Viticulture : La filière au chevet du grenache

Publié le 22 décembre 2020

Le programme de recherche ‘Dep-Grenache’ cherche à appréhender « une approche globale sur le dépérissement du grenache ». (© C. Zambujo)

Si le grenache semble moins exprimer de symptômes du dépérissement, sa mortalité reste notable. Cépage emblématique de la vallée du Rhône, il convient donc de trouver des solutions pour le préserver, tant sa place dans les cahiers des charges des appellations est primordiale.

La syrah n’est malheureusement pas le seul cépage montrant des signes de dépérissement. Le grenache aussi, comme l’indique le suivi des maladies du bois mené sur le conservatoire de grenache installé sur le Domaine expérimental de Piolenc. « Entre 2014 et 2019, nous avons observé, en moyenne, entre 6% et 8% de symptômes sur le grenache. Mais +3% de mortalité par an. Cela peut sembler faible comparativement à d’autres cépages, mais lorsque l’on regarde plus finement les données, on se rend compte que la mortalité atteint 14% en cinq ans. C’est assez problématique », explique Marion Claverie, de l’Institut français de la vigne et du vin.

Face à ce constat, un nouveau projet de recherche a été intégré dans le cadre du Plan national dépérissement en juin dernier1. Intitulé ‘Dep-Grenache’, il cherche à appréhender « une approche globale sur le dépérissement du grenache ». D’une durée de trois ans (septembre 2020 – septembre 2022), ce programme est piloté par l’IFV, en partenariat avec trois caves coopératives – une dans le Vaucluse, une dans le Gard et une dans les Bouches-du-Rhône –, le Syndicat des vignerons des Côtes du Rhône et le Syndicat de la pépinière viticole du Vaucluse, « dans une démarche à la fois proche du terrain et des vignerons. L’objectif est aussi d’avoir des terroirs et des stratégies différentes entre les caves, en termes de sols, rotations, secteurs géographiques, et pas que de la monoculture de vigne ».

Trois ans pour mieux appréhender les causes

Ce programme se décline en trois axes : tout d’abord, l'évaluation des principales causes du dépérissement sur grenache. « Sur ce volet, nous allons également travailler avec les pépiniéristes viticoles, en étudiant plus précisément le dépérissement du porte-greffe 110R en vignes-mères : c’est un problème que les pépiniéristes nous ont signalé maintenant depuis plusieurs années. Ils observent en effet une hausse de la mortalité sur ce porte-greffe en vignes mères, sachant que c’est le premier utilisé sur grenache. Il a donc toute sa place dans ce premier volet de l’étude ‘Dep-Grenache’ » précise Marion Claverie, qui pilote le projet.

Dans une deuxième partie, un focus sera fait sur le grenache et les maladies du bois, afin de confirmer et mieux comprendre certains comportements de ce cépage, en comparaison avec un cépage de référence, le cabernet sauvignon. « Nous allons pour cela suivre les symptômes et la mortalité de ces deux cépages qui présentent en effet un comportement différent face au dépérissement : d’un côté, le cabernet a tendance à exprimer fortement les symptômes, mais avec un niveau de mortalité finalement bas et des conséquences agronomiques et économiques moins fortes ; à l’inverse, le grenache présente moins de symptômes, mais la mortalité est plus importante. Nous voulons quantifier tout cela. »

Curetage, recépage et taille évalués

Enfin dans une troisième partie, il s'agira de proposer aux vignerons des solutions pratiques pour freiner la mortalité et regagner de la productivité. Pour cela, une évaluation technico-économique de trois moyens de lutte contre les maladies du bois et leur efficacité sur le grenache sera faite. Elle mettra en comparaison trois méthodes reconnues : le curetage, le recépage et la taille.

« L’objectif ici est de proposer, à la fin du projet, les solutions adaptées au grenache », reprend Marion Claverie, consciente qu’il n’y aura pas de solutions miracles à proposer au terme de l’essai : « Nous savons qu’il existe des résultats sur la combinaison curetage et recépage. Il nous faut maintenant les préciser, car nous observons par ailleurs sur le terrain un retour des symptômes sur les ceps, quelques années après les interventions. Mais on retarde quand même le dépérissement. De même, nous savons que la taille a un effet : en taillant, on fait des plaies qui sont des portes d’entrée aux maladies et qui engendrent du bois mort, c’est-à-dire de quoi nourrir les champignons. Il nous faut donc compiler des observations sur ces trois leviers que sont la taille, le curetage et le recépage, et les effets de leur combinaison ».

Une grande partie de ces travaux sera menée sur le Domaine expérimental de Piolenc, qui servira également de support d’évaluation à un essai intitulé ‘Bourgeons’. « Nous voulons ici voir la pertinence de l’ébourgeonnage sur la baisse des symptômes de maladie du bois », explique Marine Galanopoulo, conseillère viti de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Céline Zambujo

(1) Lire le Vaucluse Agricole du 19 juin 2020, page 8.


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