Sécheresse : Maintenir la concertation pour éviter la guerre de l’eau

Publié le 08 août 2022

Le 28 juillet, le préfet de Vaucluse passait en crise Lauzon-Lez et l’Aygues et le bassin-versant de la Nesque. (A. HOCQUEL / VPA)

Les arrêtés ‘sécheresse’ se sont multipliés ces dernières semaines. Il manque d’eau, c’est un fait. Malgré les efforts faits pour moderniser les canaux et mieux utiliser la ressource, c’est dorénavant l’ombre du passage en ‘crise’ qui plane sur la quasi-totalité du département.

Le manque d’eau sur le Vaucluse est récurrent et actuellement immanquable, tellement la chaleur a accentué la sécheresse. “2019 était déjà une année sèche, mais là, c’est incomparable”, expose d’entrée de jeu Michel Brès, viticulteur élu à la Chambre d’agriculture du Vaucluse en charge des questions hydrauliques. Tous les relevés le confirment. Selon Anne-Marie Martinez, conseillère agrométéo et technicienne irrigation au Criiam Sud, 2022 bat tous les records : “Sur la station météo du domaine expérimental de la Chambre d’agriculture à Piolenc, par exemple, où l’on récolte des données depuis 20 ans, on n’a jamais eu une année aussi chaude et sèche, pas même en 2003”.

Mais qui dit sécheresse dit aussi économie d’eau, et la ressource se faisant de plus en plus rare, c’est la préfecture de la Drôme qui semble avoir accéléré le tumulte. Alors qu’avec celle du Vaucluse, elle devait faire bloc jusqu’à fin juillet, elle a finalement passé son arrêté de crise le
20 juillet, qui se déverse ainsi en cascade sur les bassins vauclusiens.

“Lauzon-Lez et l’Aygues sont pilotés par la Drôme. Une fois l’arrêté de crise posé, les autres préfets concernés ont huit jours pour signer”, explique Michel Brès. Et cela n’a pas manqué : le
28 juillet, le préfet de Vaucluse passait effectivement en crise Lauzon-Lez et l’Aygues, et ajoutait le bassin-versant de la Nesque, pour les problèmes d’eau potable que rencontre le secteur de Sault.

Le Rhône reste en vigilance, bien qu’il ait été un temps envisagé de le passer en alerte, “ce qui n’est pas possible, sinon on ferme boutique”, affirme Michel Brès. La Durance ‘Nappe d’accompagnement’ passe en alerte renforcée, rejoignant le Sud-Ouest du Mont Ventoux, Sorgues, le Calavon amont-médian et l’Ouvèze. Quant à la Meyne, l’alerte est activée. L’incertitude plane désormais sur le passage en crise de tous les cours d’eau du département.

Une négociation permanente

Se mettre en concertation avec l’État, les représentants de l’écologie, la société civile… Globalement, le monde agricole en Vaucluse sait le faire. “Même autour de la question épineuse de l’eau qui, par endroits en France, crée de vives tensions, nous avons su garder du lien”, affirme l’élu en charge des questions hydrauliques. “C’est important de garder la tête froide et de continuer à avancer dans la concertation. Il ne faut pas lancer de guerre de l’eau, mais bien continuer à mener une véritable concertation territoriale”, complète Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

Bien que le département ait été précurseur et ait déjà beaucoup investi dans les démarches d’économie d’eau – ce qui devrait lui permettre de conserver son potentiel, même en fin de saison – la situation reste grave.

“On a réussi à défendre notre position pour que le Rhône reste en vigilance. Mais, pour le reste, on sait que ce sera compliqué. Nous avons demandé un délai jusqu’au 15 août pour le passage en crise des cours d’eau. Mais on sait pertinemment qu’il ne sera pas possible de tirer encore plus sur la corde”, admet Michel Brès. Nombreux sont cependant les acteurs qui s’attendent à voir tomber un nouvel arrêté aujourd’hui…

Apporter l’eau partout, la priorité de demain

“Quand on a mis en place le débit réservé sur l’Ouvèze, avec la fermeture de 80 % des canaux, on a immédiatement constaté que le niveau d’eau remontait. Mais on ne peut pas continuer comme ça : il est essentiel d’aller plus vite dans la modernisation des réseaux existants, avant même la substitution par le projet territorial des Hauts de Provence Rhodanienne (HPR) ”, estime Michel Brès. “Il ne faudrait pas que deux années comme 2022 se succèdent. Il y a des exploitations qui vont vers des pertes de récolte et de fonds. Quant aux parcelles qui ont toujours été irriguées, stopper l’apport en eau va faire mal au végétal”, affirme Georgia Lambertin.

Pour Audrey Piazza, présidente des Jeunes agriculteurs Vaucluse, la présidente de la Chambre ne saurait si bien dire : “J’ai moi-même des vergers de poires qui ont 70 ans et ont toujours été irrigués. Si on arrête, c’est foutu”. Dans la même veine, sa saison maraîchage – qui court habituellement jusqu’à fin septembre – sera “probablement pliée mi-août, et nous avons déjà quasiment fini de ramasser les potimarrons”, au 1er août et malgré l’utilisation du goutte-à-goutte. “De manière générale, un passage en crise sera dramatique également pour l’arboriculture car, même si l’impact sera direct pour cette saison, il le sera également pour la prochaine”, ajoute-t-elle.

D’où l’urgence d’avancer sur les projets et notamment le dossier HPR. “Pour ceux qui commencent à se poser des questions, la réponse est vite trouvée je pense : il n’y a plus de doute à avoir. La Chambre continuera évidemment à faire tout son possible pour assurer la moindre goutte d’eau aux agriculteurs de Vaucluse”, affirme Georgia Lambertin. Le tout sans oublier le secteur sud du département, où certaines fermes, comme à Beaumont-de-Pertuis, n’ont toujours pas accès à l’eau tout court. Malgré son départ, le préfet de Vaucluse semble néanmoins avoir réussi à relancer les dossiers d’autorisation…

Manon Lallemand


Sécheresse arrêté eau HPR réseau hydrique