Tomate d’industrie : pas encore de retour à la normale

Publié le 19 juillet 2021

La France est toujours plus consommatrice de dérivés de tomates et a dépensé 400 millions d’euros pour l’achat de produits à base de tomate, en 2020. (© Sonito)

La campagne 2019 laissait espérer au secteur une reprise de la production française de tomates de transformation. Mais c’est un nouveau net recul des volumes livrés qui a été enregistré. Le marché, lui, n’a jamais été aussi demandeur.

Avec 136 306 tonnes de tomates d’industrie produites en 2020 sur le sol français – pour 2 217 hectares de plantés – la campagne de l’an passé a vu ses volumes destinés au marché de la transformation baisser de 11 % par rapport à la précédente, pour retrouver un faible niveau déjà atteint en 2018. Comme il y a deux ans, c’est encore la climatologie qui a joué des tours au plein champ.

Différents à-coups climatiques ont contraint de décaler les plantations et de ne plus pouvoir ensuite récolter en fin de saison. Ils ont notamment été particulièrement problématiques dans le Sud-Ouest, puisqu’un tiers de la production du bassin est resté au champ.

La moyenne nationale des livraisons de tomates par exploitation se situe à 721 t, en très nette diminution par rapport à 2019 (880 t) et davantage encore par rapport à la campagne 2017 (1 054 t). La production de 2020 figure, de ce fait, comme la plus faible de ces dix dernières années. Mais il ne faudrait pas que le climat – qui s’invite chaque année défavorablement – fragilise, à terme, la productivité et la production nationale dans son ensemble, ainsi que les outils de transformation et leurs contraintes industrielles.

Contractualisation à la hausse

Pour l’interprofession – qui tenait son assemblée générale annuelle le 22 juin dernier à Avignon –, ces performances en nette baisse s’expliquent aussi par le fait d’une forte augmentation des surfaces en agriculture biologique. La tendance observée et qui traduit la volonté des industriels d’aller vers de la tomate bio, ou avec le moins d’intrants possibles, se confirme un peu plus chaque année. Sur 2020, le bio représentait 14 % des surfaces de tomates de transformation en région Paca et 31 % de la surface française.

Pour ce qui est de la campagne 2021, les surfaces de tomates d'industrie commençaient à peine à être semées quand le froid et le gel sont venus souffler sur le territoire français. En plein champ, c’est une vingtaine d’hectares sur la soixantaine déjà semés qui a été perdue. Mais l’interprofession, qui tablait sur un total d'environ 2 500 ha dont environ 565 ha en bio, garde le sourire. En juin, ces surfaces contractualisées ont malgré tout été confirmées. C’est donc un volume de 185 285 t de tomates transformées qui est attendu cette saison.

Risque de pénurie

Côté marché, la production a vite été dépassée par des besoins qui se sont renforcés, au cours de l’année passée. Avec des stocks mondiaux, qui pourraient être nuls en septembre, et une consommation toujours importante, la demande devrait être d’autant plus difficile à satisfaire dans les mois à venir. Pour les producteurs et les industriels, les incidences de cette situation inédite sembleraient être plutôt positives dans un premier temps, sur le marché et sur les prix. Mais le secteur, dont l’objectif est avant tout le maintien de l’équilibre du marché, s’inquiète aussi de la spéculation généralement favorisée par des contextes de pénurie. Faute de marché approvisionné, c’est en effet d’abord le consommateur qui est toujours pénalisé. Surtout si, à cette tension sur les marchés, s’ajoute l’augmentation des coûts des intrants.

Avec des outils dimensionnés pour atteindre une capacité totale de production d’environ 200 000 t de tomates d’industrie, ces dernières années, la filière française ne parvient plus à atteindre cet objectif. La production française peine aussi à maintenir un taux de couverture des besoins nationaux qui selon les années varie de 13 % à 14 %. Celui-ci avait été de 17 % en 2012 et de 35 % en 2000. En 2019, ce taux d’autosuffisance est tombé à 10, 5 %.

Le pays est toujours plus consommateur puisqu’en 2020 la France a, par exemple, dépensé 400 millions d’euros (M€) pour l’achat de produits à base de tomate. L’hexagone est devenu cette année le troisième marché mondial derrière l’Allemagne et le Royaume Uni. "Nous avons clairement des parts de marché à prendre. Mais c’est aussi lié à ce que chaque opérateur – du pépiniériste au producteur en passant par les différents maillons de la transformation – puisse contribuer à ce que les prix payés par la grande distribution et le consommateur soient les plus justes", commente André Bernard, président de la Sonito.

Après une année difficile, la situation – sans être euphorique – est un peu moins tendue pour la production. "Nous sommes également quasiment assurés que les aides Pac couplées à la production seront maintenues jusqu’en 2027 (avec une enveloppe globale de 2,60 M€, ndlr). Nous avons donc retrouvé une certaine visibilité. À nous de nous réarmer pour être en mesure de traverser les prochaines turbulences sachant pertinemment que le monde de la tomate est ainsi fait, de hauts et de bas", observe le président de la Sonito.

Emmanuel Delarue


Fruits & légumesTomate coulis industrie sonito