PRÉVIGRÊLE
L'association Prévigrêle compte 192 générateurs. Elle maille la quasi-totalité du Vaucluse, mais aussi une partie des Bouches-du-Rhône, de la Drôme, du Gard et de l'Ardèche. Si son efficacité est prouvée et reconnue, elle manque encore de financements pour être présente partout.
Jean-Claude Micol, Élian Bonnet et Frédéric Jouffret forment, avec Sandra Scavennec, responsable administrative, l'équipe de Prévigrêle.
© Crédit photo : CL
L'épisode de grêle du 29 avril qui s'est abattu sur Pernes-les-Fontaines a marqué les membres de l'association. Ce jour-là, la zone est en alerte. Les générateurs sont déclenchés quelques heures avant. La pluie commence à tomber, et les particules d'iodure d'argent font leur travail : l'eau ne se transforme pas en glace. Sauf sur une zone qui, elle, est dévastée. À cet endroit, aucune couverture n'est en place. Un couloir allant d'Avignon à Pernes n'est pas protégé. C'est évidemment là que la grêle est tombée. Un regret pour Sandra Scavennec, responsable administrative et coordinatrice réseau de Prévigrêle, et l'ensemble des techniciens qui y travaillent.
"La zone n'est pas couverte car il n'y a pas de volonté de financement", confient-ils, encore amers. Car au fond d'eux ils le savent : c'est de la pluie qui serait tombée si des générateurs avaient fonctionné. "C'est la preuve flagrante qu'il faut un maillage complet du territoire pour être le plus efficace possible", insiste la coordinatrice. Des discussions ont déjà été engagées avec les communautés de communes des Sorgues-du-Comtat et du Grand Avignon, afin de financer de nouvelles acquisitions. Mais celles-ci n'ont jamais abouti. "Peut-être que maintenant ça va bouger", espère Jean-Claude Micol, l'un des techniciens.
L'association a été créée en 1997 à Cavaillon avec un but : se défendre contre les épisodes de grêle, en s'appuyant sur plusieurs méthodes différentes. Celle utilisée par Prévigrêle fonctionne grâce à un générateur terrestre à vortex. Avec ce système, il s'agit d'ensemencer les nuages avec des particules d'iodure d'argent. "Cela va servir de noyaux glaçogènes artificiels", explique Sandra Scavennec. "L'eau présente en quantité dans le nuage ira se déposer sur les nombreuses particules, et les grêlons seront démultipliés et donc beaucoup plus petits que prévu, ou alors, cela restera de la pluie", poursuit la coordinatrice. Mais pour avoir un effet positif, il faut que plusieurs générateurs envoient des particules simultanément. "Un générateur seul ne sert à rien, il n'aura pas d'impact. Plus le réseau est important, plus le maillage est dense, et moins il y a de dégâts", confient les techniciens.
Les outils - en forme de petites cheminées - accompagnés de deux petites bonbonnes, doivent être mis en route au moins trois heures avant un potentiel épisode de grêle. L'association s'appuie sur les données et alertes de Kéraunos. Une fois allumés, les générateurs brûlent 1,10 li- tre de solution d'iodure d'argent par heure. Dans l'air, 200 milliards de particules par seconde partent à 2 000 mètres d'altitude, voire davantage avec la circulation des masses d'air.
Avec 192 générateurs, Prévigrêle est le plus important réseau de lutte contre la grêle en France. Pour fonctionner, l'association compte 500 opérateurs bénévoles pour mettre en route et d'arrêter les outils. "Il faut au moins un opérateur par générateur. Ensuite, il y a un ou deux adjoints pour intervenir sur le premier n'est pas disponible", détaille Sandra Scavennec.
En cas de risque de grêle, une alerte est émise par Kéraunos. Ces alertes sont déclenchées à partir de 20 % de risques. Les opérateurs reçoivent alors un appel avec l'heure de mise en route et d'arrêt de la machine. L'entretien leur incombe (ils remplissent les bonbonnes une fois vides). L'une est remplie d'air, l'autre de solution. Pour l'installation, les dépannages, les livraisons de produits et la mise en hivernage, ce sont les trois techniciens, répartis sur le réseau, qui interviennent.
Jean-Claude Micol, technicien mais aussi agriculteur, constate la hausse du nombre de phénomènes mais aussi leur violence. Il craint pour les années à venir : "C'est de pire en pire. Il va y avoir encore plus d'épisodes, beaucoup plus souvent dans l'année." Il est équipé d'un générateur depuis la création de l'association et a pu lui-même constater son efficacité. "J'ai vu de la neige tomber sur ma terrasse au printemps, car on avait réussi à transformer les grêlons." Et se souvient : "J'ai déjà eu des pertes sur les cultures de raisins, mais ce n'était que 2 000 kilos. Sans le générateur, je sais que j'aurais tout perdu."
La coordinatrice réseau de l'association l'avoue : "On n'est pas efficace à 100 %, on ne peut pas faire de miracle. Mais on peut annoncer qu'on a entre 50 et 60 % de réussite sur la réduction de la taille des grêlons." Mieux, ces dernières années, les prévisions se sont affinées et l'anticipation est facilitée. Malgré tout, il peut y avoir des 'ratés'. "On ne peut pas déclencher dès qu'il y a un nuage, cela coûterait bien trop cher."
L'association ne fonctionne que grâce aux financements qu'elle parvient à mobiliser. Si elle bénéficie du soutien du Département de Vaucluse, de celui des Bouches-du-Rhône et de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, ces aides demeurent insuffisantes pour assurer le fonctionnement des 192 générateurs nécessaires durant toute la campagne de protection contre la grêle, prévue du 25 mars au 10 octobre.
Pour compléter ces apports publics, l'association a mis en place deux sources de financement complémentaires. D'une part, certains agriculteurs investissent eux-mêmes dans l'achat de générateurs, facturés 1 954 euros l'unité, installation, assistance et consommables (comme
l'iodure d'argent) compris. D'autre part, des conventions sont signées avec des collectivités locales. "Nous partons du principe qu'un agriculteur ne devrait pas assumer seul le coût d'un dispositif qui protège bien au-delà de son exploitation. Il est plus logique que la commune ou l'intercommunalité prenne en charge une partie du financement, au nom de la protection de ses administrés", explique Sandra Scavennec. Le montant de la participation varie selon la taille de la population.
Mais face à l'intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, certains agriculteurs n'attendent plus : ils préfèrent autofinancer leur équipement. "Les pertes sont devenues telles qu'il leur revient moins cher d'agir que de subir", observe Jean-Claude Micol.
Si le nombre de générateurs et leur financement direct par les exploitants progressent, le maillage reste encore trop lâche pour couvrir efficacement l'ensemble du territoire. Résultat : des zones restent exposées... et les grêlons continuent parfois de ravager les récoltes.
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