Valréas : deux mois après, triste constat

Publié le 28 juin 2021

Le 10 juin dernier, vignerons et élus ont fait le point sur le terroir viticole de l'Enclave des conséquences du gel d'avril dernier.

Le gel historique de la nuit du 7 au 8 avril dernier a frappé fort dans l’Enclave. De 70 à 100 % en plaine, 30 % sur les coteaux, à tel point que les vignerons redoutent, outre les pertes de récolte, des pertes de fonds. Une réunion bilan se tenait le 10 juin dernier sur le sujet.

À l'initiative du Syndicat des vignerons de Valréas, présidé par Frédéric Barnier, une trentaine de vignerons, élus et représentants des organisations professionnelles agricoles, banques et assurances, s'est retrouvée jeudi 10 en début d’après-midi pour constater les dégâts et faire le point sur les aides disponibles, suite au gel historique qui a touché la France en général, et le Vaucluse en particulier, la nuit du 7 au 8 avril dernier.

Plus éloquente qu’un long discours, la vision in situ de la faible végétation au Château la Buissonne, sur l’exploitation de la famille Barnier à Valréas, et l'importance de coursons secs sur les porteurs ont frappé les esprits, confirmant la gravité et l’étendue du sinistre. "Sur cette parcelle de grenache de 11 hectares qui a 30 ans, la température est descendue entre -5°C et -6°C. Un tiers de la végétation ne va sans doute pas redémarrer, beaucoup de corsons sont secs. Toutes les vignes sont impactées, à des degrés divers, et l'on voit que certaines souches sont affaiblies", constate Nicolas Barnier. "Les vignes ont pris dix ans", poursuit Frédéric Barnier, pointant du doigt trois facteurs d'influence : l'âge de la vigne, la taille et le cépage ou encore le porte-greffe. "Les grenaches sont les plus sensibles, les syrahs et mourvèdres ont mieux résisté. On voit que, sur les vieux ceps, la végétation repart moins que sur des ceps plus jeunes. Mais ce n’est pas toujours le cas, cela dépend aussi des cépages", relance Nicolas.

Pour le président du Syndicat des vignerons, le phénomène est loin d'être conjoncturel : "C’est plus profond que le gel, cela va impacter aussi les prochaines années. Le fond du problème, c’est l’avenir. Mais dès maintenant, même avec le gel il y a beaucoup de travaux à faire et il va falloir un soutien important sur ces exploitations".

Pas d'année blanche

Comme le rappelle Pascal Invernon, de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, les réactions ont été rapides. "Face à ce gel jamais connu, nous avons créé immédiatement une cellule 'gel'". Puis, il a fait le point sur les mesures pouvant être immédiatement mobilisées, à commencer par l'abattement sur le foncier. "Mais il y a tellement de demandes qu’il y aura un traitement collectif. Reste que ces mesures sont pour les propriétaires. Selon les services des impôts, vous pouvez attendre d’avoir le dégrèvement pour payer vos taxes foncières. Et compte tenu du gel exceptionnel de cette année, la viticulture rejoint le régime des calamités pour les pertes de récolte dont elle était exclue depuis 2011, mis à part les pertes de fonds toujours en vigueur".

Du côté de la MSA Alpes Vaucluse, on se veut aussi rassurant : "Nous mettrons en place des échéanciers pour les cotisations, avec un étalement jusqu’à 36 mois". Quant au Crédit Agricole, là aussi, des mesures ont été prises, à commencer par la mise en place de pauses sans frais pour incidents climatiques pouvant aller jusqu’à 24 mois. "On prévoit la mise en place prêts amortissables, de court ou moyens termes, pour les besoins en fonds de roulement. On pourra même aller jusqu’à la consolidation de structures, si le besoin s’en fait sentir, ou bien encore l’extension du Prêt garanti par l'État (PGE) pour lesquels vous êtes éligible" a souligné le représentant de la banque verte. De son côté, le Crédit Mutuel insiste sur le PGE et "le rééchelonnement de prêts, comme cela a pu être fait lors de la crise sanitaire". Enfin, la Coopérative Provence Languedoc aussi n'est pas en reste, annonçant "être à l'écoute et réétudier des prêts de campagne, au cas par cas. Il va falloir sans doute penser à la perte de fonds, sinon on va laisser du monde au bord de la route".

Ne pas hésiter à parler

Du côté des professionnels, les mines sont graves. Ainsi, Philippe Faure, secrétaire général du Syndicat des Côtes du Rhône, craint le pire : "L'État avait pris des engagements dans l’Aude : on nous avait annoncés des années blanches au niveau de la MSA. Maintenant on nous dit que non. On a débloqué des fonds pour cette crise sanitaire, il faut en débloquer aussi pour la viticulture sinistrée. Il faut que l’on obtienne ces aides, sinon il faudra avoir des actions plus dures", interpelle le vigneron qui ne décolère pas, tout comme Sophie Vache, présidente de la FDSEA : "On s’attendait à une année blanche avec la MSA, ce n’est pas le cas, nous ne lâchons pas l’affaire. Nous avons bon espoir d’avoir un PGE 'Gel'. Il faut utiliser toutes les aides existantes. Sachez que les pertes de fonds rentrent dans les calamités. Avec ces coups durs, certains peuvent craquer. Il faut que les agriculteurs en difficulté n’hésitent pas à en parler. Vous pouvez prendre contact, il y a des dispositifs d’aide. Signalez des amis ou des voisins en difficulté, il faut être solidaire", insiste la vigneronne. Un système à faire évoluer rapidement, souligne Bruno Bouche, président des JA 84. "L’avenir n’est pas radieux et nous comptons sur tous nos élus. Pour demander une année blanche, notre prochaine manifestation se fera devant la MSA".

Enfin, Joël Choveton, président de la fédération des caves des vignerons coopérateurs de Vaucluse, et Pierre Saysset, directeur à la Fédération des Vignerons Indépendants, ont conclu la liste des attentes professionnelles. Le premier a annoncé qu'avec la Confédération Bourgogne-Jura-Vaucluse (créée en 2018), "nous avons demandé la possibilité de constituer des réserves pour aléas climatiques, que l’on pourrait déclencher au-dessus d’un certain niveau de pertes, par exemple 30 %". Les Vignerons coopérateurs de Vaucluse ont également annoncé qu'avec moins de 50 % de la récolte, ils avaient "fait une demande spécifique portant sur des reports d’amortissement". Enfin, Pierre Saysset, directeur à la Fédération des Vignerons Indépendants, a relayé les inquiétudes des VI, en particulier le niveau "largement insuffisant" des aides annoncées, tant au niveau national que régional. "En ce qui concerne les assurances, le système tel qu’il est ne correspond pas aux besoins des exploitations. Nous travaillons au niveau national pour le faire évoluer".

Francis Pabst, CLP


ViticultureCôtes du Rhône, villages et crusGel avril viticulture calamités arboriculture pomme poire abricot pêche nectarine prune