Vignerons indépendants : Rentrée studieuse et sujets majeurs sur la table

Publié le 26 septembre 2022

Thierry Vaute, président, Céline Barnier, Domaine Fontaine du Clos, et Pierre Saysset, directeur de la Fédération des Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône. (DR)

L’exercice est nouveau, mais Thierry Vaute, président des Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône, était heureux de s’y prêter, en compagnie de Céline Barnier, membre du bureau et vigneronne à Sarrians (Domaine Fontaine du Clos), et de son directeur, Pierre Saysset. En organisant une conférence de rentrée au Palais des vins, à Orange, l’équipe souhaitait faire passer des messages en interne et à l’attention de la filière.

“Depuis trois ans, nous travaillons d’arrache-pied pour aider nos pairs, mais ce travail de fond est passé un peu inaperçu, car nous manquons de communication. Nous avons démontré notre savoir-faire, aujourd’hui, nous devons le faire savoir”, lançait Thierry Vaute, président des Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône, lors de la conférence de presse de rentrée, organisée le 15 septembre dernier, au Palais des vins, à Orange.

Aux côtés de Céline Barnier, membre du bureau et vigneronne à Sarrians (Domaine Fontaine du Clos), et de son directeur, Pierre Saysset, le président a débuté en rappelant que “l’essentiel de nos missions aujourd’hui consiste à éplucher les textes et les directives, pour tenter d’alléger la charge administrative des entreprises. C’est notre ADN, ce qui permet aux viticulteurs de se consacrer véritablement à leur métier, et pas à produire du papier. On ne peut pas faire de bon vin si on a la tête encombrée par une nouvelle réglementation”.

Comme il se plaît à le rappeler, tous les acteurs de la fédération sont des vignerons avant d’être des représentants du syndicat de défense. “C’est bien ce qui nous donne du crédit : on a les mains dedans !” plaisante-t-il, lesdites mains encore imprégnées des vendanges qui s’éternisent. “On ne délègue rien des missions importantes de nos métiers”, poursuit-il, soulignant que la fédération était là pour résoudre les problématiques administratives des exploitations, afin de dégager du temps pour que le vigneron soit concentré sur son métier.

Remplacer la moyenne olympique par le potentiel de production

Deuxième fédération départementale de France derrière l’Aude, la Fédération des Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône compte 400 domaines adhérents en Vaucluse (sur environ 500), pour une production située entre 430 000 et 450 000 hectolitres en moyenne... sauf l’an dernier, où le gel d’avril l’a fait chuter à 300 000 hl. “Les dernières années ont été compliquées, mais notre lobbying régional et national a permis de faire entrer la viticulture dans le secteur SE1 bis, ce qui a permis de bénéficier de soutiens particuliers de l’État lors du Covid. Pendant la crise sanitaire, nous avons également mis en place des mini-quilles et des présentations Facebook live, pour soutenir la commercialisation de nos domaines affectés par la fermeture des restaurants”, donne-t-il comme exemple d’actions menées ces derniers mois pour soutenir l’économie des adhérents de la fédération.

Alors que le monde s’est rouvert, les défis n’en restent pas moins prégnants, à l’image de la sécheresse, de la problématique de l’eau, de l’augmentation des charges, ou encore du dossier de l’assurance récolte, qui a mobilisé la filière ces derniers mois. “Nous avons accueilli avec satisfaction les annonces du président de la République lors de Terres de Jim, et la fixation du seuil d’intervention de la solidarité nationale à 50 % des pertes en grandes cultures et viticulture. Mais le point de blocage pour nous reste la moyenne olympique, rédhibitoire. Tant que ce verrou n’aura pas sauté, la réforme est un non-sens, alors que nous avons de plus en plus de mauvaises années, entre le gel, la grêle, les problèmes sanitaires. Il faut avancer et vite, car nous constatons une vague importante de désassurance ces derniers mois, accélérée par l’augmentation des charges. Or, si cette moyenne est régie par l’OMC et les accords de Marrakech, nous voyons une fenêtre d’espoir, dans la mesure où l’Espagne n’y est pas soumise et où les USA s’en affranchissent.” Supprimer cette moyenne olympique et la remplacer par le potentiel de production. Voilà la solution pour les VI. “La moyenne enlève la capacité du vigneron à aller au-delà de son potentiel. Au contraire, nous demandons à être en phase avec ce potentiel de production, et que l’assurance risque s’appuie dessus.”

Pour Thierry Vaute et ses pairs, il faut désormais avancer vite et bien, d’autant que la nouvelle récolte entre dans les caves et qu’elle est finalement bien meilleure qu’attendue. “La vigne a bien résisté, mais les équilibres seront différents de l’étalon de 2003, avec des acidités et des pH différents. Nous aurons sans doute un millésime qui sera moins sur la garde, mais les volumes devraient avoisiner les 430 000 hectolitres en Vaucluse cette année, avec un bon état sanitaire, hormis pour celles et ceux touchés par la grêle”, détaille Pierre Saysset.

Alléger l’impôt de production

Autre problématique à résoudre rapidement : l’augmentation des charges évaluée en moyenne en cette mi-septembre à +30 %. “On fait le siège de Bercy”, résume Thierry Vaute, soulignant que les vignerons avaient déjà augmenté “une à deux fois” leurs tarifs cette année, tout en prenant une partie de l’augmentation en charge. “Nous tentons d’expliquer aux politiques que l’ensemble des contraintes imposées à la viticulture doit être allégé, en particulier ce qui touche à l’impôt de production, pour que les entreprises recouvrent un peu de marge.” Car selon lui, 2 % des entreprises viticoles ayant contracté un Prêt garanti d’État auraient des soucis à le rembourser. “La difficulté, c’est que beaucoup d’entreprises ont des capacités d’amélioration de leur outil de production handicapées, que ce soit par le remboursement d’emprunt, l’inflation ou le ralentissement économique constaté ces derniers mois.” En cela, la filière demande au moins “un étalement sur dix ans des PGE” (contre six aujourd’hui, ndlr), résume Thierry Vaute.

Sur l’augmentation des charges, la problématique du verre se distingue et inquiète : “La viticulture n’est pas le secteur le plus rentable pour les verriers qui se désengagent, ferment des lignes de production. On a un double effet ciseau : augmentation des prix et baisse de production, avec des ruptures sur certains produits. On avait déjà une augmentation de 30 % en février, alors que la guerre en Ukraine n’avait pas démarré. Donc des augmentations de prix ont été faites sur des produits en stock...”, râle le vigneron.

Évoquée, l’option ‘consigne‘ ne fait pas forcément l’unanimité parmi les Vignerons indépendants. “Le verre est déjà recyclé à plus de 86 % et si on recycle encore, il va falloir homogénéiser encore plus. En Vaucluse, deux tiers des entreprises viticoles sont en bio ou certifiées, et nous avons besoin de mettre en avant nos spécificités”, lance Thierry Vaute, tandis que Céline Barnier souligne que, comme le vrac, cela soulève d’autres interrogations sanitaires.

Céline Zambujo


ViticultureVI Orange installation œnotourisme gel risque