Tomate d’industrie : Une campagne pour le moins agitée

Publié le 01 décembre 2020

Avec l’évolution très rapide des besoins du marché, il faudra produire plus en 2021, d’autant que le contrat national, qui s’élevait à 161 000 tonnes, n’a pas été atteint en 2020. (© Sonito)

La filière de la tomate d’industrie a vécu une année particulière en tout point cette campagne. Avec un printemps et une fin de saison exécrables, il a fallu aussi maîtriser l’emballement médiatique autour du virus ToBRFV. Mais les perspectives sont bonnes. Pour 2021, il faudra produire davantage.

Pour les producteurs de tomates de plein champ dédiées à la transformation, le démarrage de saison a été plutôt agité. En l’espace de quelques semaines, la filière – qui entamait ses plantations – s’est retrouvée dans le tourbillon médiatique des virus. Tout d’abord, celui du Covid-19, qui commençait à toucher la population française, mais aussi et surtout le virus émergent Tomato brown rugose fruit virus (ToBRFV). Sur le plan sanitaire, la menace potentielle sur les cultures de tomates – identifiée en février 2020 par le rapport de l’Anses – a été immédiatement prise au sérieux par tous les acteurs du secteur.

Les pépiniéristes ont dû respecter un protocole sanitaire très strict, pour protéger les cultures alors en préparation. Les tomates de plein en champ encore en élevage se sont donc, elles aussi, retrouvées confinées. Bien que ce virus de quarantaine ToBRVF n’affecte pas la santé humaine, la profession a surtout dû se battre sur le terrain médiatique, pour dénoncer un amalgame désastreux établi par certains médias.

Parce qu’en réalité, sur le terrain, si certaines parcelles sous serres ont dû être détruites en Bretagne, aucune surface de plein champ n’a été concernée par la virose de quarantaine, d’après les techniciens qui ont suivi les cultures durant toute la saison.

Une production en dents de scie

La campagne de production n’a toutefois pas été épargnée par plusieurs épisodes climatiques défavorables. « En région Paca, un printemps assez pluvieux a malmené les plantations. Elles ont même été suspendues une dizaine de jours en tout, provoquant un décalage de production sur une fin de saison, elle aussi très délicate question météo. Au final, une quinzaine d’hectares n’a pas pu être récoltée en raison des pluies survenues autour de la fin septembre/début octobre », rapporte Robert Gioninazzo, ingénieur responsable technique de la Sonito, l’interprofession nationale de la tomate destinée à la transformation. À l’arrivée, les rendements s’en sont ressentis, mais les usines ont surtout dû gérer une production en dent de scie et ses impacts sur la logistique de transformation.

Ces à-coups climatiques – qui ont contraint de décaler les plantations et de ne plus pouvoir ensuite récolter en fin de saison – ont été beaucoup plus problématiques dans le Sud-Ouest, puisqu’un tiers de la production du bassin est resté au champ.

D’un point de vue qualitatif, « les rendements ont été très bons sur les précoces au plan agronomique, mais aussi technologique. Et, jusqu’à la mi-septembre, tout allait bien en Paca », observe le responsable technique de la Sonito. En Europe aussi, le climat printanier – très dur en pluviométrie et en températures froides – a concerné aussi l’Espagne et le Portugal.

Sur un total de 2217 hectares plantés cette année sur le territoire national, la région Paca a totalisé 880 ha (712 ha en Bouches-du-Rhône et 168 ha en Vaucluse). Sur cette surface, 123 ha ont été plantés en bio. Le bio – qui continue sa belle progression dans la région – représente cette année 14% des surfaces de Paca, et 31% de la surface bio française (392 ha au total).

66 508 tonnes livrées en région Paca

Sur la campagne, 66 508 tonnes de matières brutes (dont 7935 t en bio) ont été livrées en région Paca, quand les chiffres au niveau national atteignent cette année 136 248 t.

Le contrat national – qui s’élevait à 161 000 t – n’a bien évidemment pas été atteint, en raison du déroulement de la saison. Du côté des industriels de la région Paca, on a enregistré un volume de 97 800 t sur les 136 248 t traitées au total par les usines françaises, soit 72% du volume national.

Pour l’industrie agroalimentaire de première transformation, l’impact de la pandémie n’a pas été négatif. Loin de là. La distribution alimentaire a fortement sollicité les industriels à produire, pour alimenter leurs rayons durant le confinement du printemps dernier. Dans les usines, les cuves ne se sont jamais vidées aussi vite, pour répondre à la très forte demande de la distribution sur les préparations tomatées. En France comme à l’étranger, la production de cette année ne tient évidemment pas compte de l’évolution très rapide des besoins du marché, et tout laisse à penser qu’en 2021, la demande sera forte, en France comme ailleurs.

Avec des stocks mondiaux vides et une consommation plus importante, la demande devrait être d’autant plus difficile à satisfaire dans les années à venir. Une incidence positive sur le marché et sur les prix est donc attendue, tant par les producteurs que les industriels. Mais il faudra nécessairement produire davantage de tomates en 2021. Les tendances ne sont pas encore définies dans la région, mais on devrait être fixé sur les intentions de plantations et les besoins des industriels au cours de l’hiver. Compte tenu du virus ToBRFV, les semences de tomates arrivant de l’étranger seront soumises à des protocoles de prévention et de suivi sanitaires stricts, pour démarrer la préparation des cultures à partir de la mi-février.

Emmanuel Delarue


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