L’arboriculteur Michel Dublet a été l’un des premiers à essayer le prototype d’Alt’Carpo mis au point par Guilhem Severac, conseiller à la Chambre d’agriculture de Vaucluse. ©CZ
« Le premier essai, je l’ai fait dans mon jardin en 2005. Je m’étais dit : « Pourquoi ne pas emballer les pommiers pour bloquer l’entrée du carpo et voyons ce que cela donne. Après la canicule de 2003, nous avions un inoculum terrible en 2004 et la pression de ce ravageur explosait », résume aujourd’hui Guilhem Severac, conseiller à la Chambre d’agriculture de Vaucluse.
Surpris par l’absence de piqûres en fin de saison, il décide de passer à l’étape suivante et mobilise un petit groupe d’une dizaine d’arboriculteurs pour mener des essais directement en production. La société Filpack cède gratuitement quelques filets de mailles différentes et Lionel Romet, à l’époque conseiller au Groupe de recherche en agriculture biologique, se joint à Guilhem, pour suivre les dix parcelles en vergers commerciaux.
« En bio et plus précisément sur la variété Juliet®, nous avions un verrou qui semblait insurmontable à l’époque, avec des solutions phytosanitaires qui ne répondaient plus. Le fait d’avoir des arboriculteurs qui vous suivent a été d’une grande aide, notamment celle de Daniel Carles qui m’a même aidé à découper les filets pour les mettre à la bonne côte des rangs de pommier, mais qui a surtout relayé le travail auprès des professionnels et des élus », se rappelle le conseiller.
Lever un verrou technique.
En 2007, une trentaine d’hectares sont ainsi mis en place directement en vergers commerciaux, notamment chez Michel Dublet, arboriculteur à Cavaillon. Les résultats sont présentés à Benoît Sauphanor de l’Inra, l’expert incontournable du carpocapse. « Il a été enthousiaste dès le départ, et c’est mis à travailler pour comprendre les mécanismes induits par les filets sur le carpo. » La mobilisation officieuse va déboucher sur le montage d’un projet plus ambitieux mobilisant des aides financières assez rapidement, porté à la fois par la production, un organisme de développement, et un organisme de recherche.
Aujourd’hui, Alt’Carpo a diffusé à l’étranger (Italie, Espagne, Québec…) et la technique a fait des émules sur d’autres cultures (filets Alt’mouche sur cerisier, installation sur poirier). « En 2006, Ecophyto n’existait pas et on parlait peu de biocontrôle. Mais la vérité c’est que nous avions désespérément besoin d’un outil pour enrayer la pression du carpo qui devenait intenable, et menaçait même certains vergers bio. Il fallait lever ce verrou technique. Je suis persuadé que la production de fruits à pépins bio ne serait pas là où elle en est aujourd’hui sans cet outil », avance le conseiller.
Aujourd’hui, Alt’Carpo couvre environ 10% des vergers de pommier bio vauclusiens et environ 15% des vergers de poiriers. « On peut estimer entre 400 et 500 ha les surfaces couvertes en bio et conventionnel en pomme et poire dans le Vaucluse. » Et au niveau national, la surface couverte représente entre 2500 et 3000 ha. D’autres effets ont été constatés (effet éclaircissage, contre la tavelure…), sans parler de ses effets immédiats contre le carpocapse et la grêle.
Une solution aux pressions citoyennes.
L’originalité de la démarche n’est pas seulement dans l’outil lui-même, mais aussi dans la dynamique professionnelle qu’elle a initiée. « La validation technique, ce n’est que la moitié du travail. Après il faut que la technique se diffuse dans les vergers. Il faut convaincre, publier, organiser des réunions… En clair, faire le service après-vente comme disait un autre expert arboricole, Jean-Marie Lespinasse. » Un site internet a donc vu le jour (www.alt-carpo.com) et des réunions de synthèse ont été organisées pour mobiliser les producteurs.
Aujourd’hui, le concept est validé techniquement et les résultats sont là lorsque les filets sont bien posés et ouverts au bon moment. « C’est une méthode de protection qui s’intègre parfaitement dans un itinéraire technique. Mais je pense qu’on sous-estime encore son impact positif pour l’arboriculture et plus globalement l’agriculture : avec la montée en puissance des attentes citoyennes pour des produits sains et indemnes de résidus, sans parler de l’image négative qu’ont les consommateurs quand ils voient un pulvérisateur sorti, même si le traitement se fait avec des produits bio. Imaginer demain des vergers à proximité des habitations uniquement couverts par Alt’Carpo, c’est une réponse aux inquiétudes citoyennes », conclut Guilhem Severac.
Céline Zambujo
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