Agriculture connectée
À Valréas, dans le Vaucluse, un agriculteur aux multiples casquettes a intégré l'intelligence artificielle dans tous les recoins de son exploitation. De la gestion comptable à l'optimisation agronomique, il illustre comment l'IA devient un allié du quotidien.
"L'IA est une extension, pas une substitution. C'est toujours l'humain qui a l'intuition", résume Sylvain Roux, convaincu de son potentiel, mais attentif à ses limites.
© Crédit photo : Sylvain Roux
À Valréas, une commune de l'Enclave des Papes (84), l'intelligence artificielle (IA) est entrée dans les champs, mais pas par hasard : "Avant d'être agriculteur, je travaillais dans un lycée où je gérais un réseau informatique", explique Sylvain Roux, agriculteur de 46 ans à la tête de l'exploitation familiale, l'EARL Ferme Roux de l'Enclave, où s'étendent plus de 50 ha de cultures diversifiées entre vignes, courges, céréales, tournesols et luzerne.
Il reprend les rênes en 2011, tout en conservant son appétence pour les outils numériques. À la croisée des mondes numériques et agricoles, il voit dans l'IA "un outil révolutionnaire pour gagner du temps et mieux gérer la complexité du métier". Son engagement dépasse les limites de son domaine. Co-président du syndicat local des vignerons, membre de la FDSEA du Vaucluse et administrateur de la Coopérative agricole Provence-Languedoc (CAPL), il est au cœur des dynamiques agricoles régionales. Une position qui l'a naturellement amené à explorer l'intelligence artificielle comme levier d'efficacité et d'adaptation.
Dès la sortie de ChatGPT, il apprend à s'en servir, d'abord pour générer des textes, des attestations ou des posts Facebook pour le syndicat local des vignerons. "Ça me prenait cinq minutes, montre en main", témoigne-t-il. Pour ce dyslexique assumé, l'IA devient une alliée. "Avant, ma mère relisait mes courriers. Je lui ai annoncé que je l'avais licenciée : aujourd'hui, c'est ChatGPT qui me corrige", plaisante-t-il. Rapidement, les usages s'intensifient. L'IA produit désormais des documents structurés, fichiers Word, Excel, PDF, et génère des publications prêtes à être diffusées. Une simplicité qui permet au syndicat des vignerons, sans secrétaire, de rester visible et actif sur les réseaux.
Côté administratif, l'IA joue aussi un rôle de fond. Grâce à son logiciel de comptabilité, l'exploitant a automatisé le traitement de ses factures. Une fois les écritures comptables paramétrées, l'outil traite en série les factures récurrentes - télécom, électricité, péages... - en seulement quelques minutes. "Au début, on éduque l'IA. Telle ligne va dans tel compte. Mais ensuite, tout est automatisé et on est capable de traiter 12 fac- tures en moins de cinq minutes." Même constat en ce qui concerne le lettrage de comptes fournisseurs complexes. Face à des escomptes ou paiements groupés rendant le suivi difficile, Sylvain Roux a utilisé ChatGPT pour analyser les extraits de compte. Et ce réflexe lui a fait gagner du temps. "J'ai identifié les anomalies et clôturé un compte en deux minutes, alors que j'étais bloqué depuis des jours", se remémore-t-il.
Loin de se cantonner uniquement au bureau, l'IA s'invite aussi dans les arbitrages agronomiques. Lors d'une assemblée de la Fédération des Cuma, l'exploitant a par exemple simulé le coût à l'hectare de deux moissonneuses à partir de données techniques (carburant, main-d'œuvre, amortissement). Une démarche qu'il imagine demain étendue à l'échelle régionale, en croisant les historiques de maintenance des Cuma. "Le technicien peut faire ça, mais l'intelligence artificielle également", affirme-t-il.
Côté cultures, Sylvain Roux s'appuie sur cette technologie pour compléter ses connaissances, notamment sur les céréales : "Ici, les techniciens sont spécialisés en vigne. Pour les céréales, on manque d'expertise. L'IA m'aide à savoir quand apporter tel oligo-élément, comme le bore sur le tournesol."
Face à ces cas d'usages multiples, il n'en reste pas moins prudent, notamment en ce qui concerne la véracité des propos obtenus. "Il faut toujours vérifier les sources. L'IA peut vouloir vous faire plaisir, donc attention aux erreurs. Ce qu'il faut dès le départ, c'est un prompt [les instructions utilisées pour générer la réponse, ndlr] de qualité." Mais Sylvain Roux ne s'arrête pas là et aimerait en obtenir une application capable d'analyser ses parcelles en direct. "Tu lui donnes une photo, ton type de sol, l'analyse agronomique et elle te propose les traitements à faire. Un vrai assistant technicien."
Conscient des débats, il refuse la vision dystopique de cette nouvelle technologie. "L'IA ne remplacera pas l'agriculteur, car jusqu'à preuve du contraire, elle ne gère pas l'imprévu." Pour soutenir cette idée, il fait un parallèle : "Quand les chiens de berger sont apparus, les bergers n'ont pas disparu. Ils ont simplement géré plus de bêtes." Il en déduit donc que l'agriculteur de demain sera en mesure de gérer plus de surfaces.
Pour lui, l'intégration de l'intelligence artificielle dans le monde agricole n'est pas une option, mais une nécessité. Face aux enjeux économiques, au manque de main-d'œuvre et à la transition des exploitations, l'IA représente un levier de rési- lience. "Ceux qui ne s'en serviront pas auront du mal à suivre", pré- vient l'agriculteur. Conscient du bouleversement à venir, il temporise sur l'impact de cette nouvelle révolution. "L'IA est une extension, pas une substitution. Ce qu'elle ne fait pas, c'est générer l'idée. C'est toujours l'humain qui a l'intuition et l'IA l'exécute, l'enrichit."
Même les usages ludiques trouvent leur place. "Je l'utilise en vocal, comme un assistant de réflexion. Et quand je prends une photo aérienne d'un événement, elle peut estimer le nombre de participants à partir de la densité."
Prochain test : analyser les résultats de ses moissons et demander comment augmenter le taux de protéines à partir de données concrètes. Seule limite ? L'imagination humaine donc...
LE SAVIEZ-VOUS ?-
Cartographier les sols, anticiper les maladies, ajuster l'irrigation... l'intelligence artificielle (IA) s'impose progressivement dans le quotidien des agriculteurs. Grâce à l'analyse massive de données issues de capteurs, de drones ou d'imagerie satellite, ces outils permettent de piloter les exploitations avec une précision inédite.
Parmi les usages les plus répandus, la cartographie des sols permet d'adapter les apports d'engrais et les choix de culture à la qualité de chaque parcelle. En phase de semis, des machines guidées par IA optimisent l'espacement et la densité pour maximiser le rendement.
Les algorithmes sont aussi capables de détecter précocement maladies et ravageurs, grâce à la reconnaissance d'images. Une simple photo de feuille peut parfois suffire à poser un diagnostic. L'irrigation devient, elle aussi, intelligente : en croisant humidité du sol, météo locale et besoins des plantes, l'IA permet d'économiser l'eau sans nuire aux cultures.
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