Viticulture : Une vigne agro-écologique à Piolenc

Publié le 15 juillet 2019

À la mi-mars, une nouvelle vigne a été plantée au domaine expérimental de Piolenc, géré par la Chambre d’agriculture de Vaucluse

Alors que la réglementation se durcit d’année en année, que la liste des produits phytosanitaires se réduit, quelles sont les pistes de réflexions actuelles pour allier le respect de l’environnement, le changement climatique et la productivité dans une perspective durable ? La Chambre d’agriculture du Vaucluse s’est posée la question, et a parié sur l’agro-écologie pour y répondre.

À la mi-mars, une nouvelle vigne a été plantée au domaine expérimental de Piolenc (voir encadré), domaine géré par la Chambre d’agriculture du Vaucluse. Cette plantation s’inscrit dans le projet ‘Diverviti’ (DIVERsifier les agro-écosystèmes VITIcoles) – porté par l’Institut français de la vigne et du vin et suivi par David Lafond –, et fait partie du réseau national Dephy Expé Écophyto, action pilotée par le ministère l’Agriculture et le ministère de l’Environnement.

Olivier Jaquet, responsable de l’équipe viticole à la Chambre d’agriculture de Vaucluse, Pauline Garin, en charge de l’expérimentation à la CA 84, ainsi que d’autres experts de l’Inra et de l’IFV ont conçu cette parcelle. Cette dernière doit notamment répondre aux attentes des vignerons (sur les aspects rentabilité économique et facilité de travail), ainsi qu’aux nouveaux défis imposés par le plan Écophyto. Concernant la réduction des IFT1, l’objectif est de supprimer les herbicides, de réduire de 50% l’IFT fongicide, et de réduire au maximum les insecticides.

Pour répondre à ces objectifs, le système agro-écologique proposé est basé sur deux principes clefs :

  • le système doit être diversifié : la polyculture permet une plus grande résilience des systèmes et donc, une plus grande prise de risque dans la gestion des intrants (diminution d’IFT attendue) ;
  • la couverture du sol doit être maximale pour préserver, voire améliorer, la qualité (matière organique notamment) et la vie du sol, stocker du carbone et favoriser la biodiversité.

Ce projet est réalisé grâce au soutien financier de l’Agence française pour la biodiversité et de la Compagnie Nationale du Rhône.

Et comment ça fonctionne ?

Plusieurs leviers ont été mis œuvre pour atteindre l’objectif de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires de façon durable.

Concernant l’objectif de réduction des produits phytosanitaires, l’utilisation de variétés résistantes aux maladies est un levier qui fait de plus en plus ses preuves. La non-taille est également une méthode qui permet de réduire la durée durant laquelle la vigne est sensible aux maladies cryptogamiques (champignons). Ce système offre aussi un microclimat moins favorable au développement de ces maladies, car les grappes sont plus aérées.

Les règles de décisions sont établies grâce aux stratégies de traitements à faible niveau d’intrants (basées sur les résultats des expérimentations Écophyto I des six dernières années), et avec des produits choisis en fonction de leur profil éco-toxicologique.

La couverture du sol et la diversification du peuplement végétal par une culture associée (le thym), ainsi que des plantes de services (couvert végétal, haies) ont deux fonction principales : améliorer les qualités du sol (portance, matière organique, disponibilité de l’eau…), et favoriser la présence d’auxiliaires pour les régulations biologiques (exemple : par la présence d’Ampélomyces quiscalis, auxiliaire dans la lutte contre l’oïdium). D’autres auxiliaires – tels que les chiroptères et passereaux, qui peuvent réguler les vers de la grappe – seront favorisés par l’installation de nichoirs adaptés.

En plus de leur fonction de niche pour la biodiversité, les haies jouent un rôle de barrière physique afin de réduire la propagation des maladies dans l’air.

Concernant la durabilité économique du système, la productivité est assurée par le choix d’un matériel végétal (clone et porte-greffe) productif, et d’un mode de conduite en non-taille favorisant de bons rendements (2 à 3 fois les rendements habituels). Ce mode de conduite permet également une réduction importante des coûts de production, car la taille est l’un des postes les plus couteux, et le plus pénible physiquement, dans un système classique. La culture associée (le thym), quant à elle, offre une meilleure résilience économique du système, puisque l’intégralité des revenus n’est pas basée sur la réussite (ou l’échec) d’une seule production.

Alan Damiecki, Chambre d’agriculture de Vaucluse


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