Terre Adonis
Réunis en assemblée générale dernièrement au Cannet-des-Maures, les associés et partenaires de Terre Adonis ont fait le point sur l'activité de la structure, qui met en œuvre une solution innovante de portage foncier au bénéfice de l'installation agricole en région Sud.
Visite sur le vignoble d'Aurélien Fournié, installé dans le Var en 2019, grâce à la Société coopérative d'intérêt collectif Terre Adonis.
© Crédit photo : Terre Adonis
Co-fondée en 2019 par la Safer Paca, La Coopération Agricole Sud (LCA Sud) et la Région Sud, la Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) Terre Adonis déploie toute son énergie pour permettre ou conforter l'installation de porteurs de projet, en fédérant financeurs publics et privés sur le portage du foncier.
Agréée Établissement solidaire d'utilité sociale (Esus), Terre Adonis propose une solution de portage "patiente et peu onéreuse", qui permet aux bénéficiaires de prendre le temps de consolider leur installation. Dans ce but, la forme coopérative de la SCIC s'appuie sur un modèle financier sans objectif de rentabilité financière des capitaux investis, basé sur des parts sociales à montant unitaire et non réévaluées en fonction de la valeur de l'entreprise. Le financement du portage, dont la durée peut être de 7 à 15 ans, n'est rémunéré qu'entre 0 et 1 %, à la discrétion de chacun des partenaires associés, "qui ne viennent pas chercher un retour sur investissement, mais sont avant tout là pour soutenir les projets", précise Frédéric Cordier, de LCA Sud. À terme, la finalité est de permettre aux porteurs de projet d'acquérir le foncier - à un prix figé à son niveau initial - qu'ils occupent pour commencer grâce à un bail rural, encadré par les arrêtés préfectoraux de fermage.
Depuis ses débuts, la SCIC a accompagné huit projets, dont quatre en viticulture à Séguret et Ansouis (84), Le Luc-en-Provence et La Motte (83) ; deux en maraîchage à Roquebilière (06) et Roquebrune-sur-Argens (83) ; un en arboriculture à Monetier- Allemont (05) ; et un en plantes à parfum à Grasse (06), pour un montant cumulé de près de 4,4 millions d'euros (M€).
Trois de ces projets ont abouti à l'acquisition de foncier par la SCIC l'an dernier, et un autre a dû être abandonné, suite au désistement du porteur de projet. Mais le foncier concerné devrait très prochainement bénéficier à la consolidation de l'installation d'un viticulteur déjà accompagné par Terre Adonis.
Un nouveau dossier est sur la rampe de lancement cette année. Il doit permettre de conforter l'activité d'un couple de jeunes agriculteurs installés à Callian (83), qui produit des fleurs pour la parfumerie de luxe.
Au global, les sources de financement des projets proviennent pour 26 % de la Safer Paca, pour 22 % de coopératives, pour 17 % de banques, pour 17 % des porteurs de projet, pour 9 % de partenaires privés (autres que les banques et coopératives), pour 6 % du Conseil régional Sud et pour 3 % d'autres partenaires publics (Conseils départementaux, communes, EPCI).
La SCIC compte ainsi désormais 46 associés (membres fondateurs, partenaires et porteurs de projet), et leur nombre augmente au gré des projets qui mobilisent de nouvelles parties prenantes.
Au-delà du portage foncier, le but de Terre Adonis est de fédérer, dans la durée, l'attention et l'expertise des partenaires autour du porteur de projet, de sorte à créer un écosystème favorable à sa réussite. Dans cet esprit, un conseil consultatif rassemble les agriculteurs accompagnés et leurs partenaires a minima une fois par an, davantage si le porteur de projet rencontre des difficultés particulières.
La SCIC a aussi récemment mis en place un tableau de suivi analytique, de sorte à avoir une vision plus précise des projets et à acquérir des références croissantes des candidats, qu'ils viennent spontanément jusqu'à Terre Adonis ou qu'ils soient orientés par la Safer ou des établissements bancaires et coopératives partenaires. Une notice a d'ailleurs été rédigée à destination des porteurs de projet, afin de leur présenter les modalités d'instruction et les étapes de la sélection.
