Virus ToLCNDV : Nouvelle menace sur les Cucurbitacées

Publié le 15 décembre 2020

En cas de suspicion, les agriculteurs doivent avertir les services du Sral, qui se chargeront de procéder sur place à des prélèvements afin de confirmer la présence du ToLCNDV (© C. Zambujo)

Présent en Espagne depuis fin 2012 et dans un certain nombre de pays d’Europe et du bassin méditerranéen, le ToLCNDV (Tomato leaf curl New Delhi virus) continue de s’étendre. Il a été détecté pour la première fois cette année en France.

Originaire d’Asie, ce virus est de la même famille que le TYLCV (Tomato yellow leaf curl virus). Il se transmet via les insectes tels que l’aleurode Bemisia tabaci qui assimile le virus après 15 à 30 minutes au minimum et le diffuse durant plusieurs jours, infectant des plantes saines. La souche ‘méditerranéenne’ infecte principalement les Cucurbitacées, même si quelques cas ont été signalés sur tomate, poivron et aubergine.

On s’attendait à ce qu’il touche à plus ou moins court terme des cultures sur le territoire français. C’est chose faite. Plusieurs foyers de ToLCNDV ont été détectés dans le sud de la France (en régions Paca et Occitanie) en septembre dernier. Trois foyers ont été observés dans les Bouches-du-Rhône et un dans le Gard, sur des cultures de courgettes de plein champ en fin de saison.

« Sur courgette, au premier abord les symptômes peuvent sembler proches de ceux provoqués par le CMV, un virus présent depuis longtemps en France. Les crispations sont assez similaires. En revanche, les décolorations sont très différentes : mosaïques avec des taches jaunes très nettes pour le CMV, jaunisses plus généralisées pour le ToLCNDV. Chez les producteurs non avertis de la présence du ToLCNDV, la confusion est possible, et c’est ce qui a pu se passer sur certaines exploitations », expliquait Cécile Desbiez, spécialiste en virologie des plantes à Inrae, lors de la rencontre technico-économique ‘Melon Sud-Est’, le 18 novembre dernier. « La biologie des deux virus est différente, et le CMV est aussi beaucoup moins fort sur melon ; et sur d’autres Cucurbitacées (courgette, concombre), il existe des résistances dans certaines variétés commerciales. Le CMV fait aussi moins de dégâts sur fruits », précise-t-elle par ailleurs.

Une résistance à l’étude

Comme pour tous les virus des plantes, il n’existe pas de moyen de lutte connu pour guérir une plante infectée. Pour éviter sa propagation, la prévention est donc essentielle avec l’utilisation de matériel végétal ou de plants sains, en étant très vigilants dans les pépinières.

Le contrôle des populations de l’insecte vecteur est primordial et l’élimination des plantes malades obligatoire. Le signalement de ce virus réglementé implique la mise en place d’un plan de surveillance national. En cas de suspicion, les agriculteurs doivent avertir les services du Sral, qui se chargeront de procéder sur place à des prélèvements afin de confirmer la présence du ToLCNDV.

Face à ce ‘nouveau’ virus, le travail de sélection pour trouver des variétés résistantes est déjà en route dans différents pays, dans des laboratoires publics et chez des sélectionneurs privés. L’Inrae – qui travaille sur ce virus depuis déjà quelques années – a mis en évidence une résistance chez le melon qui implique au moins trois gènes. « Avant que les sélectionneurs puissent utiliser cette résistance dans leurs travaux, nous souhaitons vérifier si cette résistance a des chances d’être facilement contournée, ou pas, par le virus, avec des expériences en conditions contrôlées et confinées », rapporte Cécile Desbiez. Les mois prochains permettront de savoir si le virus a passé l’hiver et, en début de saison, des échantillonnages devraient le vérifier.

Attention aux ‘réservoirs naturels’

Dans tous les cas, la vigilance sera de mise au printemps dans les exploitations dans le contrôle de Bemisia et, autant que possible, sur le désherbage des parcelles et des abords : en effet, ce virus – qui infecte en plante cultivées surtout les Cucurbitacées – peut aussi se disséminer au travers d’un cortège important de mauvaises herbes et, parmi ces adventices, certaines sont très fréquentes en Provence, comme l’ecballium, le laiteron, la morelle noire, le datura, etc.

Autant d’hôtes qui, dans l’environnement des parcelles, peuvent se transformer en véritables réservoirs. Si le virus passe l’hiver, il y a fort à parier que ces plantes y contribuent.

Emmanuel Delarue


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