Viticulture : Planter, c’est anticiper !

Publié le 23 février 2021

La commande au pépiniériste doit être anticipée de deux ans, même sur les variétés très demandées. (© CP)

L’établissement d’un vignoble est une étape décisive dans la réussite d’une exploitation. Dans un webinaire, l’Institut français de la vigne et du vin passe en revue tous les points clés d’une plantation. Le maître-mot est d’anticiper ! Un panel de recommandations techniques et pratiques pour réussir cette phase cruciale.

L’établissement d’un vignoble est une étape décisive dans la réussite d’une exploitation. Les décisions techniques liées à une plantation engagent le viticulteur pour plusieurs dizaines d’années. Compte tenu des enjeux techniques, qualitatifs et économiques, il est recommandé d’anticiper une plantation au moins trois ans à l’avance, afin de ne pas négliger les étapes essentielles à sa réussite : analyse et repos du sol, choix du matériel végétal, préparation et fertilisation.

« Aucune recette à donner ici, mais plutôt une liste de points à respecter, pour éviter des problèmes, notamment avec votre pépiniériste. Le maître-mot c’est anticiper » résume Olivier Yobrégat, ingénieur agronome, à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). Il a en effet présenté un webinaire le 27 janvier, désormais disponible en replay.

Le repos, c’est vital…

Il est fortement conseillé en toutes circonstances de respecter un minimum de 18 à 24 mois entre arrachage et replantation, même s’il n’est pas toujours possible économiquement. Ce délai permet à l’humus de se reconstituer. Surtout, un repos est utile pour retarder la contamination par le virus du court noué, devenu très problématique dans certaines zones. Cela peut être amélioré aussi par des précautions sanitaires : dévitaliser les souches avant arrachage, enlever le vieux bois aux abords des parcelles. Idéalement, sept à dix ans sont nécessaires pour éviter le court noué. Comme c’est rarement pratiqué, le projet ‘Jasympt’ du Plan national dépérissement s’est intéressé aux couverts végétaux nématicides sur les jachères (avoine, trèfle violet, lupin blanc, sainfoin, lotier, luzerne…). Objectif ? Réduire les populations du vecteur dans le sol, tout en ayant pour certaines un effet ‘engrais vert’ intéressant. « Les résultats sont encourageants, avec un maintien du couvert de 18 à 24 mois, mais cela reste à valider » tempère l’expert.

Deuxième étape avant plantation : préparer le sol, avec diagnostic complet et fumure. L’objectif est d’assurer un enracinement optimal des jeunes plants, grâce à une bonne circulation de l’air et de l’eau. Pour connaître les caractéristiques du sol, il est utile de réaliser des fosses pédologiques, avec un spécialiste. L’analyse du sol renseignera alors sur la fumure de fond éventuelle à apporter pour le rééquilibrer. Elle sert souvent à redresser le pH. Là, certains points de vigilance ont été rappelés : tout d’abord, la chaux brûle la matière organique (lui préférer des calcaires broyés bruts non cuits, c’est souvent suffisant) ; ensuite, éviter l’azote minéral, car il faut privilégier l’enracinement du plantier… « La fumure permettra d’éviter notamment les carences fréquentes sur jeunes vignes, en potassium, en bore sur sols acides… » Ces mesures renseignent aussi sur la qualité de la minéralisation dans le sol, sur l’utilité d’apporter de la matière organique et permettent d’orienter le choix du compost. « Si tout cela est bien fait, avant la première mise à fruit, aucun engrais n’est à prévoir pour le jeune plantier. Un bon développement du feuillage est le signe d’un bon développement racinaire » assure-t-il.

C’est le moment de réaliser des aménagements, terrassement, pour se faciliter le travail ensuite de conduite de la vigne. Il est également recommandé de décompacter les sols avant les gels hivernaux, excepté en sols limoneux sans quoi le sol se referme. Le travail du sol doit toujours se faire sur un terrain bien ressuyé, sous peine de lissage et de compaction potentiellement très problématiques. Le labour est à manier avec précaution, pour éviter de mélanger les horizons. Prévoir aussi une façon culturale pour obtenir suffisamment de terre en surface.

… le choix du matériel végétal aussi

Le choix du matériel végétal est très vaste. Pour s’orienter, le site ‘Plantgrape’ rassemble toutes les variétés et clones agréés : https://plantgrape.plantnet-project.org/fr/catalogues. Il est mis à jour. Et, depuis 2006, 36 cépages secondaires ont été inscrits en France, comme le chichaud bien adapté au climat chaud et sols caillouteux, et la raisaine, en Vallée du Rhône. Quel qu’il soit, le choix est à raisonner bien en amont du projet de plantation, afin de commander à temps à son pépiniériste à la fois les greffons et porte-greffes adaptés. « En effet, il existe une certaine tension d’approvisionnement sur une poignée de porte-greffes très demandés, comme le 110R et le 1103 Paulsen. Or, le pépiniériste doit anticiper ses plantations presque deux ans avant la vôtre », prévient Olivier Yobrégat. Le spécialiste en profite pour donner un conseil pratique : « Pour la commande, mieux vaut être le plus précis possible, et la faire par écrit, en précisant le calendrier de plantation et la longueur des racines souhaitée, un aspect souvent négligé ». Lors de la réception des plants, il conseille aussi d’en contrôler la qualité (solidité de la soudure, fraîcheur des racines) et d’archiver les étiquettes…

Puis vient la période de plantation : hiver ou printemps en plants traditionnels, et jusqu’en mai à juillet pour les plants en pots. Il n’y a aucun inconvénient à planter tôt : on peut souvent décompacter les sols dans de bonnes conditions, et les machines à planter sont moins sollicitées qu’au printemps. En revanche, les plantations trop tardives sont à éviter, sinon le cycle de la vigne s’achève difficilement et les bois s’aoûtent mal.

Reste à prévoir également l’entretien des plantations. Car il faudra du temps, de la main-d’œuvre et du matériel pour arroser, désherber (notamment le liseron dont la présence est souvent associée à celle du bois noir), protéger contre le mildiou, et lutter contre la flavescence dorée… Et s’il y a lieu, il restera à signaler tout problème éventuel au pépiniériste, partenaire clé de l’implantation d’un vignoble.

Cécile Poulain


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