Serre bioclimatique : des plants en petites séries pour les tournées printanières

Publié le 05 juillet 2021

Sur son exploitation, Olivier Bougé a installé une serre bioclimatique en auto-construction. (© ML)

Quand Olivier Bougé a déménagé son exploitation il y a deux ans, il a très vite cherché une solution pour devenir autonome quant aux plantations sur ses deux hectares de terres. Avec l’appui du GERES et du GRAB, ce maraîcher bio semble avoir trouvé une solution efficace pour sa production.

Depuis sa relocalisation dans la Ceinture Verte il y a deux ans, Olivier Bougé aménage ses deux hectares sur lesquels il a mis en place un maraîchage diversifié et bio. En février 2020, il met en culture une serre bioclimatique de 26 m de long qui lui permet de produire divers plants maraîchers (fleurs et plantes aromatiques, salades, cucurbitacées, solanacées, crucifères ou encore des légumineuses avec une diversité de 53 cultures maraîchères) sur environ 80 % de la surface de la serre bioclimatique, ainsi que quelques boutures pour l’activité d’arbres fruitiers comme des kiwis, des figues, des grenades et de la vigne sur les 20 % de la surface restante. « A la différence d’une serre classique, celle-ci conserve la chaleur », explique le maraîcher. Dans cette serre, qu’il a construit lui-même en environ 350 h, prend la forme d’un tunnel avec un mur. La charpente est faite de cyprès qui étaient présents sur l’exploitation, les panneaux et les fûts ont été récupérés… L’opération lui a au total coûté environ 1 320 € (hors études et conception). Tout a été imaginé pour que la température soit gérée de la façon la plus optimale possible. « Les plans sont inclinés pour optimiser la condensation, une deuxième bâche sert d’écran pour garder un maximum de chaleur tout en écrêtant les températures… », détaille Olivier Bougé. « Toutes les recherches le prouvent, c’est dans l’eau qu’il y a la meilleure inertie », poursuit-il.

En partant de ce postulat et accompagné de Vincent Stauffer, ingénieur bioclimaticien au bureau d’études Agrithermic, le GERES (ONG de développement qui œuvre à l’amélioration des conditions de vie et qui lutte contre les changements climatiques et leurs impacts) et le GRAB (Groupe de Recherche en Agriculture Biologique), il a donc opté pour des bidons d’eau. Ces derniers ont été peint de plusieurs couleurs afin de déterminer laquelle était la plus efficace. Les huit capteurs posés pour l’étude ont ensuite révélés leurs secrets : avec peu de surprise, c’est le noir qui l’emporte. « On aurait aimé les garder bleus pour les utiliser plus longtemps dans l’année, mais il y a un écart non négligeable de près de 2°C avec les noirs et en hiver, on a besoin qu’il fasse le plus chaud possible : les plants ont besoin de stabilité », étaye le maraîcher. La technique a d’ailleurs fait ses preuves. Lorsqu’il faisait -4°C à l’extérieur, il parvenait à maintenir une température proche des 5°C à l’intérieur de la serre.

Des résultats encourageants

Après une première année en culture, Olivier Bougé s’avère satisfait : il parvient à produire les plans de ses deux tournées de printemps (en moyenne 5 000 plants par tournée) sans même utiliser toute la surface de sa serre. « J’ai éloigné les tables des bidons et donc réduit leur nombre car quelques rongeurs parviennent à grimper le long du mur. Sur les 26m de long de la serre, je n’en utilise finalement que 12. Pour le moment, je n’ai pas besoin de plus », précise-t-il. Le rapport d’étude du GERES qui a suivi la serre bioclimatique pour sa première année de mise en culture le confirme : « les performances ont permis de répondre à 90-95 % des besoins en plants de l’exploitation (seuls les plants greffés de tomates et aubergines sont encore achetés) ».

Olivier Bougé est d’autant plus satisfait que ce type d’installation demande assez peu d’entretien une fois qu’elle est en place. « C’est avant tout un jeu d’aération et d’arrosage car faire pousser des plants est un travail de tous les jours. Pour autant, je suis la plupart du temps seul sur mon exploitation et j’ai réussi à trouver un équilibre », développe-t-il.

Poursuivre l’optimisation de la serre

« Les performances agronomiques de la serre bioclimatique ont permis de sécuriser une autonomie de plus de 60 % sur l’ensemble des productions de l’exploitation », rapporte l’étude menée chez Olivier Bougé. Alors que le Geres et le Grab sont désormais sur d’autres projets, le maraîcher continue d’alimenter sa base de données en surveillant les températures et en imaginant les autres aménagements potentiels de sa serre. « Je ne souhaite pas augmenter ma surface de production ni même produire plus. Ce que je fais me conviens, mais pour le moment, ce qui me préoccupe encore est l’irrigation », confie-t-il. Pas suffisamment large, la serre ne lui permet effectivement pas de déployer un système d’irrigation standard et homogène pour ses plants. La problématique est actuellement en cours de réflexion avec les spécialistes qui s’occupent de l’irrigation du reste de l’exploitation.

« Certains utilisent leurs serres bioclimatique pour la production directement, je pourrais imaginer produire en hiver, pas uniquement des plants. Cela dit, ça demande des investissements différents, des bidons plus gros… Pour le moment ce n’est pas d’actualité », révèle Olivier. D’ici un an, il pourra commencer à exploiter et comparer ses données afin de mesurer les performances économiques de son installation. En attendant, il se réjouit de voir que les initiatives et innovations pour l’agriculture biologique se déploient de toutes parts dans le Vaucluse.

Manon Lallemand


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