Changement climatique
L'impact du changement climatique visible sur l'agriculture l'est aussi à toutes les étapes de la filière alimentaire. Pour ne plus subir, l'Ademe suggère de faire évoluer les pratiques des individus. Mais changer n'est pas si simple.
L'évolution des prix des biens et services sera le levier essentiel, sinon unique, des changements de comportement.
© Crédit photo : ED
Le changement climatique est aujourd'hui une réalité concrète. Les températures estivales et la répétition d'évènements extrêmes de plus en plus intenses (tempêtes, canicules, sécheresses, pluies torrentielles, etc.) le rappellent désormais chaque année. D'après la Direction régionale de l'agriculture et de l'alimentation (Draaf), la Provence a été concernée par 11 aléas climatiques exceptionnels entre 2019 et 2022. Il est donc "urgent et nécessaire de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de s'adapter, car les effets du changement climatique, déjà visibles pour de nombreux secteurs de la société, risquent de s'intensifier dans le futur", souligne Émilie Le Fur, responsable 'Alimentation durable et adaptation au changement climatique' à l'Ademe Paca. Car ce qui était exceptionnel hier ne l'est plus aujourd'hui.
Or, ces impacts ont un coût, et ce coût atteint des milliards d'euros pour la filière alimentaire. D'après une étude de France Stratégie sur l'inaction face au changement climatique à l'horizon 2050, "ce sont près de trois milliards d'euros par an que l'on risque de perdre en raison des aléas climatiques, des adaptations nécessaires liées à l'accroissement de l'usage de l'irrigation, du conseil nécessaire auprès des exploitants et du coût du renouvellement du verger", indique Sandrine Candelier, responsable 'Agriculture' à l'Ademe Paca. Pire, en 2022, la facture des assureurs français conséquente aux aléas climatiques s'élève à dix milliards d'euros. Elle n'englobe certes pas que l'agriculture. Mais les impacts du changement climatique touchent et toucheront toutes les activités agricoles, ainsi que toutes les étapes de la filière alimentaire.
Sur la transformation par exemple, des tensions sur la ressource en eau et une probable augmentation de la consommation énergétique, pour trouver des moyens de s'adapter, s'observent déjà. Sans parler de la variabilité des approvisionnements pour le transport, les risques de perturbations et d'aléas, susceptibles d'augmenter encore les pertes. Sur la distribution, il va y avoir besoin de s'adapter sur la variabilité des approvisionnements, l'évolution de la saisonnalité, mais aussi de la demande et des achats.
Enfin, les impacts sur l'aval de la filière alimentaire se font ressentir jusqu'au consommateur, avec la modification de la qualité des produits commercialisés. Et ce, même si l'impact du changement climatique sur l'agriculture est ce que l'on voit en premier. Car toutes les étapes sont touchées. "C'est là- dessus qu'il va falloir travailler pour ne pas subir", indique Émilie Le Fur.
L'Agence - qui participe à la construction des politiques nationales et locales de transition écologique - promeut une vision systémique. Dans un environnement qui change rapidement et demande une profonde mutation de nos modes de production, de consommation et de notre façon d'habiter la nature, il s'agit de pouvoir prendre les devants. La stratégie préconisée par l'Ademe passe notamment par la diminution des émissions de gaz à effet de serre, de pertes et gaspillages, l'augmentation de la résilience du système alimentaire ou encore le développement des coopérations.
Mais agir face au changement climatique nécessite aussi de développer des coopérations. Pour réussir à coopérer, tout un travail a été entrepris en interne par les sociologues de l'Ademe. "On s'est rendu compte que nous avions de beaux dispositifs, des outils, des guides, des expertises et des systèmes de financements, mais qu'au niveau final ces leviers n'étaient pas tant utilisés que cela. Pourquoi n'agissons-nous pas ?", interrogeait Émilie Le Fur, à l'occasion d'une conférence à destination des entreprises et des collec- tivités.
Parce que les ressorts sociologiques et psychologiques n'étaient pas suffisamment pris en compte, et que "de nombreux freins peuvent nous empêcher d'agir, nous avons donc amélioré notre manière de travailler mais aussi nos accompagnements grâce aux enseignements des sciences humaines", ajoute la responsable. Au travers d'un guide élaboré à destination de la filière alimentaire et des autres thématiques étudiées par l'Ademe (lire ci-contre), l'Agence a travaillé la question et propose surtout des clés. "Cet ouvrage intitulé 'Changer les comportements, faire évoluer les pratiques sociales vers plus de durabilité' est une pierre importante dans notre accompagnement", ajoute Émilie Le Fur.
À lui seul, le progrès technique ne permettra pas d'atteindre les objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre. La question de l'évolution de nos modes de vie est un enjeu majeur de la transition écologique. Mais les comportements se jouent à plusieurs échelles, individuelle, collective et également matérielle. Et dans ce cadre, les sciences sociales peuvent éclairer sur la complexe réalité des comportements face au changement.
Pour ÊTRE précis-
La question du changement de comportement et, plus généralement, de l'évolution de nos modes de vie, est un enjeu clé de la transition écologique. Il est largement admis que le progrès technique, à lui seul, ne permettra pas d'atteindre les objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre. Dans cet ouvrage, disponible gratuitement sur son site, l'Ademe propose un panorama permettant de croiser les approches, les échelles d'action, les types d'outils et les modes d'intervention aux différents échelons territoriaux. Le document est accompagné d'une introduction vidéo de trois minutes.
Pour télécharger l'étude : https://urlz.fr/oI0Z
Les fonds destinés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à l'adaptation au changement climatique des petits exploitants agricoles ont reculé et ne représentent plus que 0,8 % de la finance climatique, indique un rapport du cabinet spécialisé 'Climate Policy Initiative', publié le 22 novembre. Sur la période 2019-2020, l'argent versé aux agriculteurs cultivant moins de deux hectares - ainsi qu'aux petites et moyennes coopératives et entreprises agricoles dans le cadre de la lutte contre le changement climatique - a atteint 5,5 milliards de dollars (Mds$) par an, soit une chute de 44 % par rapport à la période 2017-2018, détaille le document. Pourtant, ces petits acteurs produisent 35 % de l'alimentation mondiale, jusqu'à 50 % dans les pays à revenus faibles et moyens. Étant particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique, ils auraient idéalement besoin de 276 Mds$ chaque année, relève le rapport réalisé avec 'CLIC', une organisation cherchant à développer les investissements dans l'agriculture et les systèmes alimentaires. Ce recul s'inscrit dans la baisse plus généralisée des financements climatiques destinés à l'agriculture, à la forêt et à la pêche (- 20 %), note le rapport : les donateurs augmentent parallèlement leurs contributions à d'autres secteurs comme la construction, les infrastructures ou les transports.
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