Vendanges : qualité prometteuse malgré une récolte historiquement basse

Publié le 11 octobre 2021

Dans de nombreuses exploitations vauclusiennes, les vendanges se poursuivaient encore début octobre. (© ML)

2021 aura décidément été l’année de tous les aléas pour les vignerons. Gel, manque de luminosité, sécheresse estivale, inondations, épisodes de grêle… Les viticulteurs et la filière ont dû s’armer de patience pour ce millésime en devenir. Avec une récolte diminuée dans l’ensemble du vignoble, 2022 peut faire peur. Mais la qualité du vin s’annonce tout de même à la hauteur des espérances.

Elles pourraient avoir l’air tardives, mais après cinq années de récoltes précoces, les vendanges 2021 retrouvent en réalité des dates plus traditionnelles. "Les vignerons et négociants du deuxième plus grand vignoble d’AOC français ont commencé à récolter le raisin lundi 30 août, soit environ dix jours plus tard qu’en 2020", en atteste Inter Rhône. Au 30 septembre, à part TerraVentoux, aucune autre cave n’avait encore fait savoir qu’elle avait terminé ses vendanges à la Fédération vignerons coopérateurs de Vaucluse (FVCV). Le 4 octobre, pour leur 21jour de vendanges, les vignerons du Mont Ventoux annonçaient, par exemple, avoir rentré environ 33 200 hectolitres et prévoyaient encore une semaine de travail pour atteindre les 4 500 000 kilogrammes de raisins. Finalement, aux premiers jours d’octobre, la plupart des caves vauclusiennes étaient encore à la mi-récolte.

La grosse interrogation qui pesait sur tout le vignoble, depuis avril, révèle donc enfin quelques éléments de réponses : quelles conséquences du gel dans le Vaucluse ? Malgré un bilan qui restera dans tous les cas désastreux, l’impact est un petit peu plus faible qu’envisagé pour certaines parcelles, "sauf du côté de Caromb et Mazan, où les pertes étaient estimées à 40 % et sont finalement plutôt de l’ordre des 50 %", explique Joël Choveton, président de la FVCV. Aussi, des caves qui n’avaient pas été trop touchées par le gel ont subi la coulure et la grêle ces derniers jours, ce qui confirme ce qu’avançait Inter Rhône dans son bilan 'Vendanges' de septembre-octobre : "Le vignoble est sain, et les pluies du printemps ont conduit à une pression très faible vis-à-vis du mildiou qui est restée discrète. Certains grenaches sont toutefois affectés par la coulure, ce qui pourra avoir une incidence volumique sur la récolte". Bien que les données des caves comme Sainte-Cécile ou certaines du côté Luberon soient encore en attente, la récolte restera assez basse et les caves, toujours déficitaires en volumes. "Une chose est sûre, c’est qu’on ne fera pas au-dessus du million d’hectolitres cette année", déclare fatalement le président de FVCV.

Du côté des vignerons indépendants aussi, les déclarations de récoltes sont encore loin d’être faites. "Les pertes moyennes sont d’environ 50 % pour le département, avec des caves particulières qui arrivent parfois à 80 % de pertes", confirme Pierre Saysset, directeur de la Fédération des vignerons indépendants de la Vallée du Rhône, prenant l’exemple d’une cave adhérente vinifiant habituellement 13 cuves, et qui n’en rentrera qu’une seule cette année. En 2020, sur toute la Vallée du Rhône, les vignerons indépendants avaient rentré près de 3,8 millions d’hectolitres pour une récolte à 90 %. Avec 50 % de perte cette année, la situation s’annonce dramatique. "Je crois que le mot 'résilience' a été inventé pour les vignerons, mais là je pense que ce n’est plus assez fort, il va falloir trouver autre chose", déclare Pierre Saysset.

Belle qualité en perspective

"Au début, nous avons eu quelques inquiétudes quant à la couleur. Mais finalement, ça se passe bien en cuve et elles sont belles", rassure Joël Choveton quant à la qualité attendue. D’après un bilan de l’ICV du 30 septembre, alors que les teneurs en anthocyanes facilement extractibles augmentaient en moyenne de près de 20 %, la proportion des tanins provenant des pépins a diminué au profit de ceux de la pellicule, plus qualitatifs. "Si les maturités phénoliques ne sont pas à leur optimum, elles sont néanmoins très honorables et supérieures à la moyenne de récolte des dix dernières années. Les vins présentent des équilibres différents de ceux auxquels nous sommes habitués en Vallée du Rhône, avec des concentrations en sucres assez faibles, des acidités plus élevées et, malgré tout, des potentiels de couleur et aromatiques bien présents", explicite l’institut.

Particularité du millésime 2021 : pas de gros degrés en prévision. "Nous avons eu de grosses pluies notamment sur certaines zones deux fois 70 millimètres ces derniers jours et pas de mistral. De fait, nous aurions aimé pouvoir attendre encore pour la maturité, mais vu les nouvelles pluies annoncées, ce n’était plus possible d’attendre au regard de l’état sanitaire", explique le président de la FVCV. Avec des pluies hebdomadaires importantes, l’état sanitaire tend effectivement à devenir préoccupant, et des sous ou surmaturités risquent de compliquer le travail des cépages rouges, toujours selon l’ICV. Même les parcelles à faible degré potentiel, à petite charge et jusqu'alors saines, commencent à décrocher face à une impressionnante sortie de Botrytis. Pour Joël Choveton, "c’est une chance qu’avant ces fortes pluies, une partie des parcelles les plus chargées aient déjà été rentrées". "C'est un millésime de vigneron qui demande du ressenti et de savoir-faire, des choix pour définir les parcelles à récolter, d'anticiper la pluie, d’oser les bons paris pour gérer la surmaturité décalée", résume Laurent Brusset, vigneron à Cairanne. Alors que les vendanges s’achèvent dans la plupart des domaines, tout se joue dorénavant dans les caves.

Pour une année 2022 blanche de charges

Vu cette récolte historiquement basse, la mobilisation pour la recherche d’aides ne peut quant à elle attendre la fin des vendanges. "Nous avons rencontré dernièrement le sénateur Milon, car les caves coopératives n’auront pas beaucoup de volumes, mais toujours autant de charges. Comme à chaque fois, le milieu agricole doit se battre deux fois plus que les autres pour obtenir des aides", dévoile Joël Choveton. Une année difficile en prévision pour 2022 du point de vue des finances donc.

"Les vignerons indépendants font souvent du vrac pour la trésorerie, et la bouteille est un petit plus. L’année prochaine, on n’aura pas la trésorerie, le peu de vin ira à la bouteille", détaille de son côté le directeur des Vignerons indépendants de la Vallée du Rhône. "Nous allons nous retrouver avec notre remboursement de l’endettement et celui du Prêt garanti d'État (PGE). Mais il n’y a pas assez de récoltes pour amortir tout ça. Nous sommes en train de demander un allongement du PGE à dix ans, ce qui nous permettrait de bénéficier d’une année blanche en 2022 et d’un report des indemnités, à taux zéro, à la fin du prêt. C’est la mesure la plus pertinente pour répondre à cette crise", poursuit-il. Une bataille à mener conjointement avec la récolte et la vinification, dorénavant lancée dans les différents chais du département.

Manon Lallemand


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