Viticulture : La Vallée du Rhône tire son épingle du jeu dans un monde en mutation

Publié le 06 mai 2019

« Les vignobles de la Vallée du Rhône affichent une ambition intacte et une attitude offensive dans un contexte commercial incertain » a déclaré Michel Chapoutier,

Entre 2008 et 2018, les exportations des vins AOP de la Vallée du Rhône ont progressé de 64% en valeur, atteignant 507 millions d’euros, et de 9% en volume. Engagé dans une dynamique qualitative, le 2e vignoble de France démontre sa capacité d’adaptation au contexte sociétal, environnemental et social à l’évolution très rapide. Clairement, il tire son épingle du jeu et ne compte pas s’arrêter là. À l’occasion d’une conférence au Palais des Papes, Inter-Rhône a annoncé le lancement, parmi ses axes stratégiques, d’un grand plan structurel global pour les vins blancs de la Vallée du Rhône.

« Les vignobles de la Vallée du Rhône affichent une ambition intacte et une attitude offensive dans un contexte commercial incertain. La belle progression à l’export des vins de la Vallée du Rhône, largement plus forte en valeur (+64%) qu’en volume (+9%) traduit leur montée en gamme », expliquait, le 17 avril dernier, Michel Chapoutier, président d’Inter-Rhône, à l’occasion de ‘Découverte en vallée du Rhône’, au Palais des Papes.

Sur la période 2009-2019, le changement de cap a été net : les appellations de la Vallée du Rhône ont développé leur offre sur des marchés en croissance, se positionnant sur le segment premium1. Et sur les marchés européens, comme sur le marché français, les vins de la Vallée du Rhône ont privilégié les segments moyen et haut de gamme. « Si les ventes en grande distribution sont encore très présentes, les appellations accentuent leur distribution au sein des autres circuits (cavistes, restauration, e-commerce), aujourd’hui privilégiés par les milléniaux. Cela signifie qu’il faut désormais avoir davantage de conseil en consommation. Les jeunes consomment dans une logique de mariage vin-mets », poursuivait le président d’Inter-Rhône.

Ces dix dernières années en effet, les exigences des consommateurs ont évolué avec l’arrivée dans la population active des milléniaux : cette génération – née entre 1985 et 2000 et hyper connectée – est composée de ‘consomm’acteurs’ qui veulent consommer moins et mieux. En réaction, la distribution développe le e-commerce, le drive, les cavistes… « Le mode d’achat et de consommation des jeunes varient, avec en majorité des consommations hors domicile qui se font sur le pouce, lors d’un verre entre amis et en livraison de repas. Nous devons nous y adapter et rester connectés à cette génération, elle-même très connectée. En Vallée du Rhône, nos vins peuvent évoluer, car nous avons de multiples cépages, dont nous pouvons rééquilibrer la part », détaillait Philippe Pellaton, vice-président d’Inter-Rhône.

Résistance en France, dans un contexte de baisse.

Alors que la consommation française de vin recule, les AOP de la Vallée du Rhône ont monté en gamme, tout en limitant leur baisse de volume, affichant une perte de 4,4% en 2018, quand l’ensemble des AOP françaises chutait de 17%. L’offre a évolué également dans la proportion des trois couleurs : si elle reste majoritairement rouge, passant de 88% à 74%, la part des rosés a progressé de 11% à 16%, celle des blancs reste faible, mais progresse à 10%. Ainsi, les pertes de commercialisation des rouges (109 646 hl en 10 ans) ont été en partie compensées par une progression des rosés (+60 000 hl) et des blancs (+11 000 hl).

Simultanément, en grande distribution, le chiffre d’affaires du rayon des vins de la Vallée du Rhône a enregistré une croissance de 37%, quand l’ensemble des AOP progressait de 15% entre 2008 et 2018. Les vins de la Vallée du Rhône sont présents chez 99% des cavistes français et dans plus de trois quarts des restaurants du territoire. « Si la Vallée du Rhône s’est mieux maintenue, il n’en reste pas moins que la consommation va continuer à baisser. Notre avenir est donc à l’export » a assuré Michel Chapoutier.

À l’export certes, mais pas seulement, car d’autres mutations ont été engagées.

Miser sur les outils de pilotage.

Pour remédier en partie à cela, et donner des bases objectives permettant de relever les défis identifiés, Guy Sarton du Jonchay, co-président de la commission économique d’Inter-Rhône, a ainsi profité de la conférence pour annoncer que « l’interprofession lançait une expérimentation, avec la campagne 2018-2019, de collecte et traitement de nouvelles données économiques. L’objectif est de disposer d’indicateurs économiques complémentaires, afin de disposer d’informations plus complètes et rapides, pour créer plus de valeur au sein de la filière rhodanienne ». Près de deux tiers du vignoble de la Vallée du Rhône est déjà cartographié, avec le SIG lancé en 20142. L’inventaire du potentiel de production ainsi réalisé sera « un tableau de bord stratégique pour anticiper l’avenir du vignoble ». Il donnera une image instantanée des parcelles plantées, des surfaces plantables et des zones perdues. « Déjà, nous visualisons la grande diversité des sols, avec des terroirs calcaires au sud, qui nous permettent de produire de grands blancs, et nous en avons bien l’intention ! »

Aujourd’hui, environ 300 000 hl de blancs sont produits, soit 10% de la production rhodanienne. « L’objectif est de progresser jusqu’à 15%, contre 25% de rosés et 60% de rouges. Réorienter nos vins est nécessaire. Il s’agit d’un chantier majeur pour l’avenir de la Vallée du Rhône, qui permettra de révéler nos grands terroirs à blancs, pour répondre à ces consommations croissantes », a expliqué Philippe Pellaton. Pour cela, le SIG est un des outils qui comptera : il permet en effet de répondre à un grand nombre de questions, au niveau de la parcelle : l’encépagement actuel, l’âge moyen des vignes, les types de terroirs, les climats, où ils s’expriment le mieux… Le SIG permettra d’identifier les zones de potentiel de production et aidera les opérateurs à sélectionner les parcelles à fort potentiel blanc lors de futurs plans de restructuration du vignoble.

 

Un service technique prospectif.

« Pour répondre à tous ces défis, le service technique de l’interprofession œuvre pour proposer à ses adhérents des outils pour s’adapter au changement climatique et maintenir une production stable », a précisé Guy Sarton du Jonchay : renouveler leurs techniques viticoles, leur matériel végétal, limiter les taux d’alcool des vins et maintenir des équilibres acides, anticiper les risques de déviations microbiologiques et de vieillissement prématuré des vins, réduire les intrants… « Il s’agit de transformer notre façon de travailler, dans le respect de notre typicité ». En particulier, pour soutenir le développement des blancs, rosés et effervescents, le service technique s’intéressera à une compréhension plus fine des marchés en définissant une typologie, un accompagnement technique pour réussir les styles recherchés avant de développer l’argumentaire !

Cécile Poulain


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