Viticulture : Silence dans les vignes !

Publié le 23 mars 2021

La démonstration des tracteurs électriques a mobilisé une trentaine de vignerons curieux. (© CA 84)

Pour la première fois dans le département, des tracteurs électriques ont travaillé devant un public de vignerons, invités à l'initiative de la Chambre d'agriculture de Vaucluse, le 2 mars dernier.

À écouter le silence qui régnait dans les vignes ce mardi 2 mars après-midi, au Domaine de Beaurenard, on se dit qu'une évolution est bel et bien en marche en viticulture. Ce jour-là, seuls les bruits de la pompe hydraulique et des lames heurtant les galets de Châteauneuf se font entendre, et l'on peut même échanger avec le chauffeur, en observant le travail des bineuses interceps. Dans le cadre du groupe Dephy Ferme, le Domaine de Beaurenard, accompagné de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, accueillait un enjambeur et un tracteur étroit de la marque Sabi Agri dans ses parcelles. La jeune entreprise – elle a été créée il y a seulement quatre ans – conçoit et fabrique des tracteurs à Clermont-Ferrand. Une première pour le département, qui accueillait donc ces tracteurs électriques pour une démonstration sur le terrain qui a mobilisé des vignerons curieux.

Pour commencer la démonstration, Éric L'Helgoualch, du pôle 'Vigne et Vin' de la Chambre d'agriculture, également ingénieur Réseau Dephy Écophyto, a accueilli la trentaine de participants qui avait fait le déplacement, en rappelant les objectifs du plan Écophyto et des groupes Dephy Ferme (voir encadré). Ce groupe Ferme Dephy regroupe 11 exploitations – 7 à Châteauneuf-du-Pape et 4 dans le Haut-Vaucluse – dont 3 sont en agriculture biologique. Créé en 2010, il a été l'un des tout premiers groupes en France.

L'autonomie, objet de toutes les attentions

Après ce rappel sur Écophyto et les Groupes Ferme Dephy, place à la technique et au fonctionnement concret, particulièrement attendu par les participants. Ces nouveaux outils disposent de moteurs électriques, alimentés par des batteries placées dans des caissons. Dans la cabine, un joystick sur le volant et les pédales permettent d'accoler rapidement les outils, "avec un assemblage simple et fonctionnel" constatent les vignerons. Au total, les quatre moteurs (issus d’engins miniers) sont accolés aux quatre roues, pour une puissance de 50 cv équivalente à environ 80 cv, la différence s'expliquant par l'absence de perte dans la chaîne de transmission. Très vite, les questions affluent : "Quelle est l'autonomie ?" s'interrogent les uns. "Huit heures en moyenne, cinq lorsqu'elles sont très sollicitées." Autre donnée d'intérêt : il faut 1 h 30 pour retrouver la pleine charge des batteries. Concrètement, le calibrage est fait pour une journée pleine avec une recharge à la pause de midi (les prises requises sont celles que l’on retrouve notamment dans les chais de vinification). À noter que l'enjambeur est équipé d'un toit de panneaux photovoltaïques qui assurent environ 15 % des besoins en énergie. Il est aussi doté de voies variables (de 20 cm) ce qui lui a permis de passer de la Bourgogne à Châteauneuf-du-Pape.

Autre point d'attention : les attelages. Ici encore, tout se veut simple et les châssis permettent d’atteler des outils standards : intercep, écimeuse, petit cadre de travail inter-rang… À noter une différence avec les outils traditionnels : le centre de gravité et le poste de pilotage sont très bas sur ces engins de petites tailles, plus petits que les tracteurs que l’on connaît.

Très vite, le brouhaha des questions remplace le silence de la démonstration, et la trentaine de vignerons présents peut échanger très librement avec les constructeurs. Mais tous sont unanimement surpris et séduits par le silence et l’efficacité du travail du sol réalisé par les deux bineuses Braun placées sous l’enjambeur, sous les yeux du chauffeur. Certains ont même pris les commandes des tracteurs, visiblement ravis de cette nouveauté. Mais l'innovation a un prix : l’enjambeur présenté le 2 mars dernier coûte environ 110 000 €, le tracteur interligne entre 60 000 € et 80 000 €.

Contact : Éric L’Helgoualch, eric.lhelgoualch@vaucluse.chambagri.fr

Pour retrouver la vidéo de la démonstration : https://bit.ly/30wcwx2

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