Sorgues : Assurer la relève du Père Brun dans le respect du vignoble

Publié le 04 juillet 2022

Sur l’étiquette de la cuvée ‘La relève’, un dessin représentant le fameux Père Brun, le grand-père de Nicolas.(ML)

Entre le vignoble dans lequel il travaille et le sien, Nicolas Brun sait remplir ses journées. En 2016, il s’attelait à la reprise du domaine de son grand-père, ensuite passé aux mains de son oncle. En septembre, les vendanges seront les siennes à 100 %. Histoire d’un terroir, d’une famille et d’une vision.

Qui a dit qu’il fallait faire des études dans une filière générale pour s’épanouir dans sa vie professionnelle ? Certainement pas Nicolas Brun. Lorsqu’il quitte le commerce en 2016 après la fermeture de l’entreprise pour laquelle il travaillait – lui qui avait obtenu son BTS ‘Management des unités commerciales’ (MUC) en 2012 – il décide de tout remettre en question.

Animé par la passion de la vigne – que son oncle, et son grand-père avant lui, cultivent depuis bien longtemps – il entame alors sa reconversion. “Quand j’étais plus jeune, faire un bac général, c’était la voie qu’il fallait prendre. Mais au fond, j’ai toujours été plus manuel”, confie le désormais vigneron. En 2016 donc, il suit une formation pendant un an afin de trouver un emploi dans un domaine de Châteauneuf-du-Pape, emploi qu’il occupe toujours aujourd’hui, bien qu’il ait sa propre entreprise à côté.

Faire perdurer le souvenir des générations précédentes

Après avoir aidé sur les terres pendant quelques années et réalisé plusieurs plantiers en préparation de la reprise, il crée en 2020 Le Père Brun, en hommage à son grand-père
ainsi surnommé. Son oncle possède toujours une partie des terres – la cession est en cours pour intervenir avant les vendanges – et, pour bien dissocier les vins à la douane, il préfère tout séparer, et cela passe aussi par l’administratif. D’autant plus qu’il n’a pas le même projet.

S’il procède, depuis son arrivée, à l’arrachage des vieilles vignes devenues peu productives, pas question de changer la façon de vinifier. “Je vais continuer à faire comme avant”, affirme Nicolas Brun. Afin de faire progresser la trésorerie et continuer à fournir les clients de son oncle, il vendra un peu en vrac. Mais là n’est pas le cœur de son projet.

Pour son premier millésime, en 2020, il crée effectivement une cuvée baptisée ‘La relève’. La symbolique est double : “Non seulement il y a l’idée de la reprise de l’exploitation mais, en plus de ça, c’est l’année de naissance de mon fils”. Sur l’étiquette qu’il colle lui-même sur chaque bouteille, un dessin de son grand-père : l’hommage est rendu jusqu’au bout. Le millésime 2021 fait quant à lui partie des lauréats de la 22e édition des ‘Trophées du savoir-faire vigneron vauclusien’ organisés par les Jeunes agriculteurs le 7 mai, et attend d’être dégusté pour savoir s’il se placera, ou non, au rang de ‘Coup de cœur’ des partenaires

Conserver l’esprit d’un vin authentique

“Avant, on plantait moins de vignes, on pouvait les croiser. C’était plus propre, mais aujourd’hui, on est dans un système où il faut densifier le plus possible”, estime le vigneron. Dans les terres qu’il récupérera bientôt de son oncle, certaines parcelles resteront telles qu’elles sont actuellement. D’autres ont cependant fait leur temps : “Au bout d’un moment il faut faire un choix. La qualité du raisin est bonne, mais il faut quand même un minimum de productivité”.

La restructuration du vignoble est donc toujours en cours et si certains plantiers ont été palissés, ce n’est pas le cas de tous. “Je veux conserver les gobelets”, affirme Nicolas Brun. Pour lui, pas question de faire intervenir une machine pour la récolte. La vendange est faite dans les règles de l’art et de la convivialité, avec des amis, de la famille, des voisins, ses saisonniers de quelques jours qu’il connait bien - même si quelques nouveaux font parfois leur apparition.  “Je n’ai pas de groupe de froid, donc on vendange le matin, puis on essaie de partager un moment convivial tous ensemble”. L’équipe avance au diapason, efficacement, et procède au tri en amont. “On n’érafle pas non plus, car ça enlève un peu de tanin et c’est justement ce que je recherche. On travaille à l’ancienne, mais les gens sont très en demande”, affirme-t-il.

C’est d’ailleurs bien sur la demande de la clientèle qu’il mise. Ils veulent du bio ? Il en fera la demande, même si cela implique de devoir traiter un peu plus : “L’année dernière, je n’ai traité que deux fois. Mon traitement, c’est le mistral et je suis attenant, donc je peux surveiller. Passer bio répond à une demande du marché. Mais malheureusement, je vais devoir traiter plus, car les solutions de biocontrôle sont tout de même moins efficaces”.

Les clients veulent du blanc et du rosé ? “Je ne ferai pas de rosé, je n’aime pas ça”, annonce-t-il sans fard. Le blanc fera en revanche sont arrivée d’ici cinq ans, le temps de laisser les futurs plants s’épanouir dans les galets et la terre rouge. Le temps aussi de laisser la trésorerie s’étoffer, pour permettre les investissements à la cave. En attendant, deux nouvelles cuvées de Côtes-du-Rhône devraient être développées, avec un vin plus accessible en matière de prix et un autre plus haut-de-gamme, avec 12 mois de vieillissement.

Pour maintenir son équilibre, tant professionnel tant que familial, il compte désormais sur la commercialisation – via les marchés, le réseau Cafés-hôtels-restaurants et le site restezenvigne.fr –, bien sûr. Mais également sur l’obtention d’un BPREA qui lui permettrait d’être considéré comme ‘jeune agriculteur’, et de percevoir des aides qui le soulageraient quelque peu à l’avenir.

La taille tardive lui a épargné le gel ces deux dernières années, et la grêle a été clémente pour le moment... S’il est trop tôt pour poser des certitudes, la récolte 2022 s’annonce “saine et belle”. Rendez-vous en cave après les vendanges !


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