France 04/03/2026
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OUTRE-MER

Derrière la vitrine, une quête de débouchés durables

Entre fromages d'Auvergne et confitures de goyave, le pavillon 7 du Salon international de l'agriculture 2026 a offert une proximité inédite entre métropole et Outre-mer. Derrière l'ambiance festive, les territoires ultramarins sont venus chercher bien plus qu'une vitrine : des débouchés, des partenariats et une reconnaissance économique durable.

Biguine, vache de race Brahman et égérie du Salon international de l'agriculture 2026 : absente en chair et en os, mais bien présente en version XXL sur le stand martiniquais.

© Crédit photo : JB

Le Salon international de l'agriculture (SIA) 2026 aura été d'une proximité saisissante : passer d'un fromage d'Auvergne à une confiture de goyave ne prenait que quelques mètres. Nul besoin de parcourir 8 000 km pour passer de la Porte de Versailles aux Antilles. Pour la 1re fois, les terroirs ultramarins ont dialogué d'égal à égal avec ceux de la métropole au sein d'un même espace, dans le pavillon 7. Une cohabitation rendue possible par la réorganisation des halls liée aux travaux de rénovation du parc des expositions. Aux côtés de l'ambiance festive des fanfares et peñas du Sud de la France se faisaient entendre les rythmes d'Outre-mer, illustrant une diversité agricole et culturelle assumée.

Parmi les produits traditionnels tels que rhums, acras et gousses de vanille se détachaient d'autres saveurs exotiques méritant d'être découvertes. Pour preuve, les 121 médailles obtenues par les Départements et régions d'Outre-mer (Drom) au Concours général agricole de cette année. "Dès qu'une médaille est obtenue, les ventes décollent dès le salon", sourit Sarah Bataille, directrice de l'agriculture et de l'eau au Département de La Réunion.

La Réunion : transformer la visibilité en contrats

Pour l'ancienne île Bourbon, être présente au salon a plusieurs objectifs. "L'idée est de représenter au mieux les produits de La Réunion, son savoir-faire, son artisanat, son agro-tourisme au niveau du national", explique Sarah Bataille. Mais au-delà de la visibilité, l'enjeu est économique. "Car vivre sur une île, c'est un peu comme vivre en autarcie. L'idée est de voir dans quelle mesure nos exposants peuvent prendre contact avec des fournisseurs ou des personnes prêtes à utiliser leurs produits." L'idée a du sens, comme le rappelle la représentante du Département avec la signature, l'année dernière, d'un partenariat entre l'entreprise réunionnaise Caheb et Louis Vuitton, pour l'approvisionnement en matières premières végétales destinées à la parfumerie.

"Vivre sur une île, c'est un peu comme vivre en autarcie"

Carole Apaya, cheffe de projet 'Valorisation et promotion des produits locaux', complète : "Il faut être présent deux ou trois ans pour commencer à avoir des contrats. De plus, les temps sont durs, pour les épiceries fines comme pour tout le monde, et on observe une baisse de 10 à 20% des demandes." Sarah Bataille reprend : "Le plus compliqué est de maintenir la constance des ventes. Cela motive les producteurs à proposer autre chose l'année d'après." Loin des fruits exotiques, les producteurs réunionnais proposent aussi des produits issus de l'élevage, comme des rillettes de canard au combava, du foie gras ou du magret. Une manière d'élargir l'image de l'agriculture réunionnaise, souvent cantonnée aux cultures tropicales.

Pour cette 8e année de présence du 'Village Réunion' porté par le Département et co-organisé avec la Chambre d'agriculture, 34 exposants s'alignent sur un espace de 800 m2. Un investissement de plus d'un million d'euros, soutenu par la collectivité et la filière tourisme, qui traduit l'importance stratégique du salon pour l'île. Pour la 1re fois, 12 jeunes en formation au régiment du service militaire adapté de La Réunion sont venus prêter main forte aux exposants. L'occasion pour certains de prendre l'avion et de découvrir la métropole.

Une 1re participation au salon également pour certains professionnels, comme Julien Jarry et Alban Chaboud, fondateurs de 'La Belle Cour' et producteurs passionnés de moringa, "l'arbre de vie". "Tout est consommable dans cet arbre. Il est aussi appelé l'arbre aux mille vertus et est riche en fer, vitamines, et antioxydants. Notre fil conducteur, ce sont les feuilles que nous transformons et intégrons dans nos produits", explique Julien. "Dans notre pesto, nous remplaçons le basilic par du moringa." Une saveur très herbacée, parfois accompagnée de baies roses, également cultivées sur l'exploitation.

"La vache n'est pas là, mais nous, on l'est"

À plus de 13 000 km de La Réunion, cette même volonté d'incarner le terroir anime la Martinique. "La vache n'est pas là, mais nous, on l'est", résume avec humour José Maurice, président de la Chambre d'agriculture de Martinique, pour qui la présence au salon, organisée une année sur deux, reste un rendez-vous incontournable.

Annoncée comme égérie de la 62e édition du SIA, la race bovine ultramarine Brahman - représentée par la vache Biguine -, manque effectivement à l'appel. Issue d'une lignée directement rattachée aux zébus indiens, cette vache ne passe pas inaperçue dans le paysage. Sa silhouette est immédiatement reconnaissable : une bosse marquée au-dessus du garrot, de longues oreilles tombantes qui encadrent un mufle noir profond, et cette peau souple, délicatement plissée au niveau du poitrail, signature des races adaptées aux climats chauds. Sa présence aurait offert un coup de projecteur bienvenu à une filière en difficulté.

La production de viande bovine est en effet passée de 1 035 à 652 tonnes entre 2014 et 2024, pointe Claudine Vertueux-Degras, la directrice de l'Établissement de l'élevage de la Chambre dans une revue éditée par cette dernière. Une baisse de près de 40% en dix ans. Même tendance pour les ovins et caprins. Faute de pouvoir exposer Biguine en chair et en os, la Chambre d'agriculture a tout de même installé sa silhouette en carton grandeur nature devant le stand. "Même absente, elle a permis de parler de la Martinique. L'égérie a quand même existé", continue José Maurice, optimiste. "Sur le salon, on l'a remplacée par notre dynamisme et notre volonté de toujours représenter la Martinique."

"L'égérie a quand même existé. Même absente, elle a permis de parler de la Martinique"

Les exposants valorisent ainsi une culture culinaire, une agriculture, mais aussi "une destination touristique". Et les stands de dégustations et de ventes des rhums martiniquais participent pleinement à cette image, surtout en cette année d'anniversaire. "L'AOC Rhum de Martinique fête ses 30 ans cette année", précise le président de la Chambre. Un rhum agricole qui se distingue par sa fabrication à partir de la distillation de jus frais fermenté de canne à sucre, et non de mélasse.

L'anniversaire sera fêté en local, assure le président, mais également au national, même si rien n'est encore prévu. Il faudra faire vite, l'année 2026 est déjà bien entamée. 

Jenny Bernard •

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