Trufficulture : Un 'Diamant noir' à polir

Publié le 25 juillet 2022

Michel Santinelli (à gauche), président de la Fédération régionale des trufficulteurs, et Alain Ambialet (2e à droite), président de la fédération nationale, ont salué le travail mené par le Syndicat des trufficulteurs de Vaucluse, représenté par sa

Le Syndicat des trufficulteurs de Vaucluse a tenu son assemblée générale mi-juin, à Saint-Didier. Au programme : communication, sécurité et production, avec, comme levier de développement, la marque ‘Diamant noir’, sur laquelle les trufficulteurs nourrissent plein d’ambitions.

Alors que la sécheresse inquiète chaque jour davantage les agriculteurs du département, la problématique était également sur toutes les lèvres, le 17 juin dernier, à l’occasion de l’assemblée générale du Syndicat des trufficulteurs de Vaucluse, qui se tenait à Saint-Didier. Accueillant les adhérents, le maire de la commune, Gilles Vève, a plaidé pour une mobilisation générale des agriculteurs et des trufficulteurs sur le sujet structurant qu’est celui des Hauts de Provence rhodanienne, qui doit développer les réseaux hydriques dans le nord Vaucluse, via le Rhône. “C’est un projet structurant, incontournable et prioritaire pour le département, projet qui doit avoir la mobilisation de tous, y compris des trufficulteurs, pour faire comprendre à nos élus et décideurs que l’eau est indispensable pour conserver des productions sur notre territoire, mais aussi des paysages et un terroir accueillant et agréable pour les autres activités économiques, comme le tourisme” lançait-il.

Des propos auxquels la présidente du syndicat, Véronique Michelet, n’a pas manqué d’acquiescer, tant la problématique se tend au quotidien.

Lancement du ‘Diamant noir de Vaucluse’

Puis, la présidente est revenue dans son rapport moral sur “deux années compliquées” par le Covid, responsable de bon nombre d’annulations de réunion, “ce qui a beaucoup nui à la vie associative, d’autant que les visios ont leurs limites”. Cette mise entre parenthèses a, de fait, pénalisé les projets lancés par la fédération concernant la communication. “Nous avons néanmoins édité une plaquette sur nos fonds propres, présentée lors de Terroirs en fête, en juin dernier. Nous avons aussi acté, avec le Département, la nécessité de communiquer ensemble sur certains sujets, notamment par l’intermédiaire de ‘Vaucluse Provence Attractivité’, qui intègre désormais la truffe et les trufficulteurs dans tous ses rédactionnels.” Autre action saluée par la présidente, celle menée lors du Salon international de l’agriculture avec les six départements de la région. “Nous avons ainsi présenté notre activité au ministre de l’Agriculture et à Renaud Muselier, président de la Région Sud. Il faut être présent et, l’an prochain, nous serons sur le stand de ‘La Vauclusienne’ et nous animerons une journée lors du Sia.” Autre présence annoncée, celle sur le prochain salon Med’Agri, avec une après-midi dédiée à la truffe, sans doute le 19 octobre, à confirmer.

Mais l’année aura surtout été marquée, en termes de communication, par le lancement de la marque ‘Le diamant noir de Vaucluse’, en décembre 2021. “Le logo et la marque ont été déposés à l’INPI. Grâce à elle, nous pourrons faire encore plus d’actions de promotion, et cela a déjà démarré puisque nous étions présents lors de l’assemblée générale des maires ruraux de Vaucluse”, rappelle Véronique Michelet. Résultat : la fédération a déjà engrangé plusieurs demandes de municipalités souhaitant mettre en place des marchés. “Nous sommes d’accord à condition de signer une convention actant que ces marchés ne mettent en avant que la truffe fraîche sans arôme. Nous conditionnerons notre partenariat à la signature d’un cahier des charges, en cours de finalisation et mettant en avant cette éthique que nous portons au sein de la fédération.”

Inquiétudes sur les marchés de gros

Après l’autre réussite de l’année sur la sécurité, la présidente est revenue sur le bilan de la saison 2021-2022, une saison “compliquée” après la gelée du
8 avril 2021, “qui a bien perturbé les naissances” sans compter, quelques semaines plus tard, la sécheresse de juin, ou les deux petites pluies de juillet, “largement insuffisantes et localisées”. Bref, “la période de sécheresse s’allonge, on ne peut que le constater”, entraînant de fait une récolte moyenne.

Par ailleurs, Véronique Michelet alerte sur “la baisse des approvisionnements des marchés de gros, avec une qualité de plus en plus faible”, sur Carpentras et Richerenches, et des prix parfois anormalement bas : “On doit voir ce qui peut être fait sur ces marchés, sans doute en mettant en avant la marque ‘Diamant noir’, qui a en partie été faite pour cela”. Pour rappel, la marque collective a été faite pour promouvoir la truffe de producteurs, notamment sur les marchés où les consommateurs achètent sans trop savoir ce avec quoi ils repartent. Et aussi pour alerter sur “la vaste incompréhension des arômes”. Un motif de satisfaction toutefois : le développement de la vente directe à la ferme, “favorisée par deux années de Covid”.

Les marchés de gros sont essentiels dans notre organisation”, relevait Michel Santinelli, président de la Fédération régionale des trufficulteurs, présent lors de l’assemblée générale, de même qu’Alain Ambialet, le nouveau président de la Fédération française des trufficulteurs. “Il faut tout faire pour aider les élus à maintenir ces marchés et à les pérenniser. Sans marché de gros, nous n’avons plus de cotations”, rappelle Michel Santinelli. Poursuivant, le président s’inquiète davantage de la réglementation européenne, “permissive à tous les niveaux : c’est un scandale que ce que l’Europe nous impose, en particulier sur les arômes,” alerte-t-il, saluant par ailleurs les éclaircissements récents concernant la réglementation sur l’agriculture biologique, qui exclut les arômes notamment de truffe de tout label. “Désormais, les produits dérivés aromatiques à base d’arôme de truffe ne pourront plus être certifiés bio.”

Renforcer la filière et sa crédibilité

Une victoire pour la filière pour le président, qui a ensuite fait le lien avec les travaux portés par la fédération régionale : les travaux sur les équipements hydriques, en lien avec la fédération nationale – “car il nous fait mettre en place des outils tels que les sondes connectées, qui sont pertinentes face aux travaux en cours comme l’ensemencement ou la lutte contre les liodes” – mais aussi la démarche régionale lancée il y a quelques mois concernant la mise en place d’une Indication géographique protégée. “Cela va nous demander plusieurs années, mais c’est bien notre objectif. Le processus est désormais enclenché, on travaille actuellement sur la définition de l’aire géographique.”

Enfin, en conclusion, Michel Santinelli a appelé tous les trufficulteurs de la région à adhérer à leur syndicat départemental. “Notre action groupée permet de faire comprendre à nos élus ce que nous pesons en termes économiques, agricoles et paysagers. On est trop peu nombreux et nous avons besoin de renforcer la filière à chaque échelon, départemental, régional et national, pour consolider notre image. Nous sommes 3 000 trufficulteurs environ au niveau régional, et 600 ou 700 adhé-
rents. C’est insuffisant et c’est bien notre crédibilité qui est en jeu face aux élus et aux consommateurs
” a-t-il conclu.

Céline Zambujo


Autres productionsTruffeTruffe trufficulteur diamant noir melanosporum véronique michelet