Manifestation viticole régionale
À moins de dix jours du rassemblement viticole du 15 novembre à Béziers, les syndicats de la filière multiplient les réunions de terrain pour maintenir l'unité et la motivation. Entre colère sur les prix, inquiétude économique et sentiment d'abandon politique, les représentants viticoles de l'ex-Languedoc-Roussillon affûtent leurs revendications - et redoutent surtout la résignation des vignerons.
À Nîmes comme à Ferrals, la discussion a vite embrassé l'ensemble des urgences de la filière. Arrachage, segmentation, déséquilibre des rendements, image du vin, loi Evin... toutes les revendications sont mises sur la table.
© Crédit photo : SVA
Après avoir annoncé la mobilisation lors d'une conférence de presse du 21 octobre, les différents responsables syndicaux départementaux de la filière tâchent de motiver les troupes en amont. Des meetings de préparation sont organisés pour sensibiliser et mobiliser les vignerons, notamment dans le Gard et l'Aude.
"Tout le monde œuvre pour une réussite. Le 15, les Pyrénées-Orientales se joindront à nous, ainsi que des collègues du Vaucluse et de l'Aveyron", souligne Frédéric Cavagna, secrétaire général de la FDSEA30.
L'inquiétude des élus syndicaux ? La résignation. "Cette manifestation est importante pour montrer notre détermination et qu'on garde espoir. Si on baisse les bras, en face, ils le savent", introduit David Sève, président de la FDSEA30. "ll faut faire attention à la division et garder l'unité. On n'est plus assez nombreux pour se fâcher entre nous."
La présentation des actualités par Fabien Castelbou sur les négociations sur les prix d'orientation, à la suite de la signature des accords de durabilité cet été, n'a pas manqué de susciter des réactions. "Nos demandes équivalaient à une augmentation d'environ 10 € de plus de ce qui a pu être fait sur la campagne de l'année dernière. Ça revenait aux prix pratiqués en 2021. Les metteurs en marché parlent plutôt d'augmenter le prix de 2 € par rapport à l'année dernière."
David Sève rétorque sans hésitation : "Deux euros de plus !? Ce n'est pas la course camarguaise". Un participant surenchérit : "Deux euros de plus sur l'hectolitre que les négociants ont du mal à avaler ? Cela fait un centime et demi sur la bouteille. C'est dérisoire, le négoce se fout de nous. Le consommateur n'en a rien à faire de payer 4,30 ou 4,40 € la bouteille. Il ne faut pas se laisser faire."
Même constat le 5 novembre à Ferrals-des-Corbières. Au sein du centre culturel, tous dressent le même diagnostic pour la filière viticole du Languedoc-Roussillon. "Si le prix du vin était suffisant depuis des années, on n'aurait pas besoin de toutes les autres revendications", résume Damien Onorré. Les viticulteurs dénoncent des marges abusives du négoce, de la grande distribution et de la restauration, ainsi que les importations de vins étrangers francisés. "Importer du vin à bas coût pendant que nos viticulteurs crèvent la bouche ouverte, c'est tirer une balle dans le cœur même de notre viticulture", poursuit le président du SVA.
Dans l'Aude, la production est passée de 3,8 millions d'hectolitres à moins de 2 Mhl en cinq ans. Une chute aggravée par trois années consécutives de sécheresse.
"Dans les Corbières, on tourne à 10 ou 20 hl/ha. C'est impossible de tenir", alerte-t-il. "Nos trésoreries sont à sec, nos coopératives sont à bout, nos familles sont épuisées", déplore à son tour Marc Véra, président du comité territorial de l'Aude des Vignerons coopérateurs. Les jeunes ne s'installent plus, les caves se vident, les dettes s'accumulent. "Dans ce pays, on a réussi l'exploit de dégoûter les gens de travailler", se désole-t-il.
À Nîmes comme à Ferrals, la discussion a vite embrassé l'ensemble des urgences de la filière. Arrachage, segmentation, déséquilibre des rendements, image du vin, loi Evin... toutes les revendications sont mises sur la table. Dans le Gard, Damien Gilles, président des vignerons des Côtes du Rhône, n'hésite pas à jeter un pavé dans la mare, évoquant la rencontre prévue le lendemain entre la filière et la ministre de l'Agriculture Annie Genevard.
"Êtes-vous certains que vos représentants nationaux vont vraiment porter ces revendications ?", interroge-t-il. "Je suis membre de l'AGPV [Association générale de la production viticole, ndlr] et de FranceAgriMer, j'ai eu l'occasion de rencontrer vos présidents et vous n'êtes absolument pas calés comme eux. Il faut que l'unité arrive vite au national."
Face à cette situation, les syndicats agricoles ont donc élaboré un socle de revendications communes, articulées autour de quatre grands axes : le prix du vin, la réduction du potentiel, l'accompagnement d'urgence et la simplification administrative. Au-delà des aides, c'est une question de considération qui revient dans tous les discours. "Nous ne voulons pas de compassion, nous voulons de la reconnaissance." Du côté des vignerons indépendants, Christophe Gualco, président audois, s'insurge de voir la viticulture otage de toutes les discussions : "Dans le cadre des négociations commerciales internationales, le vin sert sans cesse de monnaie d'échange, que ce soit pour l'industrie automobile ou pour Airbus ! On a l'impression aujourd'hui que, finalement, il vaudrait mieux produire du cannabis que produire de la vigne."
Les acteurs de la filière misent désormais sur la mobilisation du 15 novembre à Béziers, présentée comme, "la dernière carte" pour sauver la viticulture régionale. La manifestation - soutenue par les élus locaux et notamment le maire de Béziers, Robert Ménard -, vise à alerter les pouvoirs publics avant le salon Sitevi, du 25 au 27 novembre à Montpellier. "La ministre ne peut pas venir sans annonces au Sitevi, que ce soit avec ou sans l'Europe d'ailleurs", soulignait Guilhem Vigroux, secrétaire général de la Chambre d'agriculture de l'Hérault lors de l'assemblée générale de la Fédération des Cuma Hérault-Gard2.
"Il nous faut du monde, nous allons êtres très observés", ajoute le viticulteur. Les organisateurs attendent plusieurs milliers de participants venus de tout le Languedoc et des départements voisins, voire d'autres régions. Aux côtés d'autres syndicats agricoles qui ont confirmé leur présence, ils espèrent pouvoir monter une mobilisation d'une envergure similaire à celle de Narbonne en 2023. L'histoire se répète, pourvu que les retombées, elles, évoluent dans le bon sens...
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06/06/2023
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