PACA, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie 31/10/2024
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Agrosud

La performance technico-économique au service des agriculteurs

Chaque année, les 'Journées d'octobre' du réseau Agrosud permettent de rassembler fournisseurs, distributeurs et partenaires autour de sujets d'actualité. Et comme chaque année, les intervenants sont venus avec de quoi faire réfléchir les participants.

Bernard Perret, président du réseau Agrosud, et Vincent Baills, nouveau directeur, qui a pris il y a quelques mois le relais après Jean-Paul Palancade.

© Crédit photo : ML

Ils étaient environ 350 à se retrouver au Pasino de La Grande-Motte (34), les 24 et 25 octobre, à l'occasion des 'Journées d'octobre' d'Agrosud, le réseau de distributeurs d'agrofournitures en Occitanie, Vallée du Rhône, Charente et Gironde en vigne, arboriculture, maraîchage et grandes cultures. Comme chaque année, il est question de bousculer les points de vue, de prendre de la hauteur autant que d'aller vers le très concret. Entre partages de résultats d'essais menés par les membres du réseau et exposés d'intervenants extérieurs, ces deux journées se sont montrées riches. Une richesse essentielle pour Bernard Perret, président d'Agrosud, qui d'expérience affirme "n'avoir jamais vu une année pareille après 40 ans dans le milieu de l'agrofourniture, et 23 en tant que vigneron".

Parce que la souveraineté alimentaire n'est pas une découverte pour les fournisseurs, il est nécessaire de poursuivre la recherche de solutions pour ramener de la rémunération sur les exploitations : "Beaucoup dépendent de primes à regret, et nombreux sont ceux qui préféreraient vivre de la valorisation de leur production. C'est à nous qu'il revient de les accompagner sur ce point." Pour le président, nul doute que la déstructuration des sols, à cause d'anciennes pratiques, a bousculé l'équilibre. Alors, afin de refaire de la terre un outil riche et productif, il tient à faire passer des messages, particulièrement dans cette période de crise qui impacte tout le monde.

Bernard Perret évoquait déjà les difficultés financières des exploitations en 2023. Sur ce point, pas d'évolution notable malheureusement : "En tant que distributeurs, nous nous devons d'accompagner nos clients, qu'importent les années et les produits disponibles."

Accompagner malgré des trésoreries exsangues

La disponibilité est d'abord légale. "Ces dernières années, nous avons eu de nombreuses grandes lignes de produits qui ont disparu. C'est nécessaire, en réponse aux objectifs de santé publique et de biodiversité. Mais il est également frustrant de les voir disparaître pour des solutions moins efficaces, ou pas de solutions du tout", développe le président, qui craint un engagement de l'État - le fameux "Pas d'interdiction sans solution" - impossible à respecter "compte tenu du comportement actuel de l'Anses".

"Nous devons rester pour nos clients un investissement et non une dépense"

Il reste cependant confiant quant à la force du réseau et des outils d'Agrosud et Symphonie (la centrale de référencement dont fait partie Agrosud depuis 2010) : "Nous avons conscience des attentes, et c'est l'exacte raison pour laquelle nous maintenons nos investissements."

La disponibilité est également matérielle, afin de se retrouver au plus proche des agriculteurs et de conserver "une force de frappe grâce à la proximité physique", souligne Vincent Baills, directeur du réseau. Une disponibilité économique, aussi. "Nous sommes constamment à la recherche de l'équilibre entre les performances technico-économiques et les possibilités des agriculteurs." En 2025, il faudra notamment s'attendre à des achats qui n'interviendront qu'au moment de l'utilisation finale du produit. "En viticulture, on s'attend à une baisse d'environ 10 millions d'hectolitres de vins en France. Nos clients savent à peu près de quelle manière leurs revenus baisseront", anticipe Bernard Perret, qui envisage ainsi la diminution, voire les annulations de certains investissements initialement prévus. C'est par exemple le cas de la fertilisation ou du palissage, qui a fait - 24 % chez Agrosud.

De même, "avec l'enveloppe de 120  000 euros à l'arrachage, la réduction du potentiel de production va nécessairement s'accompagner d'une réduction de nos ventes d'agrofournitures". Le président encourage d'ailleurs chacun à sonder sa clientèle, afin "d'anticiper au mieux". Tous liés dans cette passe difficile, l'agriculteur maintient : "Il faut aider à passer le cap. Malgré la conjoncture, nous devons rester pour nos clients un investissement et non une dépense."

