Vaucluse 25/09/2024
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chambre d'agriculture

"Nous avons souhaité insuffler un esprit d'entreprise"

En janvier prochain, le monde agricole sera amené à élire ses prochains représentants. Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d'agriculture, dresse le bilan d'une mandature marquée par des crises successives, voire qui se sont chevauchées, mais toujours portée par l'espérance que rien n'est jamais perdu.

Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d'agriculture de Vaucluse.

© Crédit photo : CZ

Globalement, quel regard portez-vous sur la mandature qui s'achève ?

Georgia Lambertin : "Nous venons de vivre six années marquées par d'importantes crises - économiques, sanitaires, climatiques... - mais qui ont aussi montré que des solutions existaient, permettant de dire que oui, l'agriculture a bien un avenir et qu'il faut y croire. Nous avons eu des situations inédites, qui ont bousculé notre écosystème en profondeur et ont ouvert des portes. Le rôle de la Chambre d'agriculture, c'est de les mettre en lumière et d'aller chercher les parades partout où elles existent, notamment chez nos agriculteurs fer de lance du département. On doit apprendre d'eux, se nourrir de ce qu'ils font et faire redescendre les bonnes initiatives dans les filières. Si je devais pointer trois points noirs en particulier, je citerai le Covid et le gel de 2021, sans oublier les manifestations de l'hiver dernier. Ces dernières ont été très marquantes, pour les élus et moi, même si nous ne sommes pas 'hors sol' et que nous restons connectés au terrain pour faire le relais de toutes les filières, pour 'se parler paysan', afin de partager, se comprendre et avoir une réelle appréhension du terrain. Ce ressenti est essentiel pour porter ensuite les actions de la Chambre, et le dialogue primordial, pour que l'on puisse se comprendre, être en réseau avec les partenaires et prendre ensemble les moins mauvaises décisions."

 

Quelles thématiques le conseil d'administration a-t-il souhaité prioriser dans ses actions ?

G.L. : "La priorité a été dès le départ d'accompagner les conséquences du changement climatique, ou plutôt ce qui s'avère être le dérèglement climatique. C'est transversal à tous les services, et tous les collaborateurs ont eu cette trajectoire d'accompagnement nécessaire dans les conseils, les diagnostics, priorisant les thématiques centrales pour la durabilité de notre agriculture départementale que sont le foncier, l'installation-transmission, l'eau... Et cela n'a pas été simple avec le Covid - qui est venu renverser la table - ou la fracture du milieu de mandat, liée à la signature du contrat d'objectif et de transition avec l'État et à la revalorisation du point d'indice des collaborateurs. Quand les agriculteurs avaient le plus besoin d'accompagnement, nos moyens d'action ont été réduits et il a fallu se remettre en question. Dans cette période, et même si la Chambre est un organisme consulaire public, nous avons souhaité insuffler un esprit d'entreprise pour faire perdurer ses moyens et continuer d'accompagner les agriculteurs, en étant arrimés à leur exploitation. Le mot d'ordre a été que tous les services proposés servent à l'exploitation. Nous avons bâti un plan d'actions dont se sont saisis pleinement les élus et les collaborateurs pour aller tous ensemble vers cette direction. Et en cette fin 2024, je peux dire que nous avons bien avancé."

 

On entend pourtant dans les campagnes que la Chambre ne sert à rien...

G.L. : "Je ne peux pas laisser dire cela. Nous faisons un travail dans l'ombre sur le foncier, avec les mairies, les intercommunalités ; nous allons chercher les informations pour les traduire en opérations d'urbanisme concrètes afin de préserver nos terres agricoles qui suscitent l'appétit de partout. Nous allons chercher des financements auprès du Département, de la Région, de l'État, pour que le système mit en place via les filières, des filières à haute valeur ajoutée rappelons-le, perdure. C'est tellement en amont que c'est souvent invisible et qu'il faut du temps, comme le prouve le dossier des Hauts de Provence rhodanienne. L'agriculture a une valeur et aujourd'hui, cela commence à être pris en compte dans les Scot, les PLU, sans compter le Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (Sraddet) qui doit nous mobiliser encore plus avec la loi Zan, qui n'a pas que des aspects positifs pour l'agriculture, car les exploitations risquent d'avoir des difficultés réglementaires pour se diversifier, se transformer, alors que les entreprises cherchent justement à ne plus mettre tous leurs œufs dans le même panier."

 

Sur l'hydraulique, quels dossiers avez-vous portés ?

G.L. : "Avec les difficultés économiques actuelles, chaque entreprise cherche à poser sa visibilité et à rester compétitive. L'eau est majeure dans cette réflexion et ce qui nous a toujours portés, au niveau du conseil d'administration et du bureau, est d'accompagner tout le département. On a certes le dossier HPR, vital pour le nord du département, mais on doit aussi accompagner les agriculteurs qui n'ont pas d'eau sous pression, pour les sécuriser. C'est stratégique pour les prochaines générations, pour la transmission et l'installation. Mais dans le département, on a encore des fermes en souffrance sans eau, et l'on s'y est attelé : au sud avec la Société du canal de Provence ; en Ventoux, avec des besoins nouveaux sur le secteur des coteaux, pour les cultures emblématiques du département - vigne, fruits et légumes -, mais aussi pour accompagner les ateliers de diversification, étudiés dans tout le département.

