Occitanie 07/05/2025
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De la musique pour soigner les vignes 

Dans le vignoble de Limoux, dans l'Aude, la musique ne se contente plus d'accompagner les fêtes locales, elle devient aussi un outil de lutte contre l'esca, maladie redoutable du bois de la vigne. Depuis février 2023, la cave coopérative Anne de Joyeuse mène une expérimentation inédite avec l'entreprise Genodics.

Si la génodique reste encore en phase d'exploration, elle a déjà trouvé des applications concrètes et la cave coopérative Anne de Joyeuse, sur le vignoble de Limoux (11), compte bien poursuivre la recherche. 

© Crédit photo : Anne de Joyeuse

Resteriez-vous perplexe en apprenant que les ceps de vignes bougent au rythme de la musique ? Pour l'entreprise de biotechnologie Genodics, la ritournelle est entendable. Cette dernière travaille en effet sur la génodique, une innovation pour le moins disruptive qui repose sur l'idée que les protéines, essentielles au bon fonctionnement des organismes vivants, peuvent être influencées par des vibrations sonores.

Le concept s'appuie sur les travaux du chercheur français Joël Sternheimer, qui a mis en évidence des correspondances entre les séquences d'acides aminés des protéines et certaines suites musicales spécifiques. Selon cette théorie, en diffusant ces mélodies auprès d'organismes vivants, il serait possible de réguler la production de protéines et d'agir directement sur les processus biologiques. "Les premiers essais ont été réalisés sur la culture de la tomate, en région parisienne, en Ariège, en Suisse et en Belgique", commente Pedro Ferrandiz, co-fondateur de Genodics.

Des tomates à la vigne

Dans les vignobles, les essais ont débuté en 2002 dans diverses régions viticoles françaises, avec un suivi d'évaluation sur différentes maladies de la vigne, de l'esca au mildiou, en passant par la flavescence dorée ou encore le court-noué. "Les premiers résultats ont été encourageants, mais le manque de recul ne nous permettait pas d'avoir des statistiques suffisantes. Puis est arrivée l'interdiction de l'arsénite de sodium. À ce moment-là, de nombreux vignerons ont décidé de se lancer", se remémore le co-fondateur.

De là, les sites s'enchaînent, plus de 300 notations sont effectuées et in fine le nombre de données s'accroît, permettant d'obtenir des statistiques intéressantes. "En moyenne, on obtient des baisses de mortalité de l'ordre de 60 à 70 %", estime le chercheur. De beaux résultats dans l'ensemble, mais pas forcément réplicables sur tous les cépages.

"Pour le mourvèdre par exemple, comme pour le chenin, on atteint une efficacité de 40 à 50 %, alors que sur chardonnay ou ugni blanc, on atteint des résultats qui frôlent les 90 %", rapporte Pedro Ferrandiz.

Alors, si la taille, le climat et le terroir influencent bien l'état sanitaire de la vigne, pour la musique et ses vibrations, pourquoi ne pas se poser la question ?

Anne de Joyeuse se lance dans l'aventure

Cette question, la cave coopérative Anne de Joyeuse, à Limoux (11) se l'est posée. C'est en suivant les expérimentations des Vignerons de Buzet, en Gascogne, qu'elle se lance sur son vignoble limouxin.

Face à l'esca, les viticulteurs ont longtemps utilisé l'arsénite de sodium pour limiter les dégâts, mais à la suite de son interdiction en 2001, il a bien fallu trouver d'autres solutions. Alignée avec sa démarche environnementale 'Protect Planet', lancée en 2007, la cave cherche depuis des solutions innovantes. Dès lors, l'expérience de ces boîtes musicales est lancée en 2023 et a été menée sur 10 hectares de cabernet sauvignon.

En comparant avec une parcelle témoin située à plus d'un kilomètre et avec une configuration similaire, les premiers résultats sont impressionnants : 74 % de réduction du taux de mortalité en 2023, 84 % en 2024 et une baisse moyenne de 79 % sur 2 ans. "Les déclenchements se font du débourrement jusqu'à la chute des feuilles, à un rythme régulier de deux diffusions de huit minutes par jour", explique Guillaume Vaysse, responsable vignoble chez Anne de Joyeuse.

La mise en marche, via un smartphone, demande une bonne connectivité sur site et le bruit peut également être un frein. "On essaye de trouver des sites éloignés des habitations", partage ce dernier. En parallèle, une observation sur une parcelle de sauvignon blanc a également révélé une forte diminution des ceps touchés par la maladie. "Dans l'ensemble, les résultats dépassent nos espérances, car cette méthode nous permet d'éviter des pertes de rendement significatives, mais aussi de pouvoir faire vivre le vignoble plus longtemps."

Un regard curieux sans soutien des instituts techniques

À l'avenir, Anne de Joyeuse compte bien réitérer l'expérience en étendant la surface couverte sur 1,5 ha supplémentaire. De plus, la cave ambitionne une nouvelle phase de recherche, notamment sur le court-noué. "La première année tout le monde a ri. Maintenant, les viticulteurs commencent à poser des questions parce qu'ils constatent que la tendance se confirme", souligne Guillaume Vaysse.

Cette approche, à la croisée des chemins entre génétique, physique quantique et musicologie, pourrait révolutionner la manière d'appréhender le vivant. Reste que du côté des instituts agricoles, c'est silence radio.

"C'est dommage car nous pourrions aller bien plus vite pour comprendre les mécanismes et multiplier davantage les essais, et donc les retours, mais ils ne veulent pas l'étudier", reproche le chercheur. Pourtant, d'autres expériences menées sur la vigne ou le blé ont montré que la diffusion de certaines séquences sonores pouvait renforcer la résistance aux maladies, ou stimuler la croissance des plantes. "Ce n'est pas un procédé qui tue, mais qui permet de ralentir le développement du phytoplasme de nombreux types de virus", précise-t-il.

Pour un développement à plus large échelle, la société compte sur les acteurs de terrain. "C'est une approche disruptive et actuellement ce sont eux qui financent notre recherche." Avec cette approche insolite, le vignoble limouxin illustre une tendance de fond dans le monde agricole : associer tradition et technologie pour une production plus respectueuse de l'environnement. Et si, demain, la musique devenait un allié incontournable de la vigne ? 

Anthony Loehr •

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