Challenger les esprits

De manière à se donner un peu de hauteur, Agrosud a, cet automne, fait le choix d'inviter le Club Demeter - association qui se veut être l'écosystème des dirigeants du secteur agricole, agroindustriel et agroalimentaire - à évoquer l'alimentation comme une constante stratégique. Diane Mordacq, chargée de projets et des relations adhérents, repositionne le contexte : "Nous vivons actuellement une période de retour des conflits inter-étatiques, avec de nombreuses prises de position qui conduisent à des guerres de proxy." Augmentation des défenses militaires au profit d'autres domaines pourtant jugés stratégiques, désoccidentalisation de l'ordre mondial, OMC encore davantage en état de mort cérébrale que l'Otan, nouvelles alliances, émergences d'acteurs privés, Union européenne qui peine à fédérer ses membres, politisation et polarisation de tous les débats... "Dans ce monde qui bouge, il reste tout de même une constante, et c'est l'alimentation", assure la chargée de mission. Mais avec une population qui a quadruplé entre 1950 et les projections à 2070, à dix millions d'habitants, sans pour autant se répartir équitablement sur l'ensemble de la planète, le commerce conserve naturellement sa part pour faire circuler les denrées aux quatre coins de la planète.

"Demain, l'alimentation va entrer dans un nouveau volet, puisque l'augmentation de la population va obliger à repenser sa répartition et sa structuration, notamment avec de plus en plus de seniors", pose Diane Mordacq. La demande alimentaire s'apprête ainsi à évoluer, avec le développement de nouveaux segments.

Mais elle doit également changer. "Produire plus d'accord, mais seulement si c'est aussi pour consommer mieux. Il faut penser le système dans sa globalité et de manière équilibrée. À quoi bon demander à l'agriculteur de produire mieux, si le consommateur ne contribue pas à l'amélioration de l'alimentation ?", interroge la spécialiste.

De même, elle estime que l'État a tout intérêt à considérer la planète 'vin' comme un élément essentiel des soft powers français. Dans une période où le monde viticole a plus que jamais besoin d'outils pour structurer "les nouvelles offres du marketing des 'Sans' : sans alcool, sans sulfite, sans pesticide...", elle estime avoir face à elle "les outils et l'organisation de ces futures adaptations".

Penser la matière organique dans toute sa complexité

Après avoir recontextualisé les enjeux de l'alimentation, le réseau Agrosud invitait pour une seconde intervention Thibaut Déplanche, directeur général du laboratoire Celesta-Lab, basé à Mauguio (34). Sa mission ? Parler régénération des sols et rendre l'action plus atteignable. "Il y a des pratiques agricoles qui, on pense, ont bouleversé nos sols. Moi je préfère les constats", commence-t-il.

Il souligne ainsi les sujets d'inquiétude majeurs et parmi eux, il cible particulièrement l'érosion, "tout simplement parce qu'on ne sait pas fabriquer du sol. Pour en faire un centimètre il faut entre 100 et 1 000 ans. Donc quand le sol est perdu, il l'est définitivement".

L'ingénieur vise également l'imperméabilisation, avec la possibilité d'une intervention toutefois rapide grâce aux couverts végétaux, la pollution, ainsi que la perte matière organique (MO), ou encore la biologie du sol qui reste relativement faible dans les bassins viticoles. "On part de loin, il y a donc bien besoin de régénération."

"À quoi bon demander à l'agriculteur de produire mieux, si le consommateur ne contribue pas à l'amélioration de l'alimentation ?"

Pour cela, il existe quatre piliers pour améliorer les sols : le volet physique, le pilier acido-basique, l'organo-biologique et le stock minéral.

C'est sur le troisième qu'il insiste longuement. Sans donner une liste exhaustive, il propose trois raisons simples de régénérer ce pilier : d'abord, la structuration des sols ; ensuite, l'amélioration de la disponibilité de l'azote ; et enfin, gagner en résilience. "Mais la teneur en matière organique elle-même ne suffit pas. Au sein de la matière organique il y a une diversité énorme. Considérer que, si j'ai de la matière organique dans mon sol, tout va fonctionner, ce n'est pas un bon constat", explique-t-il. Car entre les matières organiques qui abritent (MO liée), nourrissent (MO libre), mangent (biomasse microbienne) et les émissions de CO2 (minéralisation du carbone et de l'azote), les leviers d'actions sont aussi multiples que différents.

Alors si les transitions pour s'améliorer prennent a minima entre trois et cinq ans, l'accompagnement se doit d'être constant, qu'il s'agisse des missions du laboratoire ou bien de celles des fournisseurs et distributeurs dans l'assistance. Le sol doit rester un gisement. De vie, mais aussi de valeur. Alors forcément, le rappeler n'est jamais un mal. 

Manon Lallemand •

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