Valréas : asperges et vente directe, ou comment diversifier la production

Publié le 27 avril 2021

Dans les champs de Florian Duc, sur 1,5 hectare d’asperges, 30 ares sont réservés aux variétés vertes. (© ML)

Au Domaine de Reverchon, bien que la viticulture concentre l’essentiel de la production, voilà déjà 20 ans que l’on cultive des asperges. Lorsqu’il s’associe à son père, Régis, il y a 7 ans, Florian Duc a tout fait pour donner la part belle à ces petits légumes. Focus.

Après un BEP agricole, un bac pro et un BTS, le tout dans le domaine de la vigne et du vin, Florian Duc semblait avoir choisi sa spécialité. Mais lorsqu’il s’associe à son père, Régis, les autres cultures se sont également imposées à lui. Alors que le domaine ne s’étendait que sur une dizaine d’hectares il y a 20 ans, sa superficie a depuis été multipliée par six. Aujourd’hui, bien qu’elles représentent le gros de la production, les vignes partagent effectivement l’espace avec le lavandin, les fraises, les courgettes et les asperges, entre autres.

Certaines cultures sont quant à elle exclusivement réservées à la vente directe, notamment l'abricot ou la cerises. C’est d’ailleurs de ces derniers que le domaine tire son nom : en effet, s’il ne reste aujourd’hui que six cerisiers Reverchon chez les Duc, il s’agissait à l’époque du fruit le plus récolté en ces lieux. Le nombre d'arbres a diminué, mais l’appellation est restée, donnant finalement son nom à l’exploitation.

Le Domaine de Reverchon compte actuellement environ 1,5 ha du légume printanier, dont 30 ares de vertes. Mais le début de l’année 2021 a été une année de plantation : d’ici trois ans, les employés pourront commencer travailler sur de nouvelles parcelles, complétant la récolte actuelle qui s’élève à 100 kg par jour en moyenne, de début avril à début juin. "Pour les asperges vendues en grandes surfaces, il faut qu’elles restent très blanches. Alors, les producteurs posent des plastiques noirs filtrant chaque la lumière. Pour nous, à la vente directe, ce n’est pas dérangeant. Le plastique ne sert qu’à chauffer la terre pour accélérer la pousse, il est donc transparent", explique d’ailleurs le jeune agriculteur. Les vertes, quant à elles, absorbent volontiers les rayons du soleil, permettant à la chlorophylle de se diffuser dans la tige.

Revaloriser la production grâce à la vente directe

Depuis son arrivée, Florian Duc n’a eu de cesse de promouvoir la vente à la ferme. "Mon père faisait de l’expédition. Puis, on s’est aperçu qu’aux alentours du 15 mai, on ne voulait plus nous prendre d’asperges. Forcément, en Espagne, ça revenait moins cher aux distributeurs. Alors maintenant, on mise tout sur la vente directe à la ferme, les revendeurs sur les marchés et les primeurs", explique-t-il. Une solution qui fonctionne bien pour l’exploitation, encore plus en cette année placée sous le prisme du Covid-19. Avec le premier confinement l'an dernier, la vente a même explosé : "Il y a des gens qui venaient faire leur balade, c’est certain. Mais beaucoup étaient réellement là pour notre production. Par moments, il y avait la queue jusqu’au bout du chemin !" Si certains ont ensuite repris leurs habitudes initiales, d’autres ont transformé leur mode de consommation et sont devenus de fidèles clients. D’autant plus que l’agriculteur, également secrétaire des Jeunes Agriculteurs du Vaucluse, est actif sur les réseaux sociaux, une des trois clefs de la réussite selon lui, avec le bouche-à-oreille et un bon rapport qualité-prix.

Afin d’aller au bout de la démarche, la Ferme de Reverchon a également intégré cette année le réseau national ‘Bienvenue à la ferme’, qui promeut la vente en circuit court et l’accueil du public sur les exploitations agricoles (pour des séjours, des visites, de la vente de produits etc.). Label gage de qualité et bien connu de certains touristes, le petit logo fleuri attire l’œil et leur permet ainsi de bénéficier d’une nouvelle clientèle, tout en revalorisant les produits. "On ne fait pas de grosses productions : nous n’avons pas d’immenses parcelles, ce que l’on souhaite, c’est d'abord la reconnaissance du produit, d'autant que, contrairement à la Fraise de Carpentras, nous n'avons ni label ni appellation pour mettre en avant la production. C’est vrai que nos produits sont un peu plus chers pour toutes ces raisons. Mais les gens sont prêts à payer le juste prix pour une alimentation de qualité", poursuit Florian Duc. Une qualité dont la recherche est permanente. Le domaine s’inscrit donc également dans une démarche Haute valeur environnementale, et ses cultures bénéficient du troisième échelon du label, le plus élevé.

Diversifier les productions : le pari gagnant

En plus de la qualité, le jeune agriculteur et son père recherchent aussi la diversité. Pas de serres pour les asperges, ou de hors-sol pour les fraises. Ce qui compte au Domaine de Reverchon, c’est la juste quantité, adaptée à la vente directe. Une stratégie intéressante et d’autant plus pertinente qu’avec le changement climatique, tout miser sur une seule culture devient dangereux. "Avec la gelée du 7 au 8 avril, j’ai perdu 80 à 90 % de ma production sur les vignes, mis des bougies dans les cerisiers… Mes asperges, elles, ont grillé le premier jour. On a jeté 100 % de la récolte des asperges vertes, 50 % des blanches. Mais heureusement, deux jours après, ça repousse et on peut reprendre la récolte", explique Florian.

S’il a planté de nouvelles griffes en ce début d’année, le jeune homme ne compte pas s’arrêter là : "L’année prochaine, je pense aussi planter la variété ‘Rosalie’, une asperge pourpre que nous ne vendrions qu’en vente directe et éventuellement à des restaurateurs. C’est joli, ça fait de la décoration dans les assiettes". Reste maintenant à trouver le bon équilibre entre quantité et qualité, car plus de surface réclame également plus de main-d’œuvre.

Sur le domaine, quelques cerisiers et abricotiers permettent également à la ferme de compléter la vente directe. "L’idée est de nous permettre de nous diversifier. Nos cultures ne peuvent pas toutes être aussi importantes que celle de la vigne, alors quelques hectares par-ci, par-là, ça a un réel intérêt", indique le tenant des lieux. Un hectare de truffiers donne aussi chaque année. Mais en cette période de crise sanitaire, la valeur du précieux champignon a beaucoup baissé : "Non seulement la récolte n’a pas été importante, mais en plus, avec la fermeture des restaurants, nous n’avons pas pu vendre comme nous le faisons habituellement et les prix ont donc baissé", conclut Florian Duc. Raison de plus pour miser sur les asperges peut-être ?

Manon Lallemand


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