Sylvopastoralisme : Le troupeau, assistant efficace de la lutte anti-incendie en forêt

Publié le 30 août 2021

Si le pare-feu est prioritaire, il est également nécessaire de penser aux besoins des bêtes qui, en plus de l’eau, requièrent des zones de renfort pastoral. (© Cerpam)

Alors que la saison sèche se prépare et que les feux dans les massifs forestiers menacent, les troupeaux ovins viennent pâturer les coupe-feu, afin de faciliter l’intervention des pompiers. Aujourd’hui, les collectivités peinent pourtant à contractualiser les éleveurs autour de la pratique du sylvopastoralime.

Dans nos espaces méditerranéens, qu’ils soient forêt ou prairies, il n’est pas rare de croiser un troupeau accompagné de son berger ou, a minima, d’un chien de protection. Ils ne sont pas placés là par hasard : l’espace leur sied, mais là n’est pas l’unique raison. Certains éleveurs pratiquent effectivement avec leurs bêtes le sylvopastoralisme. Un usage historique qui consiste à concilier les objectifs forestiers et pastoraux. Les animaux pâturent, entretiennent les terrains et contribuent à la prévention contre les incendies, de plus en plus récurrents dans nos départements provençaux.

Bien que subissant une perte de vitesse constante depuis les années 2000 – liée à "des contrats plus larges avec plus d’enjeux et de lourdeurs administratives", d’après Emmanuelle Genevet, responsable d'équipe pastoralisme à la Chambre d’agriculture régionale d’Occitanie –, le sylvopastoralisme continue de faire ses preuves pour ceux qui persistent. "Souvent, les secteurs qui brûlent sont les secteurs abandonnés et embroussaillés", expliquent les membres du Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée (Cerpam) au cours de leur webinaire, construit en partenariat avec l’association Forêts méditerranéennes. Cela permet notamment d’espacer l’entretien mécanique lorsqu’il est couplé aux techniques de brûlages : "Une fois qu’une parcelle est brûlée, on y revient tous les cinq ans, sauf s’il y a un bon suivi pastoral".

Allier le pâturage au brûlage dirigé

Sindye Bouyssonneau, de la Force opérationnelle risques catastrophes environnement des Alpes-Maritimes (Force 06), explique : "Nos missions sont éloignées du pastoralisme, mais le pâturage est complémentaire des actions que nous menons". Débroussaillement mécanique, brûlage dirigé, entretien des voies DFCI1 et des réserves d’eau… La liste est longue, mais pas exhaustive, et correspond en effet à tout un arsenal auquel le sylvopastoralisme vient s’ajouter. Comme le décrit Bernard Lambert, du réseau de l’emploi intégré du feu, l’élément fait partie de l’agriculture méditerranéenne depuis longtemps : "Le feu a longtemps été omniprésent. Mais l’administration forestière a beaucoup décrédibilisé la pratique. Le brûlage dirigé, que l’on maîtrise depuis les années 1980, est réalisé par des équipes spécialisées et est dans le Code forestier depuis le 9 juillet 2001".

Dans ses travaux préparatoires, le Cerpam évoque plusieurs cas de figure dans les différents départements. Celui du Vaucluse permet une vue d’ensemble des atouts que génère la combinaison des deux techniques : "On utilise le brûlage dirigé depuis longtemps. Mais on ne fait que de petites surfaces : ça permet d’avoir des coupures discontinues, et d’obtenir un bon équilibre avec le sylvopastoralisme pour réduire la végétation combustible. Le brûlage dirigé est utilisé sur des zones avec conditions compliquées, comme des grands vallons très escarpés".

Donner un nouveau souffle à la contractualisation

Pour de nombreuses raisons – qu’elles soient foncières, financières ou administratives – la survie du sylvopastoralisme est un sujet de combat quotidien. Certains tentent alors le tout pour le tout, quitte à mettre sur le tapis des propositions iconoclastes, comme sur le Grand site Sainte-Victoire par exemple : "On ne met plus de contrainte de niveau de raclage pour la période. On simplifie les exigences par rapport aux troupeaux, puisque c’est déjà compliqué d’en avoir un qui reste !". À l’heure actuelle, les trois principaux points de crispation sont : la ressource en eau à laquelle les troupeaux doivent pouvoir accéder pour pâturer ; la question du bâti et du foncier, puisque les anciennes bergeries tombent en ruines ou se trouvent reconverties en résidences secondaires ; et la cohabitation avec les habitants. "La forêt méditerranéenne représente l’immédiat arrière-pays d’un littoral très densément peuplé avec de nombreuses grandes villes", explique le Cerpam. Entre le dérangement des ovins par les loisirs, les tensions occasionnées par la chasse et l’acceptation difficile des chiens de protection sur les zones partagées, les difficultés se multiplient.

Sylvain Micola, conseiller au service pastoralisme de la Chambre d’agriculture régionale d’Occitanie, estime de son côté qu’il faut profiter du programme européen 'AlbertaPastur', qui offre de nouvelles opportunités réflexives quant aux Mesures agroenvironnementales communes (Maec) à mettre en place. Parmi les quatre points clefs, l’engagement sur les objectifs de résultats : "Les Maec ne servent à rien s’il n’y a pas d’outils pour les mettre en œuvre". Les troupeaux doivent également être localisés au bon endroit. Si le pare-feu est prioritaire, il est également nécessaire de penser aux besoins des bêtes qui, en plus de l’eau, requièrent des zones de renfort pastoral. Celles-ci permettent de donner de la profondeur au circuit de pâturage et de donner à l’animal "une ressource plus fraîche si l’herbe du pare-feu est sèche, des bouchées plus grosses à ingérer s’il doit manger ras sur le pare-feu, une végétation plus appétente, qui le motivera à venir manger le difficile sur le pare-feu", détaille le dossier du Cerpam. "Il faut ajouter une zone de renfort à la zone de coupure. Ainsi, on ajoute de la souplesse au pâturage et on maintient l'impact sur la coupure", insiste Sabine Debit, qui y est ingénieure pastoraliste. Sylvain Micola énonce également la nécessité d’un accompagnement, d’un suivi technique et enfin, d’une juste rémunération qui intègre "les contraintes parcellaires et techniques, la perte de productivité des parcours, la dynamique des végétations".

Si l’objectif est bien de relancer la dynamique pour de nouveau enclencher la contractualisation avec les éleveurs, de nombreux efforts restent encore à faire. Luc Falcot, président du Cerpam et lui-même éleveur pastoral, confirme : "Il est nécessaire et primordial de discuter tous ensemble afin de comprendre en amont, puis de monter les dossiers efficacement".

Manon Lallemand

(1) Défense des forêts contre l'incendie.


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