Syndicat général des Côtes du Rhône : Protéger et diversifier les Côtes du Rhône

Publié le 29 juillet 2019

« Comme l’ont fait les appellations Bordeaux et Champagne, nous choisissons de protéger notre nom via la digitalisation », annonce Philippe Pellaton, président du syndicat général des Côtes du Rhône

Face à un essoufflement des ventes, lié à la premiumisation, l’appellation entend jouer la carte de la diversification des couleurs, des circuits et du bio. Réunie en assemblée générale le 11 juillet à Roquemaure, elle a annoncé aussi la mise en place d’un timbre de garantie pour protéger son nom.

« Comme l’ont fait les appellations Bordeaux et Champagne, nous choisissons de protéger notre nom via la digitalisation » annonce Philippe Pellaton. Le président du syndicat général des Côtes du Rhône a fait lors de ce sujet une priorité, en France et à l’international, pour sa mandature. Pour protéger son nom, le syndicat a co-écrit avec l’Inao un guide didactique distribué aux metteurs en marché du Sud-Est afin de les sensibiliser. « De plus, nous travaillons désormais à la mise en place d’un plan d’actions, avec le service juridique de l’Inao, en particulier vers les USA et la Suisse », a précisé Laurent Jeanneteau, directeur.

Enfin, la mise en place d’un timbre de garantie vient aujourd’hui compléter le dispositif : la société Tesa Scribos (issue du groupe allemand Tesa spécialiste de l’adhésif) est venue en présenter l’aspect technique et le partenariat. Un timbre rectangulaire autocollant, à placer sur la contre étiquette ou le long du col, comporte un code holographique unique pour chaque bouteille, comprenant différents niveaux de sécurité. « L’objectif est d’abord de faire parler vos bouteilles, de garantir sa provenance et aussi de recréer du lien entre le consommateur et le producteur. Vous recevrez l’information du lieu où a été scannée votre bouteille. Et le consommateur aura accès à des informations complémentaires : questionnaire de satisfaction, jeux concours, précisions sur le vin, proposition de le guider vers le point de vente le plus proche… », explique Damien Guille, de Tesa Scribos. Un premier engagement de cinq millions de timbres est déjà décidé, chacun pourra commander en ligne ses rouleaux de timbres. L’efficacité et la visibilité grandiront avec le nombre d’utilisateurs.

Essoufflement de l’appellation régionale.

« La tendance à l’essoufflement du marché des côtes-du-rhône rouges, observée ces cinq dernières années, est une conséquence de notre choix de premiumisation. Nous nous sommes fermés aux marchés premier prix. C’est pourquoi nous devons l’assumer et adopter, dans le temps, des stratégies d’entreprises pour transférer l’attractivité sur le rosé. Restons donc vigilants, sans trop d’inquiétudes, car nous ne sommes pas en situation de surstock non plus » a voulu rassurer Denis Guthmuller, secrétaire général du syndicat. À fin juillet, le stock de la campagne 2018-2019 affiche en effet 799 713 hectolitres.

« Face à ces quelques légers signaux d’alerte, donnons-nous des axes stratégiques ! Le bio est sur une croissance insolente. Le volume de ‘libre à la vente’ disponible début juillet – relativement faible et doublé à un niveau de stock historiquement bas – est un indicateur rassurant sur l’aspect production » a remarqué Philippe Pellaton. Quant à l’aspect commercialisation, depuis deux ans, les volumes d’AOC rouge en GMS sont en constante régression, contrairement aux blancs et rosés. De plus, cette décroissance des rouges ne paraît pas affecter les étages supérieurs de l’appellation. En effet, ni les ‘villages’ ni les crus ne subissent cette régression.

Diversifier c’est anticiper.

L’interprofession s’est positionnée pour une diversification de sa production. Elle a déclaré vouloir réorienter son vignoble, historiquement rouge, vers une plus grande production de rosé et de blanc. La répartition actuelle est aux alentours de 85% de rouge, 10% de rosé et 5% de blanc. L’objectif, d’ici cinq à six ans, serait de passer à une répartition mieux équilibrée : 60% de rouge, 25 à 30% de rosé et 10 à 15% de blanc. À cette diversification de la couleur devrait se doubler une diversification des circuits : gagner des parts de marché à l’export, sur des circuits plus qualitatifs et mieux valorisés.

Autre signe encourageant, le recul du négoce de spéculation sur les volumes. L’heure est au négoce embouteilleur qui s’approvisionne tranquillement et « va chercher des parts de marché à l’export ». Michel Chapoutier, président d’Inter-Rhône, a ainsi partagé sa vision de la situation : « La perte de volume suit la pyramide des âges inversée, cela va donc continuer. En revanche, ne gérez pas vos blancs comme vos rosés : arrêtez de les brader s’ils n’ont pas été vendus dans l’année, car ils peuvent vieillir et être valorisés ! Et misez sur le bio ! ».

Cécile Poulain


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