TerraVentoux : le pari de la biodynamie, une "différenciation visionnaire"

Publié le 13 septembre 2021

TerraVentoux propose ses vins biodynamiques au caveau, mais également dans la grande distribution vauclusienne avec les cuvées Mas Solis. (© )ML

À la fois holistique, régénérative et positive, la biodynamie est une forme d’agriculture biologique expérimentée par les agriculteurs du monde entier depuis près d’un siècle. Loin d’être un simple créneau commercial, TerraVentoux y voit plutôt une question de conviction que son directeur, Xavier de Carmejane, défend bec et ongles.

Certains voient la pratique comme ésotérique. Chez TerraVentoux, considérer la vigne comme un être vivant à part entière est une philosophie entièrement respectée. Pour beaucoup, la biodynamie reste cependant un mystère. "Pour une culture certifiée, il existe des additifs peu communs à utiliser, comme des fortifiants composés de matières animales, végétales ou minérales. Il est également courant d’utiliser des tisanes de plantes pour renforcer l’autonomie du sol et de la vigne. Ces intrants sont dans le vignoble à dose homéopathique et le traitement doit suivre le calendrier lunaire. Cette pratique demande beaucoup de minutie et de savoir-faire", décrypte la cave pour les clients curieux. Le cahier des charges est rigoureux mais, à travers le Vaucluse, les viticulteurs sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’aventure.

En 2015-2016, la cave décide d’investir dans un chai à part réservé à la biodynamie, convaincue par un producteur local moteur. Les viticulteurs ont beau ne pas être encore nombreux, leurs raisins ne peuvent être travaillés dans le même espace que le conventionnel ou le bio. Alors le pas est franchi : "Nous avons fait un pari. Pour une cave, on pense souvent au vrac et à la quantité. Nous, nous avons moins de coopérateurs que certaines, alors nous avons choisi de miser sur la qualité et de nous recentrer sur les certifications, bio et Demeter. Il fallait oser et y croire", affirme Xavier Carmejane, directeur de TerraVentoux. "Nous avons dû réfléchir à quelle place allouer à ces vins, les moyens qu’il nous fallait, mobiliser les agriculteurs déjà en biodynamie et, surtout, mobiliser des connaissances", poursuit-il. Des œnologues sont venus prêter main-forte, et leur expertise a permis de proposer aux consommateurs des vins correspondant à leurs attentes. En 2017, avec la création de Terra Solis, la cave devient la première coopérative de la région à produire du vin en biodynamie, "une différenciation visionnaire", d’après le directeur.

Dans leur fonctionnement, les caves coopératives ont la possibilité d’effectuer différents types de service. TerraVentoux est une cave coopérative en type 1, 'collecte-vente', et en type 6, 'service à la vinification à façon'. Ainsi un viticulteur peut-il se rapprocher de la cave pour acquérir des parts sociales et devenir coopérateur type 6, offrant de nouvelles possibilités pour vinifier en biodynamie. "Lors des vendanges, il apporte ses raisins à la cave qui seront vinifiés à part, à façon. Le volume lui sera restitué pour qu’il les commercialise lui-même, soit en vrac, soit en bouteille, avant le 31 juillet suivant les vendanges. Il paiera une prestation service à la cave coopérative", explique Xavier de Carmejane.

Surfaces en conversion et investissements à prévoir

Au cœur du Parc national régional du Mont-Ventoux, la cave – créée en 2003 des suites d’une fusion entre deux coopératives datant de 1929, les Roches Blanches de Mormoiron et la Montagne Rouge de Villes-sur-Auzon – exploite aujourd’hui 200 hectares de vignobles. La biodynamie représente quant à elle 25 ha – situés sur le versant sud du Mont Ventoux répartis sur les communes de Villes-sur-Auzon, Blauvac, Saint-Pierre de Vassols et Mormoiron – et un peu plus de 1 000 hectolitres produits, soit 17 % de la production totale. "Une dizaine d’hectares supplémentaire va venir se greffer à cette superficie, d’ici septembre 2022. Il s’agit d’un coopérateur qui avait déjà dix hectares en biodynamie, et qui achève sa conversion sur cette deuxième partie de surface", détaille Xavier de Carmejane. Chez TerraVentoux, ils ne sont que trois, mais la capacité du chai est aussi limitée. "Nous allons devoir nous poser la question de ce que l’on va faire avec ces dix hectares en plus. Est-ce que nous aurons assez de place ?", s’interroge-t-il.

La gestion du chai réservé aux vins biodynamiques est effectivement une problématique pour les caves qui, par définition, semblent plutôt vouées à produire en quantité pour le vrac. Mais avec la biodynamie, les surfaces sont plus petites et les volumes à vinifier, par conséquent, moins importants. "Les cuves sont généralement trop grandes, il serait donc intéressant d’en acheter des plus petites. Le matériel de vinification a, lui aussi, besoin d’être adapté", expose le directeur de la cave. Un questionnement loin d’être évident lorsque la production se divise trois types de production : "Nous souhaiterions convaincre d’autres de se lancer bien sûr. Mais, de fait, nous conservons une offre hybride nous permettant de proposer des vins conventionnels, bio et biodynamiques", énumère le directeur.

Sensibiliser le consommateur

À mesure que le temps avance, la pratique fait donc son chemin, dans les vignobles des coopérateurs comme dans les cœurs des consommateurs. Le concept, respectueux de l'environnement, s’inscrit dans une tendance forte de la consommation actuelle. Le consommateur veut du bio, voire plus "et je pense que les agriculteurs le savent", déclare Xavier de Carmejane. La sensibilisation autour des pratiques continue donc afin de promouvoir le label dédié à la biodynamie : Demeter. Depuis la création de la marque collective en Allemagne en 1932, une gamme complète de cahiers des charges exigeants pour les produits issus de l’agriculture biodynamique a été créée. Pour le vin, un label que les consommateurs commencent à reconnaître a fait son apparition sur les bouteilles. "Nous avons constaté que le public Demeter est plus fidèle que les autres, déjà parce qu’il faut connaître le logo qui, à la différence du bio, ne parle pas encore à tout le monde", explique le directeur de la cave coopérative.

Chez TerraVentoux, avec TerraSolis, le caveau commercialise ses cuvées biodynamiques, mais a également créé une gamme dédiée à la grande distribution vauclusienne : Mas Solis. "Le commercial a un vrai travail à faire au niveau des consommateurs", conclut Xavier de Carmejane. Si le bio devenait la norme, la biodynamie pourrait-elle sa place actuelle ?

Manon Lallemand


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