Bouches-du-Rhône, Gard, Vaucluse 21/12/2023
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Prévigrêle

Capitaliser sur une méthode qui fait ses preuves

Fin novembre, l'association Prévigrêle tenait son assemblée générale à Eygalières (13). Accompagnée par Dominique Fedieu, président du réseau national, l'équipe a présenté ses résultats annuels et a rappelé l'importance de rester au plus proche du terrain. La réduction de la taille des grêlons par ensemencement des nuages à l'iodure d'argent fonctionne, et ils veulent le faire savoir.

Accompagné de Didier Rabis (secrétaire), Sandra Scavennec (salariée de l'association), Dominique Fédieu (président de l'Anelfa) et Sylvain Maillard (agroclimatologue pour le Criiam Sud), Didier Delpi, le président de Prévigrêle, était bien entouré pour faire le bilan d'une année plus difficile que prévu.

© Crédit photo : ML

Du 25 mars au 15 octobre s'est écoulée la prévention 2023, période propice au déclenchement d'épisodes grêligènes. L'association Prévigrêle a ainsi pu faire fonctionner ses 180 générateurs sur l'ensemble des 5 départements de la zone couverte : 85 en Vaucluse, 32 dans les Bouches-du-Rhône, 11 en Ardèche, 26 dans la Drôme et 26 dans le Gard. "Cette année, 470 bénévoles se sont relayés tout au long de la campagne lors des avis d'alerte. Des opérateurs vauclusiens, bucco-rhodaniens et gardois ont rejoint le réseau cette année", précise Didier Rabis, secrétaire de l'association, lors de l'assemblée générale qui se tenait à Eygalières le 23 novembre.

Entourée des partenaires historiques, le Centre de ressource et d'innovation pour l'irrigation et l'agrométéorologie en région Sud (Criiam Sud), l'Association nationale d'études et de lutte contre les fléaux atmosphériques (Anelfa) qui chapeaute le réseau, et le prévisionniste Keraunos, l'association donne son maximum pour un retour efficace des informations et prévisions d'orages grêligènes. Ainsi, le système Viappel - par lequel transitent les avis simultanés d'alertes - a-t-il fonctionné 38 fois. "Chaque alerte peut concerner l'intégralité du réseau, ou simplement une partie. La zone nord-ouest a déclenché 35 fois, 26 pour la zone centre, 27 pour la zone est et enfin, 20 fois pour la zone sud-ouest", détaille le secrétaire.

De manière générale, tous s'accordent à dire que l'année ne fut pas simple, et que les déclenchements des générateurs - et ainsi l'utilisation de la solution - ont été plus nombreux qu'envisagés, entraînant un déficit dans les résultats économiques de l'association. Dans la salle des fêtes, les adhérents s'interrogent. "Comment va-t-on financer ce déficit ?", interpelle un producteur de Venasque. "Il faudra le reporter sur le prochain exercice, mais il y a surtout des changements dans l'organisation de notre fonctionnement. Il faut aussi garder en mémoire que ce n'est pas la première fois que cela arrive, et que nous sommes très dépendants de la météo", répond Didier Delpi, président de Prévigrêle.

Car en plus de ce léger déséquilibre, il faudra composer en 2024 avec une hausse du coût du litre de la solution, l'ajout de trois générateurs dans le secteur de Mouriès (13), et le désengagement de certains partenaires. Sandra Scavennec, coordinatrice de l'association, reste cependant confiante : "Nous cherchons activement de nouvelles idées pour les partenariats, et comptons également sur vous pour nous mettre en relation avec des personnes et organisations qui pourraient se rapprocher de l'association." De plus, des suites de la dissolution du Groupement de défense contre la grêle du Vaucluse, un don exceptionnel est venu en complément des financeurs historiques de Prévigrêle.

Adapter le fonctionnement aux risques

L'organisation compte ainsi sur des économies engendrées par une modification du taux de probabilité de déclenchement. "De mai à la fin de la campagne, nous étions à 15 %. Nous constatons finalement que ce taux est trop bas et qu'il a provoqué des mises en fonctionnement du réseau inutiles. Nous devons essayer d'être plus raisonnables", annonce Didier Delpi.

D'autant que, sur les 38 alertes émises à 15 % par Keraunos, aucune n'a été suivie d'averses de grêles. Pour la campagne 2024, le taux passera donc à 20 %. "Il faut avoir en mémoire que 1,1 litre de solution est consommée par un générateur en une heure, les quantités sont non négligeables", ajoute le président. De plus, le prévisionniste réactualise dorénavant ses prévisions toutes les trois heures, et non plus huit.

