Tomate d’industrie : des intentions mal récompensées

Publié le 20 décembre 2021

Les usines ont cette année ont commencé à réceptionner la marchandise une semaine plus tard que d’habitude. Et en raison des conditions climatiques défavorables, sur la fin de campagne, aucune livraison n’a pu être effectuée une semaine durant. (© ED

Les prévisions de production françaises de tomates d'industrie étaient en nette hausse cette année. Mais, une nouvelle fois, la climatologie a eu raison du début de campagne et de l’arrière-saison. Le grand Sud-Est tire son épingle du jeu, mais des interrogations subsistent pour la prochaine campagne nationale. Dans le Sud-Ouest en particulier.

Cela fait plusieurs campagnes que l’ensemble des indicateurs de marché, dans le secteur de la tomate d’industrie, est au vert. L’équilibre, fragile, entre consommation et production reste pour l'instant en faveur des producteurs. Et, cette année encore, la production 2021 à l’échelle mondiale (38,7 millions de tonnes) ne permettra pas de répondre aux besoins des industriels mondiaux. En effet, la consommation est telle que les stocks peinent à se reconstituer.

Ainsi, la filière – qui a toujours connu des cycles – continue de profiter de cette tendance, dont les conséquences sont, pour l’instant, une hausse des cours et du prix du concentré. Ce dernier a, par exemple, doublé en un an. Il faut dire que depuis mars 2020, la pandémie a indirectement contribué à déstocker massivement tous les produits transformés pour les consommateurs, dans le monde et particulièrement en Europe.

Intentions de plantations en nette hausse

Au cours de la dernière campagne, la perception de cette dynamique positive s’est traduite par un prévisionnel de plantations en hausse de 14 % par rapport aux deux dernières années, pour la filière française. Pour le bio, il a même atteint 43 % de plus ! Ainsi, dans le détail, au mois de mars dernier, les intentions des producteurs étaient de 2 523 hectares, dont 560 ha en bio. En 2020, rappelons qu’il s’est planté en France quelque 2 217 ha de tomates destinées à la transformation, et 392 ha en bio.

En adéquation avec les demandes des industriels, les contrats annoncés par la suite ont permis de prévisionner une production de 185 285 tonnes, dont 26 260 t pour la production de tomates transformées en bio. Des niveaux de production qui permettaient de revenir aux plannings de production des années 2015-2017. Mais le déroulement de la campagne en a décidé autrement.

Le printemps a été frais, voire froid, et plus ou moins pluvieux dans le Sud-Est, décalant la précocité de la production. Les premières tomates ont commencé à être ramassées autour du 25 juillet, là où elles le sont une semaine plus tôt habituellement. Et, on le sait, l'objectif est que les campagnes de transformation soient les plus longues possibles pour la filière. Cela permet en effet de pouvoir transformer le plus de matière première avec le meilleur prix de revient, sans perte de marchandise.

Ensuite, les rendements ont été satisfaisants jusqu’aux épisodes méditerranéens qui sont intervenus autour de début octobre.

"Le dérèglement climatique commence à impacter de plus en plus fréquemment la filière. Sur les trois dernières campagnes, deux l’ont été de cette manière, avec un printemps peu propice à une production précoce, mais aussi des épisodes pluvieux en fin de campagne ", signale Robert Giovinazzo, directeur de la Sonito, l’interprofession de la filière.

Le Sud-Ouest à la peine

À l’arrivée, seulement 89 % du prévisionnel de production ont été atteints, soit 164 379 t (contre 136 000 t en 2020). Des volumes qui sont surtout le fait des résultats du Sud-Ouest et de la région Auvergne Rhône Alpes. En plus du printemps froid et de la fin de saison pluvieuse, les producteurs ont – dans ces bassins – dû faire avec la pluie tout au long de la saison. En conséquence, le Sud-Ouest a perdu 100 ha de plantés en conventionnel et 150 ha de plantés en bio. Des surfaces qui n’ont pas été récoltées du tout. Et cela fait deux campagnes successives que les producteurs et l’industriel de la région du Sud-Ouest perdent entre 250 ha à 300 ha. Des pertes sèches qui interrogent les opérateurs dans un bassin impacté régulièrement par les aléas climatiques.

En 2021, le Sud-Est a été relativement épargné, mais n’est pas à l’abri pour autant des épisodes méditerranéens, la Camargue notamment. Dans le détail, la campagne a été satisfaisante pour la région du grand Sud-Est qui produit 124 000 t de tomates transformées. Cette production s’est appuyée sur les très bons rendements obtenus en Camargue, où des rendements de 100 tonnes par hectare, voire 130 t/ha, ont été atteints. Au niveau national, les rendements moyens ont atteint 73 t/ha en conventionnel, et 52 t/ha pour le bio. Mais, durant la première semaine d’octobre – compte tenu des conditions climatiques – aucune tomate n’est rentrée dans les usines françaises en 2021.

Incertitudes sur le bio en 2022

Seulement 20 978 t ont été produites en bio cette année au plan national, en partie grâce au Sud-Est et à la Camargue en particulier. 80 % des volumes prévus en bio ont été produits cette année. La qualité a été satisfaisante, mais le taux de matière sèche soluble était plutôt bas (4,63 %).

De nombreuses incertitudes subsistent pour la prochaine campagne. Les intentions de plantations sur le bio notamment pourraient significativement baisser, dans le Sud-Ouest en particulier. De nombreux critères doivent encore être éclaircis, pour déterminer les prévisions de volumes à transformer et fixer les plannings. Il y a notamment la climatologie, que subissent de manière répétée bon nombre de producteurs. D'autant qu'ils sont également confrontés, comme les premiers transformateurs, à la hausse des prix des matières premières. Un autre critère à prendre en compte est celui de la loi Égalim 2, la prochaine marche à franchir pour la rémunération des producteurs. Des négociations seront en effet à mener dès 2022, puisque Organisations de producteurs et industriels seront chargés de s’entendre sur les indicateurs à intégrer dans les accords interprofessionnels et dans les contrats types, avant les négociations avec les opérateurs de la seconde transformation et ceux de la grande distribution.

 

Emmanuel Delarue


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