SAS Charles Guérin & Fils : Mission impossible relevée !

Publié le 09 mars 2021

Léa Gérin a été élue présidente du Syndicat des maîtres melonniers de Cavaillon en 2020.

Hyperactive. C’est ainsi que se qualifie Léa Gérin. Une qualité indispensable pour diriger l’entreprise familiale d’expédition de melons et raisins, à Carpentras. À 32 ans, elle jongle avec les plannings, la main-d’œuvre, les fluctuations des produits frais et des demandes, dans un flux ultra-tendu. Elle gère l’imprévu au quotidien, avec son frère Pierre.

Au Min de Carpentras, la station d’expédition ‘Gérin et Fils’ occupe 5 000 m2. C’est Léa Gérin qui en assure la direction, depuis que son père Bernard Gérin a pris sa retraite, en 2020.

En 2013, c’est d’abord son frère, Pierre, qui a rejoint l’entreprise familiale, en créant un outil de production. La société Gérin est désormais dotée de trois sites de production de melon, melon bio et raisin de table, proches de la station. « Ça s’est décidé à l’occasion du départ à la retraite de plusieurs producteurs. Et aussi parce que mon frère avait une forte motivation. Cela nous permet de sécuriser une partie des approvisionnements » explique Léa. Elle, de son côté travaillait alors en tant que commerciale dans l’univers du luxe.

Partir pour mieux revenir

« Dans mes premiers souvenirs, j’aidais déjà à emballer les melons » se souvient-elle. C’est en effet une affaire de famille de longue date, puisqu’elle représente la cinquième génération. « C’est tout un héritage. On n’est pas seuls. » Pourtant, les parents de Léa et Pierre les ont laissés faire leurs propres choix. « C’est un métier à part. Il faut vraiment le choisir ! J’ai vu mon père se lever très tôt, la nuit pour voir s’il y avait du gel ou de la grêle… Il faut être prêt à gérer le stress ! »

Léa Gérin a donc choisi d’abord une tout autre voie : elle a étudié le droit, le management international et le marketing de luxe. Elle a beaucoup voyagé, en Chine, en Espagne, a occupé des postes à Paris, Marseille, en manufacture lainière, dans le vin… Lorsqu’en 2016, son jeune frère l’appelle et lui demande de le rejoindre dans l’entreprise. « J’avais vu ce qu’il y avait ailleurs, et je me suis qu’ici la qualité de vie est extraordinaire. » Cela correspond à un tournant dans sa vie familiale également, où la jeune femme est sur le point de donner naissance à son premier enfant, et apprécie de retrouver sa famille.

Au cours de la première année, elle met en place la certification IFS Food, norme internationale pour garantir la qualité et la sécurité alimentaire, indispensable pour accéder à la grande distribution. Puis, ses fonctions s’élargissent dans la plus grande polyvalence possible, selon les besoins du moment : gestion du bon fonctionnement de la station de conditionnement, aide en renfort lors des pics d’activité, management du personnel et de la qualité, aspects commerciaux…

L’imprévu en routine

La station emploie dix permanents et cinq à trente saisonniers selon la période. « Cette année, impossible de savoir comment ça va se passer. Alors, nous préparons tout pour une année normale. L’an dernier, nous sommes heureusement passés entre les gouttes : nous avons commencé juste après le premier confinement, et nous avons terminé avant le second. Alors, même si durant les quinze premiers jours, les premiers arrivages ont dû être jetés, la situation s’est vite améliorée et la saison a été correcte. »

En moyenne, la station commercialise 5 000 tonnes de melons et 1 500 tonnes de raisin. D’abord, c’est le melon du Maroc qui lance la campagne entre fin mars et fin avril. Ensuite, la société importe un peu de melon d’Espagne pour combler le creux de production jusqu’à fin juin. Puis arrive le melon Français, dont 35 % de la propre production de la famille Gérin, et enfin le raisin.

« Quand arrive le melon français, il est plébiscité. Les volumes de vente augmentent alors nettement : les consommateurs ont le choix sur les étals, et c’est leur préféré. » De fin mai à fin septembre, le melon de Cavaillon, c’est une garantie supplémentaire pour la satisfaction du client : ce sont des producteurs et des variétés sélectionnés, qui respectent les exigences d’un cahier des charges. Cette marque permet de segmenter l’offre et de mieux rémunérer le producteur, dans un contexte de concurrence européenne. Le melon français représente deux tiers des volumes commercialisés par la station.

Les clients de la société Gérin sont essentiellement des GMS. « Cette année, il n’y a jamais eu aussi peu de visibilité. La fréquentation des magasins est très fluctuante. Par cascade, on le subit », explique Jean-Philippe Nenot, responsable commercial. Face à ces incertitudes, l’entreprise essaie d’embaucher davantage de locaux et de fidéliser ses saisonniers, avec une main-d’œuvre résidente en France. « Mais c’est un métier qui ne fait pas rêver, et qui cumule les inconvénients : c’est un travail physique, en horaires décalés, en plein été… Comme le produit est périssable, plus il attend, plus il se dégrade. Donc, il doit être idéalement cueilli le matin et expédié le soir, au plus tard le lendemain. Arriver à cela, c’est un miracle quotidien ! », renchérit le commercial. Et chaque jour apporte son lot de stress, au rythme des changements auxquels il faut s’adapter : la météo qui influe sur les arrivées de produits et les envies de consommation parfois contradictoires, les commandes modifiées au dernier moment, les livraisons décalées… « Entre juin et septembre, c’est chaque matin mission impossible. Le plus compliqué, c’est en août et septembre, lorsque sont superposés la fin du melon et le début du raisin. Aucune monotonie ! C’est aussi ce qui me plaît » reconnaît Léa Gérin.

S’engager et s’exprimer

En hiver, elle profite alors d’un rythme plus doux à la station… pour s’impliquer pleinement dans le collectif, et prendre diverses responsabilités. Récemment élue présidente du Syndicat des maîtres melonniers de Cavaillon, elle est aussi vice-présidente de CarpenSud et de la charte ‘Plaisir et confiance’, la charte nationale de mise en marché, créée par l’Aneefel, Association nationale des expéditeurs exportateurs de fruits et légumes. En s’engageant, Léa suit ainsi les traces de son père, investi depuis 30 ans dans le syndicalisme local et national et élu président de l’Aneefel en 2020. Léa Gérin, se dit ‘hyperactive’ comme d’autres jeunes femmes ayant pris la tête de syndicats professionnels, et « cela ouvre des horizons ». Leur point commun est la réactivité. « Alors, quand l’État demande d’arrêter le plastique, on s’adapte, en un temps record. On n’a pas l’impression de tous vivre sur la même base de temps ! » Quoi qu’il en soit, pour elle, le chemin est clair : « Je me suis investie pour pouvoir m’exprimer librement » reconnaît-elle. Une nouvelle génération, pleine de caractère, et il en faut !

Cécile Poulain


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