ASSISES DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE
Cent vingt représentants du monde agricole, économique et institutionnel se sont retrouvés à Lourmarin, dans le Vaucluse, dans le cadre de la phase territoriale des 'Conférences sur la souveraineté alimentaire'. Une étape importante pour enrichir les travaux engagés et faire émerger des projets capables de renforcer l'autonomie alimentaire régionale.
À Lourmarin, Georgia Lambertin, présidente de la Chambre régionale d'agriculture, et Éric Rosaz, directeur adjoint délégué à l'Agriculture et à l'Alimentation de la Draaf, ont rassemblé 120 acteurs autour de ces assises régionales.
© Crédit photo : ED
Prévue par la loi d'orientation agricole, la démarche des 'Assises de la souveraineté alimentaire' poursuit un objectif ambitieux : construire, filière par filière, une stratégie nationale permettant de reconquérir l'autonomie alimentaire française tout en assurant le renouvellement des générations agricoles.
Après plusieurs mois de concertation, la Chambre régionale d'agriculture Paca a accueilli, à Lourmarin, une nouvelle étape de ce processus : autour de Georgia Lambertin, sa présidente, de Stéphanie Flauto, directrice régionale de la Draaf Paca, et d'Éric Rosaz, son directeur adjoint délégué à l'Agriculture et à l'Alimentation, représentants des filières, élus, producteurs, transformateurs et opérateurs économiques ont confronté leurs analyses et leurs projets.
Cette rencontre s'inscrivait dans un travail engagé depuis le début de l'année1. Dix groupes filières régionaux ont été mobilisés autour des grands secteurs agricoles de Paca. Objectif : identifier les priorités et les leviers d'action pour les années à venir.
Au total, 65 projets ont émergé de ces travaux préparatoires. Fruits et légumes, viticulture, élevage, grandes cultures, horticulture, oléiculture, plantes à parfum, aromatiques et médicinales, cultures de diversification, pêche et aquaculture : l'ensemble des productions régionales est concerné.
Pour Georgia Lambertin, cette journée devait permettre de franchir une nouvelle étape. "Il s'agissait de caractériser les projets de souveraineté emblématiques et de faciliter les coopérations", explique-t-elle.
La présidente de la Chambre régionale d'agriculture se montre confiante quant à la capacité des acteurs régionaux à relever les défis à venir. "Je suis convaincue que tous ensemble nous pourrons relever les défis auxquels sont confrontées notre agriculture régionale et notre souveraineté alimentaire", affirme-t-elle.
Au fil des échanges, un constat s'est imposé : la souveraineté alimentaire ne peut être dissociée des questions de compétitivité, d'adaptation climatique, d'accès à une alimentation de qualité ou encore de renouvellement des générations. Les participants ont également souligné l'importance de mieux répartir la valeur ajoutée au sein des filières et de renforcer les capacités de transformation locales.
"Il y a beaucoup d'initiatives pour mieux produire et transformer localement nos productions et bien sûr mieux répartir la valeur", souligne Georgia Lambertin.
Les groupes de travail ont permis de dresser un état des lieux précis des difficultés rencontrées par les différentes productions régio- nales.
Dans les fruits et légumes, les professionnels doivent faire face à une perte de compétitivité, liée à des coûts de production élevés et à une concurrence accrue des pays voisins. Les difficultés d'installation et de transmission, le coût du foncier ainsi que les enjeux liés à l'eau figurent également parmi les principales préoccupations. Les acteurs du secteur plaident pour davantage d'innovation, une meilleure structuration logistique et le développement d'outils de transformation encore insuffisants sur le territoire.
La viticulture traverse elle aussi une période délicate. La baisse structurelle de la consommation de vin, les évolutions des comportements des consommateurs et les contraintes réglementaires fragilisent les exploitations. Les professionnels souhaitent davantage de simplification, une concurrence européenne plus équitable ainsi qu'un renforcement de la promotion et de l'œnotourisme, afin de mieux valoriser les productions régionales.
Du côté des filières viandes, les équilibres demeurent fragiles : si la production bovine reste relativement stable, les effectifs ovins continuent de diminuer et l'auto-approvisionnement régional en porcs recule. Les participants ont insisté sur la nécessité de maintenir les éleveurs en activité, d'encourager les installations et de relocaliser davantage de valeur ajoutée grâce à l'engraissement et à la transformation sur le territoire.
Les cultures de diversification ont également occupé une place importante dans les discussions. L'apiculture régionale, fortement liée à la production de miel de lavande, doit composer avec les conséquences du changement climatique, les pressions sanitaires et la concurrence des importations à bas coût.
Parallèlement, les filières amande et pistache poursuivent leur structuration. La première affiche un objectif régional de 1 200 hectares tandis que la seconde pourrait atteindre 1 500 ha d'ici 2035, si les premières implantations confirment leur potentiel.
D'autres productions innovantes - comme le pitaya, le figuier de barbarie ou la réglisse - sont également explorées, afin de diversifier les revenus agricoles et de renforcer la résilience des exploitations face aux évolutions climatiques.
Au-delà des problématiques propres à chaque production, la journée de Lourmarin avait surtout pour vocation de faire émerger des coopérations nouvelles. "La souveraineté n'est pas qu'une question quantitative, elle ne se limite pas aux volumes produits", rappelle Stéphanie Flauto. "Elle repose sur la capacité durable à produire, à transformer, à distribuer, à rendre accessible des aliments de qualité et à créer de la valeur pour les exploitations et les entreprises de la chaîne alimentaire."
Pour la directrice régionale de la Draaf, les travaux réalisés jusqu'à présent ont permis de partager un diagnostic commun. Mais l'ambition va plus loin : "Ces conférences doivent faire plus que dresser un état des lieux. Il faut nous projeter collectivement dans l'avenir."
L'objectif de cette rencontre était donc d'identifier les complémentarités entre les filières, de consolider les projets les plus structurants et de renforcer les coopérations à l'échelle régionale. Les conclusions de ces travaux doivent désormais être finalisées avant leur transmission, début juillet, à la ministre de l'Agriculture. Une contribution qui permettra à la région Sud de faire valoir sa vision d'une souveraineté alimentaire, fondée sur la performance économique, la transition climatique et l'ancrage territorial des productions.
(1) Lire également notre édition du 27 février 2026
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