En termes de fonctionnement, la SCIC repose sur la mise à disposition de personnels de la Safer Paca et de LCA Sud, dont le temps de travail n'est, pour l'heure, pas encore pleinement facturé. Mais la montée en puissance de l'activité tend vers la consolidation du modèle économique de la structure, et le résultat de l'exercice 2023 est bénéficiaire de plus de 9 000 €. "Même si Terre Adonis n'est pas encore tout à fait autonome financièrement, les résultats sont là, tant quantitativement que qualitativement, et nous continuons à nous professionnaliser progressivement. Je tiens particulièrement à remercier tous nos partenaires qui font avec nous le pari de la coopération et de la solidarité", commente à ce chapitre Patrice Brun, président de la Safer Paca et de Terre Adonis.
Constatant que les dossiers sont plus difficiles à boucler quand ils ne bénéficient pas du soutien d'une coopérative, la SCIC travaille également à trouver de nouvelles sources de financement pour les projets à venir. D'autant qu'il faut anticiper l'arrêt du dispositif de financement 'Jeune pousse', porté par le Conseil régional, qui pouvait subventionner les projets à hauteur de 10 %.
Le Feader impliquant trop de contraintes, Terre Adonis étudie les possibilités offertes par l'Appel à manifestation d'intérêt national 'Entrepreneurs du vivant', né d'une convention entre l'État et la Caisse des dépôts. Doté de 395 M€ sur 4 ans, le dispositif a le double objectif de répondre aux enjeux de la transition agroécologique et du renouvellement des générations, avec un volet portant sur l'accès au foncier.
"Le dispositif vient poser la question de l'agroécologie. Pas pour contraindre les porteurs de projet mais parce que, pour continuer à faire du portage, il faut capter de nouveaux moyens financiers, et les critères d'attribution pourraient correspondre à Terre Adonis et aux exploitations accompagnées. Il y a une opportunité à saisir pour l'installation et le renouvellement des générations. Mais cela ne pourra se faire qu'au cas par cas, et sur la base du volontariat", développe Laurent Vinciguerra, directeur général de la Safer Paca. Le fonds devrait être opérationnel dans le courant du second semestre 2024.
La participation des collectivités est essentielle. "Cela fait dix ans que l'on dit que, dans dix ans, 50 % des exploitants agricoles vont être à la retraite. On parle beaucoup souveraineté alimentaire et projets alimentaires territoriaux. Or, l'agriculture est une cause d'intérêt national majeur, on a donc besoin de la mobilisation de tous", défend Laurent Vinciguerra.
Aurélien Fournié s'est installé sur neuf hectares de vignes avec le soutien de Terre Adonis.
© Crédit photo : JD
Lorsqu'il se met en quête de terres pour s'installer en viticulture, Aurélien Fournié dispose d'un petit pécule, mais n'a pas la capacité financière d'emprunter pour acquérir suffisamment de vignes. C'est par l'intermédiaire de l'Union de coopératives Estandon Vignerons qu'il entre en contact avec la SCIC Terre Adonis. Il est titulaire d'un BTS viti-œno et caviste depuis deux ans quand, en 2019, la SCIC lui permet de s'installer sur neuf hectares de vignes au Luc-en-Provence, dans le Var, sur une propriété qui devait être rachetée par un gros domaine, mais a fait l'objet d'une préemption par la Safer.
"Les caves coopératives rencontrant un problème de fuite de foncier vers des domaines, mon projet a intéressé Estandon et la Guilde des Vignerons Cœur du Var, dont je suis devenu coopérateur. La mobilisation de tous m'a permis de m'installer en partant de zéro, et en reportant l'échéance d'un crédit", apprécie le jeune viticulteur. La Safer Paca et la Caisse d'Épargne Côte d'Azur ont aussi participé au financement du portage.
Depuis, il cultive ces terres en fermage, le coût de la location représentant 30 % de ses charges. "Même si le modèle n'est pas rémunérateur pour les partenaires financeurs, il n'est pas non plus neutre pour le porteur de projet. Tout cela se calcule", commente-t-il.
Dans la perspective d'un rachat d'ici une dizaine d'années, il s'emploie à restructurer le vignoble, essaie de l'agrandir pour consolider son activité, a construit un hangar, s'équipe selon un plan d'investissement raisonnable. "Je suis parti tout feu, tout flamme et je déborde toujours d'énergie, mais j'ai appris à rationaliser", note Aurélien Fournié. Le système de la SCIC a pour lui un double intérêt : lui permettre d'avoir accès au foncier nécessaire à son installation, et en bloquer le prix pour éviter toute spéculation. "Je suis heureux et reconnaissant aux partenaires qui m'ont fait confiance, et je suis conscient que la marche à franchir est encore haute. L'heure de vérité arrivera au moment du rachat, et je travaille dans cette optique", témoigne-t-il.
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