Viticulture durable : Le Dephy de la biodiversité

Publié le 20 mai 2019

Le groupe Dephy Ferme viticulture, animé par Éric L’Helgouach, de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, a été créé en 2010 pour réduire les traitements phytosanitaires

Les vignerons partenaires et conseillers de la Chambre d’agriculture ont fait le point sur la démarche de réduction des intrants en Vaucluse, fin février, au lycée viticole d’Orange. Échanges d’expériences, visite du Château Mongin et présentation d’un bilan encourageant étaient au menu de la journée.

Le plan Écophyto II a démarré en 2008 en région Paca. En dix ans, l’évolution des ventes montre une réduction de l’emploi des produits phytosanitaires hors biocontrôle de 14% concernant les fongicides, 12% pour les insecticides et 7% pour les herbicides. Ces résultats sont d’autant plus intéressants que les fongicides constituent les trois quarts des substances actives vendues dans la région. « Cette évolution à la baisse des quantités de substances actives est encourageante, alors que le nombre d’espèces de bioagresseurs est croissant dans le contexte du réchauffement climatique », a présenté Alice Dubois, de la Draaf, lors d’une réunion rassemblant des membres du groupe Dephy Ferme, au lycée viticole d’Orange.

La nouvelle déclinaison II+ du plan Écophyto s’articule selon six axes : faire évoluer les pratiques, améliorer les connaissances et les outils et encourager la recherche et l’innovation, évaluer les risques et les impacts, accélérer la transition vers l’absence de recours aux phytos dans les jardins, espaces végétalisés et infrastructures (JEVI), décliner les politiques publiques sur les territoires et filières, enfin communiquer et mettre en place une gouvernance simplifiée pour agir de manière transversale.

Pour faire évoluer les pratiques et faciliter le recours au biocontrôle, aux PNPP et CEPP, les leviers sont à la fois sur le matériel, les semences et les plants, les outils d’aide à la décision… Ainsi, dans le registre national des CEPP, 49 fiches-actions ont été produites et 19 fiches concernent la vigne. On y trouve des fiches sur les maladies fongiques, les insectes ravageurs…

Objectif : 2000 ferme d’ici 2021 en Paca

« Le défi est désormais de valoriser, et déployer auprès du plus grand nombre, les techniques et systèmes économes et performants qui ont fait leurs preuves » poursuit Alice Dubois. Car l’objectif national est fixé : atteindre 30 000 fermes accompagnées dans la transition vers l’agro-écologie en France, à bas niveau de produits phytopharmaceutiques à l’horizon 2021. Actuellement, la région compte six groupes de ces ‘fermes 30 000’. Le dispositif est appelé à se développer. « Il s’agit de mettre en œuvre ce qui a été prouvé par les groupes Dephy. En région Sud Paca, l’objectif est d’atteindre 2000 fermes d’ici 2021. » Dans le cadre de Dephy Expé, un nouvel appel à projet est en cours pour sélectionner les projets qui prendront la suite de ceux terminés en 2018.

Résultats locaux intéressants

Le groupe des vignerons pionniers de Châteauneuf-du-Pape, Orange, Richerenches et Visan reste volontaire pour tester des pratiques plus économes en intrants (lire encadré). « L’IFT moyen, en 2016 était à 15,3 (20 traitements) avec 80% de fongicides, 13% d’insecticides et 5% d’herbicides. Il a été réduit de 17% entre 2016 et 2017 », commente Éric L’Helgouach, ingénieur réseau de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Le point zéro a été réalisé sur trois ans, entre 2009 et 2011. Néanmoins, l’arrivée de la flavescence dorée et du black rot sont venus perturber les efforts. Toutefois, une stabilisation a été observée autour d’un IFT à 9 pour le groupe, avec des pics possibles comme en 2018. Ce résultat est donc inférieur à l’IFT de référence de 10,2 en région Sud. « L’IFT doit être considéré comme une photo de la campagne. Il n’a de sens qu’annuel » précise l’ingénieur. La moyenne nationale, selon agreste 2016 est de 12,7, sur une base déclarative.

« La limite du concept IFT, c’est qu’en réduisant l’emploi de certaines substances efficaces, nous augmentons le nombre de passages donc d’IFT, en particulier en agriculture biologique. L’indicateur ne reflète pas le progrès accompli », tempère un participant.

Cécile Poulain


ViticultureVin viticulture durable dephy intrants réduction phytosanitaires