Sylvopastoralisme : une belle combinaison

Publié le 30 août 2021

Pour que l’éleveur puisse créer son activité, "le propriétaire a acheté le cheptel et nous a confié la gestion du troupeau", explique Alban Léonard. (© ED)

Le sylvopastoralisme séduit de plus en plus de collectivités et de propriétaires sur le territoire. Dans la vallée de l’Arc, l’intégration d’une activité d’élevage dans un domaine forestier et viticole permet à chacun d’y trouver son avantage.

"La forêt qui n’est plus exploitée devient une poudrière. Il faut pouvoir la réexploiter intelligemment, et cela passe notamment par la sylviculture, la valorisation du bois, la remise en culture de zones agricoles et, bien sûr, le pâturage", explique Philippe Ardhuin, conseiller de la Métropole Aix-Marseille et délégué à la forêt et aux paysages. Mais, dans les Bouches-du-Rhône, les collectivités locales et territoriales, l’Office national des forêts, les gestionnaires de la DFCI1 et les propriétaires forestiers encouragent et associent de plus en plus l’élevage pastoral à l’entretien d’une coupure de combustible. Des autorisations pour le pâturage en forêt sont aussi régulièrement accordées par la préfecture. Pour entretenir les zones débroussaillées, les éleveurs font également prévaloir l’intérêt du sylvopastoralisme, dans le cadre de Mesures agroenvironnentales et climatiques (Maec) DFCI.

Consciente des atouts pour la collectivité de la richesse forestière mais aussi de sa fragilité, l’association 'Forêt méditerranéenne' s’emploie à favoriser la connaissance et les échanges d’information entre tous les acteurs de la forêt. Elle organise régulièrement des rencontres dans ce sens. Mais "l’objectif est de passer des mots aux terrains, de l’idée générale à sa réalisation concrète, avec des projets qui fonctionnent et de les reproduire sur le territoire", soutient le président de l’association, Charles Dereix.

Des solutions durables – qui combinent les ressources agricoles forestières et pastorales pour la valorisation et la préservation des espaces forestiers méditerranéens – il en existe. Et l’association entend promouvoir ces initiatives. "Avec une forêt qui produit peu de bois, il faut utiliser toutes ouvertures possibles. L’agro, le sylvo et le pastoralisme peuvent très bien fonctionner ensemble", défend Charles Dereix.

Une visite de terrain – organisée par 'Forêt méditerranéenne' du côté de Trets, le 24 juin dernier – a permis de faire la connaissance d’éleveurs dont le projet sur un territoire aux forts enjeux de prévention incendie a valeur d’exemple. L’intégration de leur activité d’élevage dans un domaine forestier et viticole illustre cette belle combinaison. Et chacun y trouve un avantage depuis déjà de nombreuses années. C’est grâce à la volonté du propriétaire du domaine viticole de Grand Boise que Myriam Arnaudy et Alban Léonard ont pu créer leur élevage de Mérinos, il y a plus de dix ans.

Un sérieux atout pour s’installer

En 2009, le Cerpam met en relation le régisseur du domaine – qui souhaitait accueillir de l’élevage sur le domaine viticole – et Alban, à l’époque berger salarié qui, de son côté, cherchait à s’installer. Plusieurs étapes ont ensuite été nécessaires. Tout d'abord, il a fallu vérifier si les activités pouvaient correspondre aux attentes de chacun. Ensuite, une étude a permis d’identifier les parcours utilisables, et le domaine a établi de son côté un cahier des charges sur ses différentes attentes, afin de pouvoir créer une activité d’élevage qui n’existait pas du tout. Dans ce cadre, la stratégie suivie est que le propriétaire achète, au départ, le cheptel, puis leur confie la gestion du troupeau, avant que Myriam Arnaudy et Alban Léonard ne s’installent définitivement. "Il a été décidé que le domaine achèterait une centaine de bêtes et me salarie pendant un an, pour que l’on puisse se tester réciproquement", explique Alban. Puis, le domaine a signé une convention pluriannuelle avec Alban, qui a alors pu s’installer avec la Dotation jeune agriculteur et racheter le troupeau.

Sur le Domaine de Grand Boise – qui s’étend sur 360 hectares mais comporte surtout 300 ha de forêts – le pâturage en forêt s’est donc tout naturellement imposé pour entretenir les zones de garrigue provençale. "Le domaine est passé en Agriculture biologique et puis en biodynamie, l’objectif étant aussi de ramener le plus de diversité possible autour des vignes", explique Jean Simonet, le directeur de Grand Boise.

Les deux éleveurs du Gaec 'Les bons agneaux' accueillis sur le domaine entretiennent aujourd’hui l’espace forestier, mais font aussi pâturer leurs brebis deux fois par an dans les vignes, après les vendanges et au mois de mars.

La quasi-totalité des besoins couverts

La colline du Domaine de Grand Boise couvre au moins 65 % des besoins alimentaires des troupeaux, d’après un logiciel créé par le Cerpam pour estimer les besoins fournis par les différents types de surfaces pâturées. Et ces estimations remontent à 2017, la dernière année durant laquelle les éleveurs n’ont pas transhumé. Ils partent depuis, tous les ans, quatre mois en montagne.

"La phase de pré-installation, qui a été une année d’accompagnement, a été la clé de notre démarrage", explique Myriam. Le troupeau ne ramenait pas de revenu, puisqu’il n’y avait pas de production. C’est en effet le salaire d’Alban qui permet au couple de vivre durant un an. Le domaine a aussi mis à disposition des deux éleveurs un logement. Le couple – qui a eu entre-temps deux enfants – a fait l’acquisition d’une parcelle qui pourra bien bientôt permettre aux deux éleveurs d’y implanter leur propre maison. Le troupeau s’est, lui aussi, développé au fil des ans.

L’exploitation compte aujourd’hui 350 brebis mères et une quarantaine de chèvres. Les deux éleveurs produisent de l’agneau, vendu en direct, et de la laine, un débouché qui leur permet de diversifier leur activité. Jusqu’à présent, les brebis étaient en plein air intégral, mais bientôt une bergerie de 650 m² a sera aussi construite, pour assurer au mieux les mises bas.

Emmanuel Delarue


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