Ventoux : Claire Di Meglio, l'épicière mobile

Publié le 21 novembre 2022

Au quotidien, Claire Di Meglio défend les produits locaux, fabriqués avec soin. (PN)

Comme tant d’autres personnes, Claire Di Meglio a changé de voie professionnelle à la quarantaine. Professionnelle expérimentée de la logistique, elle est devenue… épicière mobile. Histoire d’une reconversion passionnée.

Claire Di Meglio, c’est une conviction faite femme. Un grand sourire, une envie de partager affichée d’entrée de jeu. Un regard qui se plante droit dans le vôtre, sans agressivité, mais sans ambiguïté : elle croit en son projet. "J’ai passé presque vingt ans de ma carrière professionnelle dans les métiers de la logistique, aussi bien dans l’industrie, la grande distribution, le négoce. J’étais plus particulièrement spécialisée dans la gestion des stocks, et la gestion d’entrepôts. Mon dernier poste était dans une petite entreprise, dans laquelle j’étais en charge de la structuration et de l’organisation de l’entrepôt, dans le secteur de l’événementiel. Mais pas de chance, je suis arrivée dans cette entreprise un an avant l’arrivée de la Covid 19 !" Alors, un licenciement s’annonce : mais il est aussi le signe qu’il faut "passer à autre chose".

Trouver du sens à son travail

"En fait, avant d’intégrer cette petite entreprise d’événementiel, j’étais dans un grand groupe. Cela faisait déjà plusieurs années que je ne me retrouvais plus dans ce qu’on attendait de moi. J’étais cadre, j’étais donc censé porter des valeurs d’entreprises avec lesquelles je n’étais plus en accord. J’ai donc démissionné pour aller dans une petite entreprise de l’événementiel. Et puis le Covid est arrivé, et il a fallu que je change mes plans."

Comme d'autres, elle envoie CV et cherche la perle rare. "J’ai essayé de retrouver un emploi salarié. Mais j’étais à chaque fois confrontée à ce problème de valeurs qui ne me correspondait pas. En tant que consommatrice, j’essayais tant bien que mal de consommer du local, de consommer du bon. Il y avait quelque chose qui m’interpellait là-dedans." Heureusement pour elle, cette fois, la chance penche de son côté : "Il y a eu un alignement de planète, la crise du covid, un licenciement économique qui me permettait re-rebondir vers autre chose."

Un magasin de producteur… mobile

Au départ, Claire part sur l’idée de créer un magasin de producteur. "Mais mon dernier job avait une dimension itinérante, à laquelle j’ai pris goût. Alors je me suis dit que ce n’était pas un magasin de producteur dont j’avais envie, mais d’un camion ! " Elle contacte d’abord le RILE – une pépinière d'entrepreneurs qui propose un accompagnement personnalisé dans la durée aux créateurs d'entreprises sur la région autour de Carpentras. Puis, lorsque le besoin de financement se fait jour, Initiative Ventoux. "J’y ai trouvé un accompagnement personnalisé, et j’ai pu faire aboutir mon projet, y compris dans son financement."

C’est ainsi qu’elle peut acheter Nans. Car le nom de son épicerie mobile, c’est 'Nans et Pimprennelle'. Nans, c’est le camion, son nouvel outil de travail : "Je voulais quelque chose qui parle aux personnes âgées. Mais je voulais aussi ne pas faire trop localo-local." Quant à Pimprenelle, "c’est le surnom qu’on m’a donné dans le petit monde la logistique. C’est un monde d’homme, il ne faut pas se le cacher. Je suis la nana qui ne s’en laisse pas conter, souriante mais décidée. Et puis, c’est aussi une plante méditerranéenne !"

Neuf villages desservis

Elle démarre son activité en mai 2022, dans neuf villages du Vaucluse : Modène, Monieux, Le Beaucet, Le Thor, Blauvac, Saumane, Travaillan, Saint-Roman-de-Malegarde et Gigondas. Des villages qu’elle a choisis parce qu’ils n’avaient aucun magasin d’alimentation local. Dans un certain nombre de villages, elle s’installe à plusieurs endroits différents. "Les choses ne sont pas toujours faciles. C’est très disparate, ça dépend d’un village à l’autre. Et parfois, dans un même village, il y a un point de vente qui fonctionne, et un autre qui ne marche pas du tout ! Je ne suis pas une supérette de 400 m², j’ai essentiellement de l’alimentaire, un peu de savon, quelques produits ménagers, mais c’est tout." Car dans son projet, elle a choisi de se limiter à environ 250 références. "Je me rends compte que beaucoup de gens ont des habitudes : tels produits, de telles marques et à tels prix. Et moi, ma réflexion, c’est de proposer des produits qui sont sains, mais pas forcément les plus connus. Je veux aussi faire découvrir des producteurs. Forcément, ce que je propose ne peut pas plaire à tout le monde, je le comprends bien."

Des producteurs choisis avec soin

Car Claire défend les produits locaux, fabriqués avec soin : "Je ne fais pas que du bio : je fais avant tout des bons produits. S'il n’y a pas le label bio, je m’en moque. En revanche, chacun des producteurs qui est présent dans ce camion, je le connais, et je sais comment il travaille.' Il faut dire que l'entrepreneure est allée les voir un par un. "Ce sont même, pour un bon nombre, devenus des amis. Je prends une marge sur leurs produits, c’est normal, car il faut payer le déplacement, le carburant, et puis tout simplement mon travail. Parfois bien sûr il y a des gens qui trouvent que je suis plus chère que le supermarché du coin. Mais quand ils réalisent que leur supermarché ne vient pas sur la place de leur village, alors ils réfléchissent !"

Pierre Nicolas, CLP


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