Trufficulture : institutionnaliser la vigilance, un travail en synergie

Publié le 27 avril 2021

Le Syndicat des trufficulteurs de Vaucluse, la Gendarmerie et la Direction départementale de la sécurité publique ont officiellement fixé le cadre d’un partenariat en place depuis dix ans. En présence du préfet, Bertrand Gaume, ils ont signé une convention pour la prévention et la lutte contre les actes de malveillances à l’encontre des exploitations trufficoles.

Dans le département du Vaucluse, cultiver la truffe est issu d’une longue tradition, liée à la fois à la nature des sols particulièrement propices à l’apparition du recherché champignon, et aux historiques marchés de Richerenches et Carpentras. Victimes des sangliers, les exploitations sont, par le potentiel financier qu’elles représentent, avant tout la cible de l’Homme et des actes malveillants qu’il perpétue. Lorsqu’en 2010, des trufficulteurs de la Drôme abattent un voleur présumé, les consciences s’éveillent sur la nécessité de protéger les exploitations afin d’éviter d’arriver au drame une nouvelle fois.

Vendredi 9 avril, Véronique Michelet, présidente du Syndicats des trufficulteurs de Vaucluse, le colonel de gendarmerie, Jean-Christophe Le Neindre, et le commissaire général, Jean-Marc Luca, à la tête de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP), ont officiellement fixé le cadre d’un partenariat en place depuis dix ans, en présence du préfet Bertrand Gaume.

Particulièrement alertes sur la question aujourd’hui, la Gendarmerie et la Police Nationale n’ont pas toujours été dans une démarche compréhensive, le Colonel Le Neindre le reconnaît : "Il y a dix ans, un vol de truffes était considéré comme un simple vol de cailloux, car le domaine était méconnu des forces de l’ordre. Il y avait une véritable incompréhension. Alors quand le commandant Campadieu, à Carpentras, a entamé un rapprochement avec les producteurs, ça a donné une nouvelle dynamique et les effectifs ont commencé à considérer la trufficulture comme une véritable branche de l’agriculture". Le sujet mieux appréhendé et la vigilance accrue, la collaboration s’est alors mise en place face à une malveillance qui a, elle aussi, évolué. "Aujourd’hui, les voleurs sont plus organisés et ne se contentent plus des truffes. Ils subtilisent aussi des plans et dérobent même les chiens truffiers !", explique Véronique Michelet. Une question d’opportunités que les malfaiteurs ont su saisir, mais qui a entraîné un surcroît d’attention de la part des forces de l’ordre autant que des producteurs.

Le Vaucluse, département référence dans la lutte

La coopération des acteurs aura ainsi permis de renforcer les échanges, de mettre à disposition des policiers et gendarmes les clefs de la compréhension de cette branche toute particulière de l’agriculture. Résultat : des progrès sur l'accueil, la sécurisation des domaines et surtout, la mise en place d’un dispositif d’alerte par email intitulé 'Alerte trufficulteurs 84', en cas d’activités suspectes visant les truffières. Une synergie entre les forces de l’ordre et la présidence du Syndicat des trufficulteurs qui a fait ses preuves, comme l’explique Jean-Marc Luca, directeur de la DDSP : "Plus on travaille en amont, plus on est efficace". Petite phrase qui prend tout son sens au regard des chiffres de la précédente saison : seulement cinq vols recensés. Le colonel Le Neindre en est fier : "Les quantités sont peu importantes, bien que d’une grande valeur. Cinq vols, c’est toujours cinq de trop, mais il y a dix ans, ils seraient passés inaperçus". À cela s’ajoute une sévérité croissante de la justice envers les voleurs, dans le but de dissuader la récidive au maximum. S’il félicite les troupes, le préfet préfère jouer la carte de la modestie, tablant sur l’idée qu’il faille poursuivre à tout prix cette dynamique.

L’action, qui se coordonne déjà avec la Drôme depuis quelques années, tend d’ailleurs à s’étendre vers les autres départements alentour. En tant que numéro 1 français de la production de la petite pépite d’or noir, le Vaucluse vient, par cette convention de partenariat, institutionnaliser la vigilance, se plaçant donc officiellement en exemple pour ses voisins qui surveillent les évolutions de près.

Manon Lallemand


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