Vaucluse 02/11/2023
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La Roque-sur-Pernes

Apprendre à connaître et travailler la grenade

Découragé par les ravages de Drosophilia suzukii, Michel Roux a fini par arrêter la cerise. Quand il entend parler de la grenade par Thomas Saleilles, qui en cultive déjà depuis plusieurs années à Bagnols-sur-Cèze, c'est le début de l'aventure. Aujourd'hui, avec cinq hectares et quelques, le nouveau producteur de grenade a soif d'apprendre.

Michel Roux dans son verger. Jusqu'à tout début décembre, c'est la période de récolte.

© Crédit photo : ML

À l'origine, Michel Roux a principalement axé son exploitation sur le raisin, de table et de cuve, pour respectivement huit et deux hectares. Dans la continuité des choix faits par son grand-père et son père. Une histoire de famille en somme...Mais qui ne se poursuivra probablement pas. Les trois enfants de Michel et Christel ont effectivement choisi de ne pas reprendre l'exploitation, le Gaec 'Les montagnards'. Du moins pour le moment. Ce qui n'empêche pas le couple de poursuivre ses investissements.

En 2019, Michel plante trois hectares de grenades. Puis il poursuit les plantations en 2020 et 2023, jusqu'à atteindre 5,40 ha. "Avant de me mettre à la culture de grenadiers, nous avions de la cerise, depuis avant même les années 1950. Mais avec suzukii, nous sommes arrivés dans une impasse", raconte l'agriculteur. Il aurait pu choisir de remettre du muscat, mais il pense d'abord aux plantes à parfum, aromatiques et médicinales. "C'était l'été et je peinais à obtenir des réponses à mes questions. La personne qui me livrait mon engrais m'a parlé d'un agriculteur à Bagnols-sur-Cèze qui cherchait des producteurs de grenades, pour réaliser du jus", se souvient-il.

Cet agriculteur, c'est Thomas Saleilles de 'La grenattitude'. Et là, c'est le déclic ! Michel Roux se dit "pourquoi pas ?" - d'autant plus qu'il a déjà le matériel pour travailler en arboriculture - et commence à planter, accompagné par l'agriculteur gardois. Car du conseil, il en faut quand on sait qu'il existe 1 200 variétés de grenades. Certaines sont ornementales et ne font pas de fruits, juste de grandes et belles fleurs. Mais pour les autres, il existe de tout : du plus doux fruit au plus acide, avec des grains durs ou tendres... Il y en a pour tous les goûts, selon ce que l'on souhaite en faire.

Une découverte quotidienne

Dans la parcelle qu'il récoltait le 23 octobre, une des dernières, les arbres sont en cinquième feuille et commencent à donner de belles grenades qui partent en plateaux, commercialisés par un grossiste qui s'investit dans le développement de la filière française. Les fruits de second choix, trop petits ou déjà éclatés, s'en vont quant à eux à Bagnols, pour finir en jus.

Mais investir le marché est compliqué, "surtout avec la concurrence espagnole et turque, moins chère et pas bio", note Michel Roux. D'autant plus que le marché de l'agriculture biologique s'est refermé depuis le moment où il a commencé à planter. Alors, il réfléchit à comment proposer des grenades plus grosses, qui intéressent les clients. "Je commence à calibrer, dans l'objectif de mieux faire connaître la filière française. Pour le moment, on a des fruits qui font entre 250 et 300 grammes en moyenne. Mais il faudrait au moins être à 300 grammes. Tout ça dépend du nombre de fruits sur les branches. Peut-être qu'il faudra accentuer l'éclaircissage", réfléchit l'arboriculteur.

Comme beaucoup, Michel ne connaissait rien à la grenade au départ. Depuis 2019, il se forme tous les jours, apprenant à aimer leur goût, à reconnaître leurs caractéristiques, à savoir comment les tailler, les palisser... Il envisage d'ailleurs de passer de quatre à cinq troncs par arbres à deux ou trois maximum.

Il faut aussi apprendre à s'adapter au froid. Le grenadier était pourtant vendu comme un fruitier providentiel, qui résiste aux températures extrêmes. Mais c'était sans compter les gels de printemps qui arrivent en plein débourrement. "En 2021, les arbres sont repartis à zéro en avril, et ils ont mis du temps pour s'en remettre. On n'a pas de véritable solution contre le gel. Même ceux qui ont mis de l'aspersion, ça ne marche pas." Chez lui, une partie des arbres est irriguée au goutte-à-goutte.

"Pour le moment on ne sait pas trop où on va", admet-il. De même pour les traitements : "Les grenades sont relativement peu sensibles aux maladies. Quand il pleut en mai sur la floraison, il peut y avoir un peu de botrytis ou de l'alternaria, qui n'est d'ailleurs pas facile à repérer. Jusqu'ici je ne traitais pas. Mais à partir de l'année prochaine, je le ferai contre le botrytis". Par-dessus tout, les grenades qui éclatent peuvent parfois se retrouver colonisées par la mouche drosophile, ou grignotées par les sangliers, qui les évitent soigneusement lorsqu'elles sont bien fermées.

Une filière en devenir

Alors, les producteurs de grenades se sont rassemblés en un syndicat, France Grenade, donc la création a été officialisée lors du Salon de l'agriculture de Paris, en février dernier, avant d'être inauguré en avril1. L'objectif est de se regrouper pour mieux partager. Une chance pour Michel, qui fait partie des membres fondateurs : "Grâce au syndicat, on peut mettre en commun nos pratiques culturales et nous renforcer au niveau de la commercialisation, en cherchant d'autres pistes de valorisation". Le syndicat s'interroge notamment sur ce qui peut être fait des co-produits. Mais ce n'est qu'un sujet parmi tant d'autres.

"Puisqu'il n'y a pas de produits phytosanitaires spécifiques à la grenade, il n'y a pas non plus de calendrier de traitements", donne l'arboriculteur pour exemple. France Grenade vient également donner un cap à la filière en structuration. Objectif : dix tonnes à l'hectare d'ici quelques années. Chez Michel, c'est au mieux deux, et si en adaptant les pratiques, ses arbres chargent tous, il estime ce but atteignable. Il a espoir. Après tout, Rome ne s'est pas faite en un jour... 

Manon Lallemand •

Les CHIFFRES clés-

8 hectares de raisin de table

2 ha de raisin de cuve qui partent en coopérative à Saint-Didier

5,4 ha de grenadiers, dont les 3 premiers plantés en 2019

Sur 1 200 variétés existantes, 6 cultivées sur l'exploitation (pour le moment)

Environ 2 tonnes à l'hectare avec volonté d'augmenter

Manon Lallemand •

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