Monde 09/04/2026
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CRISE ÉNERGÉTIQUE

De l'Iran aux champs : la guerre fait exploser les charges

Depuis le déclenchement du conflit en Iran fin février, les marchés des matières premières agricoles sont sous tension. Pétrole, engrais, céréales... les indicateurs virent au rouge. Point sur une situation qui menace directement les trésoreries des exploitations, déjà bien en peine.

Durablement situé dans une fourchette de 60-80 $, le cours du baril de pétrole est désormais à proximité du niveau qui était le sien lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022 (100-115 $).

© Crédit photo : Source : APCA, Istock, montage : Gemini

Le 30 mars dernier, le baril de pétrole atteignait 115 $, entraînant dans son sillage une série de hausses en cascade qui touchent de plein fouet les agriculteurs. Ce scénario, les producteurs l'ont déjà vécu en 2022 avec la guerre en Ukraine. Mais cette fois, le contexte est différent, et peut-être plus inquiétant encore.

Pétrole et GNR s'emballent

Depuis le début du conflit, le pétrole Brent (pétrole assez léger, référence du marché européen) a progressé de 39%, le WTI (étalon de prix du brut à New-York) de 47%. Des augmentations qui se répercutent directement sur le prix du GNR (gazole non routier), carburant incontournable des exploitations agricoles : 1,17 €/l avant la guerre, les 1,80 €/l frôlés le 30 mars. Concrètement, pour une exploitation consommant plusieurs milliers de litres par an, c'est une charge supplémentaire considérable qui s'impose dès maintenant.

En France, les agriculteurs bénéficient d'une exonération du droit d'accise, fixée à 3,86 € par hectolitre de GNR. Un allégement précieux, mais insuffisant à compenser l'ampleur de la hausse en cours.

Le blocage du détroit d'Ormuz est au cœur du problème : voie maritime stratégique par laquelle transitent le pétrole, le gaz, les engrais et les céréales, ce détroit voit son trafic s'effondrer de 93%. Les assureurs refusent désormais de couvrir les risques liés au conflit, accentuant encore la désorganisation des flux commerciaux mondiaux.

Les engrais flambent

Troisième poste de charge agricole à surveiller : les engrais. Les chiffres sont éloquents : 30 à 40% de l'urée mondiale, 16% du phosphate et plus de 25% de l'ammonitrate transitent par le détroit d'Ormuz.

Si l'Union européenne n'est pas la zone la plus directement exposée à une contraction des volumes disponibles - sa dépendance à l'urée du Golfe Persique n'est que de 2% -, elle l'est davantage vis-à-vis de l'Égypte (26% des importations). Or, le prix de cette urée égyptienne (300 $/t avant la guerre) a bondi à 750 $/t fin mars 2026.

En euros, l'urée a grimpé à environ 725 €/t le 30 mars, contre 575 € à la veille du conflit. La solution azotée s'établit à 439 €/t, et l'ammonitrate 33% à 575,5 €/t. Des niveaux encore en deçà du pic atteint lors de la guerre en Ukraine (plus de 1 000 €/t), mais la dynamique est préoccupante si le conflit se prolonge.

Déjà, en janvier dernier, les engrais et amendements constituaient le seul poste de charges en hausse pour les agriculteurs (+9,5%), sous l'effet combiné des taxes à l'importation sur les engrais russes et de la mise en œuvre du Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF).

Des cours céréaliers insuffisants

Le véritable piège dans lequel se trouvent les agriculteurs tient à l'écart entre l'envolée des coûts et la faiblesse des prix de vente. En 2022, la guerre en Ukraine avait certes fait flamber les charges, mais le cours du blé tendre avait parallèlement atteint des niveaux historiques, permettant aux producteurs d'absorber une partie du choc. Aujourd'hui, ce mécanisme compensateur est absent.

Le ratio solution azotée/prix du blé s'élève à 2,12 : autrement dit, le coût de l'engrais est plus de deux fois supérieur au prix de vente du blé tendre. Un ciseau économique particulièrement sévère, qui interroge directement sur la viabilité de certains systèmes de production : les agriculteurs pourraient être conduits à réorienter leurs assolements vers des cultures moins gourmandes en azote, comme le tournesol.

Peu de marges de manœuvre

Du côté des pouvoirs publics, la situation budgétaire de la France - déficit à 5,1% du PIB, dette à 113% de ce dernier - laisse peu de latitude pour des mesures d'aide massives. Les taux d'intérêt sur les obligations d'État à dix ans ont grimpé à près de 4% (3,83% le 30 mars), alourdissant le coût de la dette publique et restreignant les capacités d'intervention du gouvernement. Les mesures adoptées fin mars ont d'ailleurs été jugées insuffisantes par les agriculteurs.

À cela s'ajoute une reprise de l'inflation, attendue au-dessus de 2% au printemps, portée par la flambée des hydrocarbures qui pourrait aussi faire reculer la consommation alimentaire des ménages.

Anticiper pour ne pas subir

La guerre en Iran ne semble pas trouver d'issue à court terme. Dans ce contexte, les exploitants agricoles doivent intégrer plusieurs hypothèses dans leur gestion : une persistance des prix élevés de l'énergie et des engrais, une pression sur les trésoreries dans les prochains mois, et une nécessité d'adapter les itinéraires techniques pour limiter l'exposition aux intrants les plus coûteux. 

La rédaction •

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