Viticulture : Vitalité du réseau face au dépérissement

Publié le 20 janvier 2020

« L’objectif des MIV est de faire émerger les bonnes idées du terrain.

Succès pour ce premier forum ‘Rhône Provence’! Quatre-vingt viticulteurs, pépiniéristes et chercheurs ont échangé sur les dernières actualités du dépérissement du vignoble. Entre vulgarisation scientifique, transmission de résultats expérimentaux et témoignages de terrain, le constat est à l’importance de communiquer, de faire vivre le réseau.

« Ce forum est une première, et c’est grâce à l’énergie de la Chambre de Vaucluse et de ses partenaires », s’est réjoui Christophe Riou, directeur-adjoint de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et délégué national du Plan dépérissement. Le site de la chapelle, à Châteauneuf-de-Gadagne, a d’ailleurs fait salle comble, le 18 octobre. Tout au long de la journée, plus de 80 viticulteurs, pépiniéristes, techniciens et chercheurs se sont croisés dans les couloirs, pour se rassembler dans telle ou telle salle, selon ses centres d’intérêt : nouvelle technique de détection des virus, sensibilité des cépages, longueur des racines à la plantation…

Le format du forum a plu, par sa souplesse et sa richesse. En effet, le programme était vaste, avec trois rencontres se déroulant en parallèle, sur différents thèmes, et se succédant sur des temps relativement courts. Et la possibilité d’interagir a été appréciée : après son exposé, le scientifique échangeait directement avec les participants, sur une durée équivalente. Idem pour les ateliers, où des vignerons expérimentateurs témoignaient de leurs observations de terrain, par exemple sur le rapport entre la date de taille et la coulure, le curetage et recépage... La formule s’avère aussi en adéquation avec la volonté du Plan national dépérissement d’agir de manière globale, par la co-construction des programmes de recherche, et en mobilisant les réseaux. Avec, au bout du compte, l’objectif de mieux lutter contre l’érosion durable des rendements et la forte mortalité des ceps de vigne.

Aperçus scientifiques.

Olivier Lemaire est chercheur à l’Inra, rebaptisé Inrae à partir de janvier 2020, le ‘e’ témoignant de sa fusion avec l’Irstea, institut de recherche en science et technologies pour l’environnement et l’agriculture. Il a présenté la façon dont son unité ‘Santé de la vigne et qualité du vin’, dont il dirige l’équipe virologie-vection, sélectionne des vignes résistantes au virus du court-noué, et des porte-greffes résistants aux nématodes, en particulier pour accélérer ce long processus de recherche. Il a évoqué la perspective de lutte biologique avec des essais de jachère nématicide et l’intérêt de la prémunition : une sorte de vaccination de la vigne (à lire dans nos prochaines éditions).

Cédric Moisy, de l’IFV de Montpellier, a présenté, images à l’appui, l’intérêt de l’imagerie médicale qui permet, rapidement et sans détruire le pied de vigne, de visualiser en trois dimensions l’invasion du cep par le champignon, avant que celui-ci n’exprime des symptômes. Ces avancées se font dans le cadre du projet ‘Vitimage’, dont le chercheur est porteur.

Les MIV, vous connaissez ?

Des groupes de ‘Mobilisation innovation vigneronne’, appelés MIV, existent depuis un an et demi dans la région de Cognac, du Val de Loire et en Provence Vallée du Rhône. « L’objectif est de faire émerger les bonnes idées du terrain vers d’autres acteurs, producteurs ou chercheurs » explique Marion Claverie, de l’IFV.

Parmi les sujets, la création d’un puit de lumière et à l’étude pour améliorer la complantation, afin de mieux tailler les vignes alentour et de voir si le taux de reprise est amélioré. Par ailleurs, pour limiter le désherbage dans les vignes mères de porte-greffe, des pépiniéristes ont mis en place avec la Chambre d’agriculture des essais, sur l’inter-rang, de paillage avec une bâche blanche large, et sur le rang, de semis de trèfle rampant.

Ces réseaux sont désormais reconnus pour leur intérêt à faire circuler les bonnes pratiques, car « un nouvel appel à projets sera lancé en janvier, pour reconduire ces groupes MIV, voilà qui est encourageant ! », se réjouit Nathalie Protet, de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Cécile Poulain


ViticultureForum dépérissement MIV viticulture esca bois noir