Val de Nesque : du positif face aux préoccupations dans les filières

Publié le 02 mai 2022

Le gel 2021 avait fait des ravages l’année dernière, mais la Société d’intérêt collectif agricole (Sica) du Val de Nesque a su tirer son épingle du jeu en se projetant vers l’avenir. Dans un élan coopératif plein de projets, les membres du conseil d’administration exposaient le bilan de l’année lors de leur assemblée générale, le 1er avril, et se tournaient déjà vers demain.

"Le gel de printemps nous a confisqué une partie de notre potentiel", admet Olivier Salignon, directeur de la Sica du Val de Nesque. Cependant, l’évolution des prix et la perception des calamités ont permis de sortir un bilan qu’il qualifie lui-même "d’équilibré" le 1er avril, lors de l’assemblée générale. Un chiffre d’affaires supérieur de près d’un million à celui de l’année dernière, résultat de la volonté de diversification de la société coopérative grâce aux fraises. Cette diversification ne fait que commencer, puisque l’apport du nouveau fruit devrait doubler d’ici 2023 avec l’augmentation programmée des surfaces plantées.

Le tonnage commercialisé reste cependant en baisse à cause, entre autres, de ces épisodes annuels de gels printaniers. Le nombre d’hectares inventoriés par la Sica dévoile lui aussi une diminution de 12 hectares, faisant passer la surface à 350 ha en 2021. "D’après les inventaires déjà reçus pour 2022, il semblerait que nous perdions encore en cerise", explique Fabrice Mallet, responsable qualité pour la Sica. Il reste cependant optimiste pour le raisin, qui pourrait quant à lui grappiller quelques hectares, "alors que ces deux pôles ont des superficies en déclin depuis 2012".

De l’espoir et des points positifs dans une année 2021 capricieuse, mais la présidente, Georgia Lambertin, alerte : "Pour 2022, il y a une inquiétude sur l’approvisionnement, qui devrait prendre 30 % en plus, et ça risque de faire mal. Bien sûr, la grande distribution va répercuter. Mais il ne faut pas que le consommateur pense qu’il s’agit d’une volonté de s’enrichir. En tout cas, soyez préventif, pensez au plan de résilience et à remplir les papiers d’aide".

La cerise à la croisée des chemins

Comptes, rénovation des chambres froides, conséquences du gel ou encore modification du plan opérationnel et appui technique… Les sujets abordés l’année dernière par le conseil d’administration auront été nombreux, mais pour les interrogations sur l’avenir, c’est la filière de la cerise qui remporte la palme une année encore. La question des insecticides fait notamment peser beaucoup d’incertitude sur les arboriculteurs. Pour trouver de nouvelles perspectives, un voyage en Italie a été organisé avec des producteurs. La découverte de nouveaux vergers, dont certains sont plantés en axes tous les 50 centimètres, aura donné des envies d’expérimentations. "Deux vergers ont été plantés ici pour créer une joute technique, une émulation, et essayer de fixer vers quoi nous allons au Val de Nesque. Ils sont assez visibles, vous pouvez aller les voir, car si l’avenir passe par les filets, on doit pouvoir vous montrer que c’est réalisable", estime Olivier Salignon.

Une demande relayée aux stations d’expérimentation par la filière elle-même, comme le souligne Jean-Christophe Neyron, président de l’AOP 'Cerise' : "Il y a eu une demande de mise en place d’essais de filets auprès du CTIFL, pour qu’on nous propose une stratégie ou au contraire, qu’on nous démontre que ce n’est pas possible. Transformer des vergers à 90 % taillés en gobelet ne peut pas se faire en un claquement de doigts, pas plus que la couverture en filet d’ailleurs. S’il n’y a pas de production, de certitudes, de vision sur le long terme, personne n’ira vers l’investissement". Georgia Lambertin rappelle également l’impossibilité d’aller uniquement vers la solution de couverture qui, bien que "confortable et sécurisante pour certains", ne pourrait que laisser la cerise "aux agriculteurs qui sont riches". L’idée est donc bien de profiter de tous les interstices pour faire progresser l’opinion en faveur de ces filets, mais surtout en les rendant plus accessibles pour démocratiser leur utilisation. "Il faut absolument faire une demande pour que le filet anti-droso soit considéré comme une innovation, au même titre que les paragrêles, et ainsi nous permettre de bénéficier du plan Innovation à 2030. Jusqu’ici, les plans de relance étaient très liés au changement climatique et il était estimé que la mouche Drosophila suzukii n’avait pas lieu d’en faire partie. Ce n’est pas cohérent", ajoute le président de l’AOP Cerise. Quelques points techniques ont également été rappelés en fin d’assemblée générale sur la traçabilité, les analyses de résidus, la flavescence dorée ou encore la journée Drosophila suzukii qui s’est tenue dernièrement au CTIFL1.

Mieux performer dans la barquette

Tout comme le fait le syndicat de défense de la Fraise de Carpentras2, la Sica du Val de Nesque se penche d’ores et déjà sur la problématique de la barquette. "La barquette plastique étant prochainement interdite, il faut organiser le passage à la barquette en carton. Or, le carton, c’est 30 % de ventes en moins, en partie car on ne peut pas voir le produit, qu’elles se cassent facilement ou encore que les chefs de rayon ne peuvent effectuer correctement leurs contrôles qualité. En plus de cela, nous jouons le jeu du recyclage et encourageons cette pratique, mais le carton est encore mal recyclé et lorsqu’il l’est, il ne peut être utilisé dans l’alimentaire", détaille Olivier Salignon. Tout comme le laissent entendre les murmures dans la salle, le directeur déplore "une loi faite trop vite" et pointe la facilité à "taper sur les petits paysans français producteurs de fruits et légumes alors qu’en Espagne le plastique est utilisé, et les produits importés et emballés comme tels peuvent être vendus en France".

Une "ineptie", mais la coopérative fait de son mieux et tente de se moderniser pour prendre de l’avance. Une nouvelle chaîne de fabrication de barquettes devrait être livrée le 15 mai. "Les bascules se feront par wifi et la gestion sera numérique. En plus de faire des barquettes par poids comme aujourd’hui, nous pourrons aussi définir d’autres paramètres, comme la couleur. C’est la machine elle-même qui dira qu’il faut ajouter trois fruits par exemple", poursuit le directeur. L’objectif sera d’accélérer la fabrication, de mieux gérer les coûts et d’assurer "une traçabilité plus pointue", afin d’assurer un principe simple : "Plus de production grâce à de nouveaux adhérents, mais sans faire de l’ombre à ceux déjà présents, plus de vente de barquettes et donc plus de clients". Cette nouvelle machine sera capable de traiter le plastique autant que le carton, facilitant la transition de l’un à l’autre à l’avenir. Pour la suite, l’évolution de l’unité de consommation devra aussi être revue : "Il faudra revoir notre façon de travailler autour de la barquette".

Mais, pour le directeur, il faudra revoir la façon de travailler tout court. Olivier Salignon s’apprête effectivement à lâcher les rênes du Val de Nesque, afin de se lancer dans une nouvelle aventure : la reprise de l’exploitation d’un adhérent qui s’en va prochainement à la retraite. "C’est un challenge pour me redynamiser, et il est difficile pour moi de quitter le Val de Nesque, mais c’est un choix réfléchi", explique-t-il, ému. Il ne reste toutefois pas bien loin, puisqu’il maintiendra les apports de l’actuel couple d’exploitants, et restera présent au conseil d’administration.

Manon Lallemand


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