"Dans d'autres réseaux, comme chez moi en Aquitaine, nous sommes à 30 % de probabilité pour déclencher les générateurs. Il y a même des départements à 40 %", note quant à lui Dominique Fédieu, président de l'Anelfa. S'il reconnaît qu'il est toujours "très délicat de choisir un taux, il est possible de fonctionner au cas par cas, surtout dans les périodes sensibles lors desquelles les seuils de risque peuvent être abaissés".

Parvenir à embarquer les banques et assureurs

Parmi les partenaires, l'association aimerait notamment regrouper plus d'organismes de banque et d'assurance. ''Mieux vaut prévenir que guérir" n'aura jamais été autant d'actualité. Dans le Vaucluse, la fondation d'entreprise du Crédit Agricole Alpes Provence, Groupama Méditerranée et sa caisse régionale, ainsi que la caisse locale de Carpentras ont accepté d'ouvrir la porte à la solution portée par Prévigrêle.

"Il y a une notion de protection de l'ensemble des agriculteurs. Mais notre travail va au-delà des sinistres agricoles. Tout le voisinage profite de la réduction de la taille des grêlons", commente André Brieulle, ancien président de la Fédération des Civam de Vaucluse et membre de droit du collège permanent de Prévigrêle.

Pour Dominique Fédieu, l'intégration des assureurs est un exemple à suivre : "Chez nous, nous n'arrivons pas à les faire entrer dans le financement." Pourtant, des dégâts plus que significatifs les poussent à refuser d'assurer sur certaines communes. La solution est pourtant efficace. "Il y a des études qui le prouvent : la taille des grêlons est a minima réduite de 50 %. Cela ne veut pas dire qu'il y aura systématiquement une disparition totale de la grêle, mais son impact est diminué", rappelle-t-il.

Mieux communiquer sur les résultats

Alors que les précipitations sont généralement en hausse d'environ 10 % sur les zones où les générateurs fonctionnent, l'Anelfa se retrouve parfois ciblée par des rumeurs d'orchestration de la sécheresse, ou l'accentuation de la teneur en argent dans les sols, le produit utilisé étant une solution acétonique d'iodure d'argent en très faible concentration. Pour le président du réseau national, le salut ne passera que par une meilleure valorisation des résultats d'études scientifiques.

"Il y a un gros et nécessaire travail à effectuer sur ce point, particulièrement avec la traduction de données scientifiques dans des revues anglophones. Pour mieux nous aider à visibiliser notre action, nous avons notamment recruté une chargée de communication, arrivée début novembre", annonce Dominique Fédieu.

L'accentuation des liens avec les universitaires est également une piste. Le professeur Dessens, qui accompagnait notamment le réseau, cessant son activité, c'est le professeur Sanchez qui devrait prendre la suite. Mais c'est surtout la volonté de mieux travailler tous ensemble pour convaincre l'échelon national qui anime les ensemenceurs de nuages. Et pourquoi pas en allant directement chercher l'Europe ? "Nous souhaitons organiser un colloque européen avec les acteurs associatifs et parapublics, afin de faire naître de la coopération internationale. Il est important de faire connaître ce travail de prévention, qui existe dans certaines régions depuis les années 50", explique Dominique Fédieu. Si plus d'informations sont attendues, le rendez-vous devrait se tenir à Bordeaux au dernier trimestre 2024.

Alors que de nombreuses collectivités ne reconnaissent pas encore le système, l'espoir d'aller chercher de nouveaux financements passera donc par le fait d'aller secouer les certitudes. Avec des preuves bien en main, évidemment ! 

Manon Lallemand •

Les CHIFFRES clés-

180 générateurs sur 5 départements : 85 en Vaucluse, 32 dans les Bouches-du-Rhône, 11 en Ardèche, 26 dans la Drôme et 26 dans le Gard

470 bénévoles lors de la campagne

413 adhérents, dont 1 Conseil régional (Région Sud), 2 Conseils départementaux (Vaucluse et Bouches-du-Rhône), 262 commu- nes individuelles ou via leurs intercommunalités, 3 organismes d'assurance, 1 organisme bancaire, 144 orga- nismes agricoles et exploitants individuels

Manon Lallemand •

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