Syndicalisme : « Venez nous rejoindre ! Nous sommes prêts à vous accueillir »

Publié le 09 février 2021

« La souveraineté alimentaire est un objectif ambitieux et pour cela, il faut des moyens de production » ont rappelé Christiane Lambert, présidente de la FNSEA (© C. Zambujo)

Alors que nous sommes à quelques semaines des premières cueillettes de fraises de Carpentras, qui sonnent en général le début de saison, les agriculteurs sont inquiets et leurs représentants syndicaux aussi, quant à la disponibilité de la main-d’œuvre à venir.

Jeudi 28 janvier, la FNSEA a fait écho de la rencontre sur l’agenda social qui venait de se terminer avec le Premier ministre, Jean Castex, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, et la ministre du Travail, Élisabeth Borne. « Nous avons besoin de cohérence en ces temps troublés », explique Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, aux côtés de Jérôme Volle, son vice-président : « La souveraineté alimentaire est un objectif ambitieux et, pour cela, il faut des moyens de production. Dans ce cadre, les retraits de molécules nous inquiètent, le délit d’écocide aussi, les négociations commerciales encore plus, en particulier les demandes de déflation émises par les distributeurs. C’est incompréhensible, alors que le coût de la matière première renchérit le coût de la production ». Mais en ce début février, le spectre du manque de main-d’œuvre rajoute une couche au millefeuille des inquiétudes agricoles.

Des outils développés dans l’urgence en 2020…

En charge du dossier social, Jérôme Volle a rappelé quels étaient les besoins de la filière. « Nous employons plus de 235 000 salariés permanents et le besoin se chiffre à plus d’un million de saisonniers chaque année ». Alors que les premières récoltes de légumes vont commencer, cette rencontre avec le Premier ministre a permis de préciser le travail structurant fait l’an passé : sur la convention collective nationale tout d’abord, qui doit entrer en application le 1er avril prochain ; sur la politique de recrutement et le besoin de continuer à mettre en œuvre le dispositif ‘plan jeune’ ensuite, sachant que ce dispositif a trouvé un écho favorable dans la filière ; sur les partenariats mis en place avec Pôle emploi, en particulier pour sensibiliser les jeunes en quête d’un ‘petit’ boulot et les informer que l’agriculture leur « ouvrait les bras : nous avons travaillé avec les écoles d’ingénieur, les universités, les écoles supérieures, pour voir comment l’agriculture pouvait accueillir ces jeunes qui allaient plutôt vers la restauration » ; sur l’accompagnement des maîtres d’apprentissage enfin. « Les agriculteurs ont été formés pour accueillir des jeunes en apprentissage. Nous constatons avec satisfaction que seuls 7,5% des contrats ne vont pas au bout, la rupture se faisant essentiellement dans le premier mois, ce qui permet à l’exploitant de rebondir. En 2020, nous avons eu 15% de plus de demandes. C’est encourageant. »

Tout ce travail réalisé l’an dernier, en grande partie « dans l’urgence », a permis de faire émerger des nouvelles solutions qui doivent être pérennisées : l’opération ‘Des bras pour ton assiette’ a ainsi sensibilisé plus de 370 000 personnes qui se sont inscrites sur la plateforme, sans parler de la rédaction et de la mise en place, en un temps record, du protocole sanitaire qui a permis de solutionner, dès la fin mars, les récoltes de fraises et d’asperges. « Mais l’agriculture, c’est 80% d’emploi saisonnier par le bouche-à-oreille. Et certaines taches méritent d’être spécialisées. »

… qui demandent à être pérennisées

Aujourd’hui donc, le spectre de la re-fermeture des frontières complique la donne pour les futures récoltes qui s’annoncent à la fin du mois, « sachant que plus de 100 000 emplois sont pourvus chaque année par des salariés hors de l’Union européenne. Nous avons commencé à travailler sur un protocole sanitaire, il faut le déployer à plus grande échelle », rappelait le vice-président, reconnaissant que « sa plus grande inquiétude » était la fermeture « brutale » des frontières, fermeture « ne tenant pas compte de ces protocoles sanitaires. Dans ce cas précis, oui, nous risquons d’avoir des manques ».

En fin d’année, les FDSEA du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône ont réussi à mettre en place un vol spécial en provenance de Casablanca1, avec à son bord 180 saisonniers. De quoi soulager les exploitations. « Il faut dissocier les salariés en provenance de l’Union européenne, de ceux hors-UE. Ces derniers sont souvent des contrats OFII. En 2017, derniers chiffres consolidés dont nous disposons, ils étaient 500 000, dont 13% pour le secteur agricole. Mais ce chiffre est en augmentation depuis trois ans. Sauf que, ces derniers mois, nous constatons un fléchissement et des autorisations difficiles à obtenir », alerte Jérôme Volle. Le chômage augmentant en France, les préfets semblent en effet moins enclins à donner d’autorisations d’entrée sur le territoire. « Pourtant, c’est un outil à ne pas négliger : les saisonniers sont formés, nous connaissons leur date d’entrée et de départ. Le cadre est strict. La FNSEA a d’ailleurs engagé un travail avec l’ambassade de Tunisie pour mettre en place des formations sur place, afin que ces saisonniers soient formés chez eux, et opérationnels quand ils arrivent en France. » Quant aux saisonniers en provenance de l’UE, la FNSEA plaide pour une harmonisation des protocoles sanitaires.

C’est pourquoi lors de cette rencontre interministérielle, tout cela a été rappelé. « Notre message a été : pas de choix brutaux. Pas de pertes de droits non plus, pour tous ceux qui feraient le choix de l’agriculture. Nous allons travailler avec tous les ministères impliqués sur cela », résume Christiane Lambert. En conclusion, la présidente a ainsi appelé les Françaises et les Français à une grande mobilisation, pour cueillir les fruits et légumes qui vont arriver : tous les saisonniers qui ne peuvent travailler dans les restaurants, les bars, les stations de ski ou balnéaire, sont invités à se rapprocher des filières agricoles, de Pôle emploi, des Associations départementales emploi et formation (Adefa), des plateformes Agri-Recrute ou ‘Des bras pour ton assiette’. « La souveraineté alimentaire, c’est la bannière derrière laquelle nous devons tous nous retrouver pour relocaliser la production en France. Et sans bras, nous n’y arriverons pas. Les agriculteurs ont besoin de vous. Venez, renseignez-vous, nous sommes prêts à vous répondre ! », a conclu la présidente de la FNSEA.

Céline Zambujo


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