verger est faible ou trop aéré).
Par ailleurs, la culture de l’arbre est assez simple. « Dans nos conditions de production, le seul vrai souci est la zeuzère au niveau sanitaire. L’autre point d’alerte est le drageonnement assez important qui oblige à revenir très souvent au pied (1 à 3 fois par an, ndlr). L’opération n’est pas facile car l’arbre est épineux ce qui rend les interventions assez pénibles. »
Mais l’arbre a aussi des points intéressants : l’espèce est en effet assez résistante, à l’eau notamment. « Le seul problème qui justifie des apports d’eau réguliers, c’est l’éclatement. Si la nutrition n’est pas très régulière, avec les risques d’orages que nous avons dans le bassin au moment de la récolte, la possibilité de voir les fruits éclater est importante. Une conduite en goutte-à-goutte semble donc adaptée et permet de mieux gérer les risques d’éclatement. Enfin, d’une manière générale, il est recommandé d’éviter les alternances périodes sèches/excès d’eau et de privilégier les apports réguliers. » À noter également que l’arbre peut être sujet aux maladies du bois, phytophtora ou pourridié notamment dans les secteurs argileux et humides. « Par contre, il résiste très bien aux asphyxies racinaires ponctuelles. »
Le programme se poursuit au CEHM avec, en 2017, la décision de planter une nouvelle parcelle pour travailler sur l’éclatement, tout en poursuivant l’acquisition de références variétales.

Céline Zambujo

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