"Pour sortir de ces crises multiples, notre travail à la Chambre est de cibler l'économie de l'exploitation, qui nourrit nos concitoyens, nos familles, et est réinvestie au profit des territoires"

Et pour les zones où l'on sait que l'arrivée du tuyau est impossible vue la configuration géographique, alors il faut défendre les petites réserves d'eau, pour rendre les fermes résilientes. Pour tous ceux-là, le rôle de la Chambre est primordial, car nos services sont performants, professionnels, techniques et accompagnent au quotidien toutes les exploitations, qui ont des besoins spécifiques et uniques. D'autant que notre expertise s'est aussi renforcée avec l'Organisme unique de gestion collective [OUGC, ndlr] qui centralise les besoins en eau pour l'irrigation et propose un plan de répartition des volumes d'eau prélevés à usage agricole par territoire."

 

Comment défendre l'agriculture, alors que les débats autour du partage de l'eau se tendent ?

G.L. : "L'agriculture française, et a fortiori départementale, nos organisations agricoles et donc la Chambre sont bien conscients que l'on vit dans une société où l'on doit prendre en compte la notion de partage de l'eau dans tous les projets portés. L'agriculture doit partager les usages, mais la société doit comprendre en retour que notre souveraineté alimentaire dépend de l'eau. Que nos filières, que nos signes de qualité, que nos certifications dépendent de l'eau ; et que toutes ont un coût lié de cette exigence qualitative, pour produire de la valeur ajoutée à l'hectare. C'est déjà assez difficile face aux problématiques phytosanitaires, aux ravageurs et au dérèglement climatique. L'agriculture doit être sanctuarisée. Et pour sortir de ces crises multiples, notre travail à la Chambre est de cibler l'économie de l'exploitation, qui nourrit nos concitoyens, nos familles, et est réinvestie au profit des territoires. Anticiper les signaux faibles, pister les bonnes idées, les tester pour les valider ou non et apporter une réponse économique aux entreprises agricoles. C'est d'ailleurs tout ce qui est mis en œuvre au sein de notre domaine expérimental de Piolenc, qui fédère aujourd'hui largement l'expérimentation viticole, pour être plus percutant auprès des vignerons, puisque l'Institut rhodanien, l'Institut français de la vigne et du vin, l'Inrae et les entreprises viticoles sont associées pour démultiplier les essais dont la viticulture a besoin."

 

La viticulture n'est malheureusement pas la seule filière en crise...

G.L. : "C'est vrai, et nous avons œuvré pour toutes les filières départementales, en renforçant par exemple le pôle maraîchage, en œuvrant aux côtés de la Région sur le plan cerise, en associant cerise de bouche et d'industrie pour ne pas diviser les financements et être plus percutant. Pour la lavande, nous avons réussi à restructurer administrativement le GDA de Gargas, en mettant à disposition un technicien pour accompagner le GIEE ; il faut désormais que ce plan lavande soit porté par tous. Car là, comme ailleurs, l'objectif est de fédérer les filières, autour des agriculteurs, pour trouver des solutions en commun. Mais je suis consciente que cela prend du temps et que l'on en a de moins en moins, vu les trésoreries des exploitations. Consciente aussi que c'est compliqué de parler de demain, quand aujourd'hui est si difficile. C'est pour cela que nos entreprises doivent urgemment être accompagnées par nos collectivités territoriales pour passer ce cap.

On parle filière de production, mais notre action s'est aussi portée vers toutes les thématiques transversales, à l'image de la diversification, avec le nouveau dispositif du Point accueil diversification, mais aussi l'Espace test à Pertuis, la commercialisation avec le drive fermier... Et bien entendu, l'exploitation a des revenus à aller chercher avec le carbone, l'énergie verte, la robotique... Tout cela doit permettre d'accompagner les entreprises pour qu'elles soient économiquement stables et fortes pour affronter l'avenir. Sans compter que nous devons désormais porter une attention singulière sur l'élevage avec la Fièvre catarrhale ovine."

 

Depuis les manifestations, les choses ont-elles vraiment bougé ?

G.L. :"Je suis dépitée de la situation politique dans laquelle on est. Les agriculteurs ont manifesté pour exprimer une détresse majeure et les graves problèmes de trésorerie sont toujours là, huit mois après, voire pire. On a beau décortiquer, quand on regarde les mesures proposées, le contexte des cultures spécialisées de notre département, nous n'avons pas du tout été entendus. Le plan Agriculture climat méditerranéen suscite beaucoup d'attentes et offrirait la possibilité de développer des démonstrateurs territoriaux sur plusieurs filières, pour innover dans les territoires, pour que les agriculteurs soient sources d'innovations. Mais il faut des moyens et j'espère que cela ne sera pas de l'argent recyclé." 

Propos recueillis par Céline Zambujo •

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