Trufficulture : Premiers vergers de diamant blanc

Publié le 16 mars 2021

La précieuse truffe blanche d’Alba, Tuber magnatum est la plus prisée par les gastronomes. Elle est désormais cultivable dans certaines conditions pédoclimatiques et d’itinéraire technique. (© CM / Inrae)

La précieuse truffe blanche d’Alba, Tuber magnatum, est désormais cultivable en dehors de son aire naturelle de récolte. Une première réussite mondiale de la recherche, issue d’un partenariat de plus de 20 ans entre l’Inrae et les Pépinières Robin, en Hautes-Alpes.

La truffe, ce met délicat très recherché ces dernières années, est un champignon qui a absolument besoin d’être en lien avec un arbre pour se développer, les deux vivants en symbiose. La trufficulture repose donc sur la technique de la mycorhization contrôlée : une association symbiotique entre un jeune arbre et un champignon truffier. De tels plants ont été mis au point pour la première fois en Italie, mais c’est au centre Inra de Clermont-Ferrand, dans les années 1970, devenu Inrae, que cette innovation a été améliorée et développée à grande échelle. Depuis, plusieurs espèces de truffes sont produites de cette manière. Mais une espèce manquait à l’appel… C’est désormais chose faite, grâce au travail coopératif de longue haleine entre l’Inrae et les Pépinières Robin, pour produire de manière contrôlée la fameuse truffe blanche d’Alba, Tuber magnatum, la plus prisée.

Cette annonce a été faite le 16 février lors d’un point presse digital, en présence de Joël Giraud, Secrétaire d’État à la Ruralité, qui a salué au nom du gouvernement, « une première mondiale extraordinaire qui démontre d’une part, l’excellence de la recherche française et, d’autre part, que la ruralité sait innover. Cela permet de sauver la truffe menacée par le réchauffement climatique. Et cela offre un nouveau débouché à haute valeur ajoutée pour nos agriculteurs qui se lanceront dans la trufficulture ». Une avancée également saluée par le président de la Fédération française de la truffe, Michel Tournayre : « C’est la plus prisée au monde. Cette possibilité de la produire en France et en plantation est, pour nous, une grande avancée, et donne des perspectives importantes».

Double contrôle

Les Pépinières Robin, dirigées par Bruno Robin et ses deux sœurs, ont été créés par leur père, en 1948. Elle embauche 35 permanents, spécialisés dans la production de plants ligneux et de plants mycorhizés contrôlés. Elle produit des plants Haute performance®, dont le taux de reprise est élevé en terrain difficile ; des mycorhizations avec des lactaires ou bolets, pour créer des vergers à champignons comestibles ; et bien ententu des plants truffiers mycorhizés avec la truffe noire du Périgord, de Bourgogne ou truffe d’été. Dès 1989, le procédé de micronisation a été étudié avec le laboratoire Inrae de Clermont-Ferrand et la Chambre d’agriculture 05.

« Nous préparons l’inoculum à partir des plus belles truffes blanches, donc chacune a subi un double contrôle – sous microscope et par analyse biomoléculaire – par l’Inrae de Nancy » explique Bruno Robin. Ensuite, les jeunes plants sont inoculés, puis élevés sous les serres des Pépinières Robin à Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. En fin de végétation, les plants sont contrôlés un par un, pour vérifier leur bonne mycorhization à la loupe binoculaire. Et, sur chaque plant, l’Inrae prélève une mycorhize pour certifier qu’il s’agit bien de Tuber magnatum. Seuls les plants satisfaisants au double contrôle sont alors étiquetés, numérotés et commercialisés.

Avant plantation, les Pépinières Robin conseillent les producteurs selon leurs conditions pédoclimatiques, la préparation du sol, l’entretien et l’arrosage. « À l’automne 2020, les premiers clients qui nous ont fait confiance ont commencé à récolter leurs Tuber magnatum ! La truffe blanche semble réclamer des sols profonds, avec une bonne porosité à l’eau et à l’air, et un besoin en humidité du sol supérieur à celui de la truffe noire » a constaté Bruno Robin.

Quarante années d’efforts de plantation ont permis d’enrayer la baisse de production de truffes qui, depuis 25 ans, stagne autour de 30 tonnes en France. Ces dernières années, le changement climatique – avec des étés de plus en plus chauds et secs – met en péril la culture. « C’est pourquoi la recherche s’y est intéressée, dans quatre centres Inrae et maintenant essentiellement à Nancy, où les efforts vont se poursuivre » a assuré Philippe Mauguin, président-directeur général d’Inrae, soulignant l’impact de « cette innovation issue d’un partenariat public-privé, très important scientifiquement et économiquement : 50 000 emplois liés à cette culture vont ainsi pouvoir perdurer. On va pouvoir parler de diamant blanc ! Et nous serons capables de le produire, en maîtrisant tous les paramètres. »

Les Pépinières Robin prévoient de commercialiser quelques milliers de jeunes plants de chêne mycorhizés cette année, en attendant les premières récoltes d’ici quatre ou cinq ans. « C’est l’opportunité de développer une culture agro-écologique, sans produit phytosanitaire et qui favorise la biodiversité » conclut Claude Murat.

Cécile Poulain


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