Sault : Lavande en fête… Ou presque

Publié le 01 septembre 2022

La fête de la lavande est ponctuée d'un grand défilé provençal où se succèdent des groupes folkloriques en costumes traditionnels, des groupes de musique provençaux, des tambourinaires. (© PN)

Après deux années d’absence, la fête de la lavande de Sault a repris du service. Une édition 2022 très réussie, malgré l’énorme inquiétude des producteurs au sujet du climat, à la suite d’une récolte en chute libre.

Il y a tous les ingrédients d’un succès confirmé : une bonne centaine d’exposants, du ciel bleu, un public venu en masse, des grands sourires sur bien des visages. La 35e édition de la fête de la Lavande de Sault, est, comme chaque année, un succès total. Après deux années d’absence, pour cause d’épidémie de Covid, le public a répondu directement au rendez-vous, les exposants un peu moins. Le salon du livre n’a pas pu se tenir, la librairie de Sault qui en assurait l’organisation a changé de propriétaire. Mais les artistes peintres sont là, à commencer par Dragan Dragic, le célèbre peintre yougoslave, tombé en amour pour le Ventoux, et créateur de l’affiche de cette édition 2022.

Tout le monde est donc au rendez-vous : les coupeurs de lavande amateurs et professionnels, qui, à partir de 10 h du matin, s’affrontent dans la bonne humeur sur le champ de lavande planté au cœur de l’hippodrome du Deffends, où se déroule l’événement. Les producteurs de lavande, et de produits dérivés, de la crêpe au pâté, en passant par les savons et nombreuses huiles essentielles. Les producteurs d’autres produits du terroir venus en voisin, apiculteurs, vignerons et autres. Les artisans d’arts de tout genre, proposant qui des paniers, qui des objets en céramiques. Et puis les associations de sauvegarde du patrimoine.

Pas loin de 40 000 personnes

Et le public, donc, toujours aussi nombreux que chaque année - environ 40 000 personnes. Un public heureux d’être là, qui s’amuse, découvre avec étonnement et ravissement le défilé des engins agricoles, vélos, costumes. Un public qui comme chaque année achète ses places pour le repas de gala, servi sous les bois, derrière les tribunes de l’hippodrome. Au menu de la journée, porc du Ventoux, risotto d’épeautre, flan de champignon, buche de chèvre… Bref, un menu qui fleure bon les spécialités de ce plateau d’Albion, où il est dur de travailler, mais où les produits sont d’excellence.

Risque incendie

Mais pourtant, malgré tous ces succès, cette ambiance détendue et chaleureuse, il n’est pas possible de ne pas percevoir la tension des organisateurs, et des producteurs de lavande - qui sont, de facto, les mêmes personnes. Côté organisation, la tension vient du fait, essentiellement, du risque incendie. Plusieurs véhicules des différents centres de secours sont présents sur place, sans compter une bonne trentaine de pompiers volontaires. Les gendarmes sont également là en nombre, et hyper vigilants. Traquant du regard le fumeur qui jette son mégot sans y penser, ce qui existe encore malheureusement.

L’hippodrome du Deffends est, aussi et peut-être d’abord, un immense espace boisé, notamment par des pins. Autant dire un “flammodrome” de première importance. On comprend donc totalement l’inquiétude globale, bien acceptée par le public : un “espace fumeur” a été aménagé à côté de la buvette, mais il n’accueille que peu de monde. Sur l’ensemble de la fête, aucun fumeur ou presque. Comme si les récents incendies, dans le Gard, l’Ardèche, l’Hérault et le Vaucluse avait fait passer quelques utiles messages.

Une production en chute libre

Au-delà des aspects organisationnels de cette manifestation, réussie notamment grâce à l’implication d’un village tout entier, et d’une centaine de bénévoles, l’ambiance est franchement morose sur le plateau d’Albion, au sujet de la lavande, mais aussi pour les cultures en général. “On a eu de la chance, pour la météo, hier dimanche il a plu 25 millimètres, ce qui a réduit le risque incendie. Mais jusqu’au bout, on s’est inquiété d’une possible interdiction préfectorale, tellement les températures sont élevées”, explique Jonathan Mourard, président de l’association Lavande en Fête.

“La récolte, c’est simple, on n’en parle pas, c’est une année épouvantable. On s’est pris deux années de gel dans les dents, et en plus un gel tardif. Et après cela, sécheresse et canicule. Sur le fourrage, on a fait moins cinquante pour cent, sur les céréales moins trente pour cent, et sur la lavande moins cinquante pour cent. Et je ne parle même pas de la mortalité sur les plans. Si les conditions météorologiques ne se remettent pas à la normale dans les quatre années à venir, ça sera une hécatombe sur le plateau.”

Et pourtant, malgré cette inquiétude, la menace climatique qui pèse sur leurs épaules, les lavandiculteurs du plateau d’Albion ont trouvé moyen de prendre le temps d’organiser cette trente-cinquième édition de la Fête de la Lavande. Preuve, si il en est, de la ténacité, de l’endurance d’un monde agricole qui souffre, et qui tient bon, envers et contre tout.

Pierre Nicolas, CLP


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