Syndicalisme : Une question de dignité

Publié le 26 janvier 2021

« Nous sommes entrés dans une spirale déflationniste qui met à bas la dynamique engagée ces dernières années », ont dénoncé la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de Vaucluse. (© C. Poulain)

Les Jeunes Agriculteurs et la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles de Vaucluse dénoncent le non-respect de la loi Egalim. Ils réclament une juste rémunération des agriculteurs. Dans le cadre d’une action de sensibilisation nationale, les deux syndicats sont allés, mercredi matin, à la rencontre des responsables de rayon fruits et légumes des grandes surfaces d’Orange. Une question de dignité.

« Arrêtons de brader les produits de l’agriculture française. Nos agriculteurs nous nourrissent chaque jour, ils méritent d’être dignement rémunérés pour cela ! » Dans un communiqué conjoint d’appel à mobilisation mercredi 20 janvier, les Jeunes Agriculteurs (JA) et la FDSEA de Vaucluse réclament une juste rémunération des agriculteurs.

L’appel était national. Quelques jours plus tôt, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA interrogée par LCI, dénonçait le non-respect de la loi Egalim par certains distributeurs et leur pression excessive sur les prix : « Il est inacceptable de trouver encore dans les rayons des prix ne couvrant pas les coûts de production des agriculteurs, dans un contexte de hausse des matières premières ».

Sensibiliser

Ce mercredi, l’appel des syndicats vauclusiens a réuni une vingtaine d’agriculteurs motivés. L’objectif est d’abord de sensibiliser. Rendez-vous était donné sur le parking de Grand Frais d’Orange Sud à 9 heures, avant de continuer la tournée direction Lidl, Carrefour et Intermarché.

Dans le premier magasin, et dans le respect des mesures sanitaires, ils sont calmement allés à la rencontre du responsable. D’abord, ils lui ont rappelé ‘l’affaire du melon’ en juin 2020. À cette période en effet, l’enseigne réservait ses étals au melon espagnol, affichant « Nous attendons que les melons français soient suffisamment gustatifs pour les présenter ». Le responsable a reconnu une « maladresse », assurant « la volonté de mettre en avant les produits français ». Mais « nous voulons des excuses publiques » a maintenu Bruno Bouche, président des JA 84.

Vincent Touchat – secrétaire général de la FDSEA 84, représentant sa présidente, Sophie Vache – fit ensuite le tour des étals, remarquant au passage des carottes mises en valeur par le logo Haute valeur environnementale. Sa question « Quel producteur français est derrière cela ? » resta sans réponse. Cédric Alarcos, producteur de navets, qui actuellement manque de débouchés, a regretté que l’enseigne propose uniquement des navets espagnols.

Le communiqué commun explique que, durant toute la crise, les agriculteurs français ont redoublé d’efforts pour assurer l’approvisionnement des filières. « En réponse à cela, les acteurs de la filière se lancent dans une guerre des prix qui met les agriculteurs sous pression ! Les demandes de déflation de la part de la grande distribution sont indécentes, alors que les distributeurs ont réalisé des résultats exceptionnels au regard de l’année écoulée : leur chiffre d’affaires a augmenté de 1,8%, quand l’ensemble des autres secteurs, ou presque, a vécu une année noire. De la même manière, le relèvement du seuil de revente à perte a permis aux distributeurs de dégager plus de 600 millions d’euros, qui auraient dû, en toute logique, se retrouver dans les cours de fermes. Au contraire, les prix payés aux producteurs ont été méthodiquement rognés. Les acteurs de l’aval se renvoient mutuellement la responsabilité des prix bas. Les agriculteurs sont les premiers touchés par la recherche éhontée du profit dans l’aval des filières, et font face à des situations critiques. »

Spirale déflationniste

Selon les syndicats, même lorsque tous les indicateurs sont au vert (exportations, production, consommation), les agriculteurs sont rémunérés à des prix dérisoires, largement en dessous des coûts de production. « Nous sommes entrés dans une spirale déflationniste qui met à bas la dynamique engagée ces dernières années. » Pour contrer ces injustices, la loi EGAlim avait pour objectif de rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs. Or, ils dénoncent que, « depuis sa mise en application, en octobre 2018, et nos nombreuses mobilisations à ce sujet, celle-ci n’est toujours pas appliquée correctement ! La grande distribution n’est pas la seule à blâmer : dans certaines filières, les exportateurs et les transformateurs ont été aux abonnés absents lorsqu’il s’est agi de se réunir pour promouvoir l’excellence de l’agriculture française et défendre sa juste rémunération ».

« À cela s’ajoute une baisse des ventes qui n’est pas liée aux prix. Pour certains produits, comme les salades, c’est moins 30% par rapport à la même époque il y a un an », constate Luc Dumont, directeur de la FDSEA 84. Selon lui, le confinement a modifié le comportement d’achat. Et puis il y a l’impact du Brexit sur les exportations, une forte concurrence italienne en Allemagne… Les syndicats espèrent donc que cette mobilisation nationale porte ses fruits sur les négociations tarifaires en cours sur les prix, « dans laquelle les agriculteurs sont écartés » souligne Bruno Bouche, ajoutant que « la vente à perte est interdite en France, sauf pour les agriculteurs ».

Cécile Poulain


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