Viticulture : trouver des solutions pour les bois de haies et les ceps

Publié le 13 avril 2021

'Terre & Passion' utilise une déchiqueteuse à couteau, qui produit un broyat de taille inégale, mais pour un coût beaucoup plus modéré, autour de 150 € de l’heure. (© PN)

Comment supprimer les déchets de bois agricoles, ceps et haies, sans procéder au brûlage, qui provoque de sérieux dégâts sur l’atmosphère ? Depuis plusieurs années, un groupe de partenaires – regroupé au sein du réseau Agr’Air –travaille sur la question.

Depuis quelques années, la valorisation des déchets agricoles est devenue un objet d’étude, d’expérimentation, mais aussi de réalisations concrètes(1). Les premières étapes ont d’abord concerné les déchets inorganiques, comme les plastiques servant à recouvrir les serres ou les plantations d’asperges. Mais c’est maintenant à la valorisation des déchets organiques que le monde agricole s’intéresse. Et notamment aux bois issus des haies et des arrachages de vignes. Une réunion était d'ailleurs organisée le 18 mars dernier au lycée agricole de Carpentras par le Geres, Bio de Paca, et la Chambre d’agriculture de Vaucluse, pour présenter les alternatives au brûlage à l'air libre.

Trouver des solutions concrètes

C’est ainsi qu’à l’initiative de l’Ademe, un collectif de partenaires, Agr’Air, s’est constitué. Objectif ? Construire et expérimenter des solutions 100 % pratiques. Avec le soutien actif de plusieurs acteurs de la filière bois – tels que la société Pélissier de Pernes-les-Fontaines, ou l’entreprise 'Terre & passion' de Villes-sur-Auzon – l’exploitation agricole du lycée Louis Giraud, à Carpentras-Serres, a participé à une campagne d’essais et de tests, afin de trouver des solutions concrètes, et surtout rentables, pour trouver une alternative au brûlage des déchets verts, déjà interdits aux particuliers depuis 2011.

Car, comme le rappelle Anaïs Durand, ingénieure agronome du Centre technique de référence en matière de pollution atmosphérique (Citepa), "notre objectif est de réduire les émissions de particules atmosphériques (aussi appelé PM10) et d’ammoniac. En Provence Alpes et Côte d’Azur, 47 % de la population est exposée à des concentrations de particules supérieures aux normes sanitaires, et 85 % des émissions d’ammoniac proviennent de l’agriculture, essentiellement du brûlage de déchets bois".

Les deux entreprises utilisent des techniques tout à fait différentes : Pélissier utilise un broyeur automoteur forestier, d’une efficacité redoutable, mais aussi d’un coût conséquent : 2 500 € la journée. Il réduit littéralement en miettes les moindres déchets, qu’il s’agit d’une haie ou de ceps, qui peuvent ensuite être envoyés vers les chaufferies industrielles.

En revanche, 'Terre & Passion' utilise une déchiqueteuse à couteau, qui produit un broyat de taille inégale, mais pour un coût beaucoup plus modéré (150 € de l’heure). Difficile donc de l’envoyer en chaufferie industrielle. Mais il est toujours possible de l’utiliser pour réaliser un paillage.

Trouver un équilibre économique

Car, comme souvent, tout est affaire d’équilibre économique. D’une part pour les viticulteurs, qui voient dans le brûlage à l’air libre une solution qui ne coûte rien. Mais aussi pour les chaufferies industrielles, qui exigent une quantité minimale de 30 000 tonnes de ceps par an pour accepter de brûler ces produits. "Or, si l’on totalise l’ensemble des arrachages de ceps sur toute la région Provence Alpes Côte d’Azur, on arrive au maximum à 17 000 tonnes par an" reconnaît Anaïs Durand.

Les solutions sont donc à chercher ailleurs. Dans le paillage des sols, par exemple, mais aussi dans le compostage. Voire dans la réalisation de 'pellets', ces granules de bois utilisé pour le chauffage des maisons individuelles. "Le problème", explique Anaïs Durand, "c’est qu’on n'a pas encore trouvé de solutions pour permettre la conversion de ceps en pellets". C’est effectivement un équilibre délicat à trouver, pour que ces granules puissent correctement brûler dans un poêle ou une chaudière ad hoc. Si Pelissier, notamment, a réussi un mélange entre du bois et des noyaux d’olive, dans le cadre d’un partenariat avec la cave coopérative oléicole 'La Balméenne', d’autres, dans le département, travaillent aussi à la composition de 'mix' comme la société Valfibois, à Sorgues.

Mais comme bien souvent, c’est une vision d’ensemble qui est nécessaire, à savoir la constitution d’une véritable filière, comme ce qui s’est fait dans le domaine du verre, du plastique, des matériaux ferreux.

Pierre Nicolas, CLP

(1) Lire également notre édition du 19 mars 2021, page 5.

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