ENTRECHAUX
Viticulteur et maire d'Entrechaux, Alexandre Roux partage son temps entre ses vignes et la gestion de sa commune. Héritier d'une exploitation familiale vieille de quatre générations, il a su transformer cet héritage en créant sa propre cave particulière, en convertissant le domaine à l'agriculture biologique et en misant sur la diversification. Une même volonté d'entreprendre le guide dans son engagement au service de son territoire.
Portrait Alexandre Roux, domaine Mon oncle Ernest, et maire d'Entrechaux.
© Crédit photo : CL
Agriculteur le matin, maire l'après-midi. Depuis six ans, Alexandre Roux occupe ses deux fonctions à temps plein. D'un côté, il gère, avec sa femme, le domaine viticole qu'il a créé, le 'Mas oncle Ernest' ; et de l'autre, il a en charge la gestion de son village de 1 200 habitants, Entrechaux, avec son conseil municipal.
Alexandre est d'abord viticulteur. Lorsqu'il évoque son domaine, il doit remonter quatre générations en arrière. Car bien avant le 'Mas oncle Ernest', il y a Ernest, son arrière-grand-oncle, "un personnage fort de la famille", résume-t-il volontiers, celui même qui planta les premières vignes et posa les fondations du patrimoine.
Au fil des décennies, l'exploitation a évolué. "On a commencé avec des plants de vignes, puis il y a eu du raisin de table, des cerises jusqu'en 1990. Puis, différentes crises ont poussé mon père à aller vers le raisin de cuve", se souvient le viticulteur. À cette époque, la production était livrée à la cave coopérative de Puyméras. À son apogée, le domaine comptait jusqu'à 32 ha de vignes, principalement en propriété.
Pourtant, s'il a grandi entouré de vigne, Alexandre ne se prédestinait pas à devenir viticulteur. "Ma mère m'a toujours dissuadé de le faire, et c'est vrai que je ne me projetais pas là-dedans", avoue-t-il. Jusqu'à ses 18 ans, il suit un parcours scolaire classique à Carpentras. Le déclic survient lorsqu'un ami rejoint le lycée viticole d'Orange pour y faire sa terminale. Alexandre l'imite, intègre à son tour la filière viticulture-œnologie, et découvre une voie qui lui correspond.
Après ses études, le viticulteur choisit de partir vivre six mois au Chili, pendant les vendanges. "Une super expérience", se souvient-il. Il y découvre une autre manière d'aborder le vin, plus ouverte sur le marketing et la commercialisation.
Lorsqu'il s'installe en 2005, le contexte est loin d'être favorable : la viticulture traverse une crise profonde et l'avenir paraît incertain. Avant même de franchir le pas, Alexandre partage son temps entre le domaine familial et un emploi de chauffeur poids lourd, afin de compléter ses revenus. Une question s'impose alors : poursuivre l'aventure familiale ou chercher sa voie ailleurs ? S'il choisit finalement de tenter sa chance, c'est parce qu'il a une idée qui lui trotte dans la tête depuis un moment : créer sa propre cave. En 2007 naît finalement le 'Mas oncle Ernest'.
Il commence modestement. "Les premières vinifications sont réalisées dans la cave particulière d'une amie", explique-t-il. Seulement 4 000 bouteilles pour commencer. "Je voulais faire les choses jusqu'au bout et proprement", poursuit-il. La production augmente progressivement, jusqu'au moment où il devient indispensable d'investir. "En 2011, j'ai construit ma cave et acheté toute la cuverie." En 2012, il engage l'exploitation dans une conversion à l'agriculture biologique, "par conviction autant que par logique agronomique", confirme le viticulteur. Trois ans plus tard, après un audit, il se rend compte que dix hectares lui suffiraient pour assurer la viabilité de l'entreprise : il décide alors de supprimer les parcelles les moins qualitatives et d'en mettre certaines en location. Aujourd'hui, près de 35 000 bouteilles sont produites chaque année sur 9,5 ha. Une stratégie assumée de montée en gamme, portée par la vente directe, la restauration, les cavistes et quelques marchés à l'export.
Depuis quelques années, Alexandre développe également en parallèle d'autres productions : oliviers et truffiers. Pour lui, "la diversification constitue l'une des clés de résilience de l'agriculture de demain".
Si la viticulture occupe une place centrale dans sa vie, Alexandre consacre aujourd'hui une partie croissante de son temps à un autre engagement : celui de maire.
Là encore, rien n'était écrit d'avance. En 2008, l'ancien édile d'Entrechaux lui propose de rejoindre le conseil municipal. "J'accepte, par curiosité", avoue-t-il. Puis il y prend goût. Trois mandats de conseiller suivent, au cours desquels il travaille notamment sur les questions agricoles, sportives et de jeunesse. En 2020, le viticulteur se laisse convaincre de se présenter pour remplacer le maire, qui souhaite prendre sa retraite. Cette année, il entame son deuxième mandat.
Ce qui le motive n'est pas le pouvoir, mais l'action. "Trouver des solutions pour aider les gens, être un facilitateur", résume-t-il. Une philosophie qui se traduit par de nombreuses initiatives : création d'un marché nocturne estival, soutien financier à l'association Prévigrêle, lancement d'un diagnostic agricole communal, ou encore réflexion autour de l'œnotourisme et des compléments de revenus pour les exploitants.
Agriculteur, maire et conseiller départemental, Alexandre défend également depuis plusieurs années les dispositifs d'aide à la diversification agricole et le projet des Hautes de Provence rhodanienne (HPR).
Aujourd'hui, alors qu'il s'apprête à vinifier son vingtième millésime, il partage son temps entre ses vignes et la gestion de sa commune. Deux responsabilités différentes, mais guidées par une même ambition : préparer l'avenir de son territoire, sans jamais perdre de vue ses racines.
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