Vignerons indépendants de la vallée du Rhône : Réflexions sur l’agribashing

Publié le 21 février 2020

Eddy Fougier, politologue spécialiste de l’agribashing, appelle le monde agricole à dépassionner le débat et à « multiplier les occasions d’aller au contact direct des consommateurs ».

« Comment sortir de la spirale de la peur et de la frustration ? » Jeudi 6 février, à Travaillan, les Vignerons indépendants de la vallée du Rhône réunis en assemblée générale, y ont réfléchi avec Eddy Fougier, spécialiste de l'agribashing. Thierry Vaute, président, et Bertrand Gaume, préfet de Vaucluse, gardent bon espoir d’y parvenir, avec les chartes de riverains.

« J’ai bon espoir avec les chartes de riverains en Vaucluse » déclare Thierry Vaute, aux Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône, réunis en assemblée générale ce 6 février à Travaillan. En effet, les Vignerons indépendants de France s’associent au travail de concertation autour du sujet des Zones de non-traitement, lancé par la FNSEA. Les discussions progressent, « cela devrait nous mettre à l’abri des dérives » espère le président.

Politologue, spécialiste de la question de l’agribashing, Eddy Fougier a rédigé un rapport sur ce thème pour la FNSEA Grand Bassin Parisien, en 2018, avant que le sujet ne fasse débat sur la place publique. D’ailleurs, ‘Malaise à la ferme’ publié le 13 février, est un ouvrage basé sur ce rapport. « Sur ce sujet émotionnel qui provoque des réactions excessives, j’ai voulu analyser ce phénomène de société le plus froidement possible. » Invité par les Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône, il a exposé ses principaux enseignements, avant de répondre aux questions de la salle. Tout d’abord, ce dénigrement n’est pas spécifique à l’agriculture : « Il concerne tous les secteurs aujourd’hui dans l’espace public et les médias », citant pour exemple, ce nouveau phénomène de honte de voyager en avion. En revanche, « seule l’agriculture a réussi à porter le message dans l’espace public ». De plus, ce ‘bashing’ existe dans d’autres pays, constate l’intervenant, ayant été sollicité pour une conférence de ce type en Belgique.

L’agribashing, quèsaco ?

Alors, déjà, redéfinissons ce qu’est l’agribashing. Ce n’est pas critiquer des techniques agricoles, ni faire l’éloge du bio. Non, c’est critiquer « systématiquement et outrancièrement ». C’est s’appuyer sur des ‘fake news’, de la ‘fake science’, c’est-à-dire de fausses informations, pour disqualifier. C’est inciter à commettre des actes malveillants, ou des incivilités, comme le survol d’un drone pour surveiller des parcelles… « Or tous ces comportements génèrent une insécurité dans le domaine public, et passent aujourd’hui dans l’espace privé » constate l’expert.

Cette évolution semble désormais structurelle. « La critique s’est élargie : elle est plus radicale, plus visible, plus intense, et a des conséquences concrètes ». Des médias s’engagent, avec une vision ‘à charge’. Des agriculteurs sont victimes de groupes radicaux, avec des intrusions, des dégradations et destructions de leur outil de production. « Il y a eu une mutation des critiques », poursuit Eddy Fougier : dans les années 1990, elles ciblaient les OGM. Depuis 2015, elles touchent tous les produits phytosanitaires et maintenant l’élevage. « Or, c’est la base de l’agriculture. »

Pas d’amalgames

Les messages transmis par les médias assimilent la demande sociétale à ‘plus de bio, de circuit court et de flexitarisme’. Or, c’est une attente de 20 à 30% seulement de la population Ce discours ne reflète donc pas la réalité, dans laquelle les consommateurs ont des attentes et des comportements très divers, argumente l’expert. D’autant que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les agriculteurs restent très populaires, soutenus par 74% de la population selon le sondage Ifop 1999. En témoigne d’ailleurs le succès du film d’Édouard Bergeron, ‘Au nom de la Terre’, avec ses deux millions d’entrées. Eddy Fougier rappelle aussi que les réseaux sociaux ne sont pas adaptés pour communiquer vers le grand public : « Facebook et Twitter répondent plutôt à une logique de clan, de meute ». Il appelle à la vigilance les agriculteurs qui les utilisent, pour qu’à leur tour, ils ne fassent pas d’amalgame dans leurs propos entre « les citoyens lambda, Élise Lucet, ou les associations environnementales ».

Heureusement l’agribashing a aussi eu des bienfaits ! « Les agriculteurs ont repris la main sur leur communication », en particulier sur les réseaux sociaux, comme ‘Thierry Agriculteur d’aujourd’hui’, l’éleveur Étienne Fourmont ‘youtubeurre’, le collectif France Agri Twittos, ou #iciLa Terre, qui a lancé un numéro Vert. Sans oublier la marque ‘C’est qui le patron ?’ Bref, ça évolue !

Pour dépassionner le débat, Eddy Fougier préconise aussi de créer « un sas collectif de décompression », sur le modèle du Science Media Center en Angleterre, un « lieu crédible » pour le citoyen légitimement en quête de réponses. La presse agricole s’est, elle aussi dans cet esprit, récemment organisée pour combattre les idées reçues avec le site internet Decodagri.

Cécile Poulain


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